Le président américain Donald Trump et d'autres dirigeants du Centre mondial de lutte contre l'idéologie extrémiste à Riyad, en Arabie saoudite. Reuters / Jonathan Ernst

L'administration du président américain Donald Trump a participé à plusieurs activités secrètes et très suspectes qui suggèrent que les États-Unis ouvrent la voie à la construction d'une bombe nucléaire par le royaume d'Arabie saoudite. Le comité de surveillance et de réforme de la Chambre a publié ce mardi un rapport dans lequel des lanceurs d'alerte déclarent que des responsables de l'administration Trump ont tenté de transférer des secrets nucléaires sensibles à l'une des dernières monarchies du monde.

"Les interactions de l'administration Trump avec l'Arabie saoudite ont été faites dans le secret, ce qui soulève d'importantes questions sur la nature de la relation", indique le rapport, citant les relations étroites du gendre de Donald Trump, Jared Kushner avec la famille royale saoudienne, ainsi que la réponse de Trump à l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Trump s'est retiré en 2017 de l'accord sur le nucléaire avec l'Iran, qui empêchait le rival régional de l'Arabie saoudite de mettre au point une arme nucléaire, affirmant qu'il allait à l'encontre des intérêts des États-Unis.

Depuis lors, l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui surveille les programmes nucléaires de l'Iran, a régulièrement signalé que l'Iran ne travaillait pas sur une arme nucléaire. Mais Trump et les hauts responsables de son gouvernement rejettent régulièrement les rapports des services de renseignement américains selon lesquels l'Iran ne travaille pas sur une arme nucléaire.

En réponse à l'assassinat de Khashoggi, Trump s'est montré disposé à accepter la version  donnée par l'Arabie saoudite, malgré une évaluation de "grande confiance" de la CIA selon laquelle le prince héritier Mohammed ben Salman a commandité l'assassinat. "L'Arabie saoudite ne souhaite pas acquérir de bombe atomique, mais il est évident que si l'Iran développait une bombe atomique, nous ferions de même, et dans les meilleurs délais ", avait déclaré le prince héritier saoudien en 2018.

Les plans de Trump pour nucléariser l'Arabie Saoudite remontent au premier jour

George Frey/Getty Images

D'après le rapport:

"Derek Harvey était directeur principal pour les affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale de janvier à juillet 2017. Il a déclaré au cours de la première semaine de l'administration Trump que la décision d'adopter [un plan d'affaires pour construire des usines d'énergie nucléaire en Arabie saoudite] ... qu'il a appelé le plan Marshall pour le Moyen-Orient, mais également de développer 'des dizaines de centrales nucléaires', avait déjà été prise par le général Flynn pendant la transition — alors qu'il était conseiller de l'IP3 [la société qui a proposé le plan d'affaires]".

L'ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a par la suite plaidé coupable d'avoir menti au FBI et est devenu le premier des nombreux responsables de Trump inculpés et condamnés pour des liens non divulgués avec des puissances étrangères. Michael Flynn aurait également omis de divulguer un voyage effectué en 2015 en Arabie saoudite durant lequel il a exploré la construction de centrales nucléaires conjointement avec la Russie.

Les lanceurs d'alerte ont ensuite déclaré que les conseillers de Derek Harvey, ancien directeur principal des affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale, l'avaient averti que toute technologie nucléaire transférée à l'Arabie saoudite devrait aboutir à un "accord 123" ou une exigence de la loi américaine sur l'énergie atomique qui obligerait les Saoudiens à accepter neuf clauses de non-prolifération nucléaire.

En fait, les États-Unis pourraient légalement transférer la technologie nucléaire en Arabie saoudite si les Saoudiens acceptaient de garder le matériel en sécurité, de laisser les inspecteurs le vérifier et de ne jamais l'utiliser pour fabriquer une arme nucléaire.

Le personnel de Harvey l'aurait prévenu qu'il ne pourrait pas contourner cette loi, mais "M. Harvey aurait ignoré ces avertissements et insisté sur le fait que la décision de transférer la technologie nucléaire en Arabie saoudite avait déjà été prise".

"Les personnels politique et les fonctionnaires de la Maison-Blanche aurait reconnu que la directive de Derek Harvey pouvait être contraire à la loi. Un haut responsable politique a déclaré que la proposition n'était 'pas un plan commercial', mais plutôt 'un stratagème permettant à ces généraux de gagner de l'argent'", toujours selon le rapport.

Après que Flynn a été remplacé au Conseil de sécurité nationale, son successeur, H.R. McMaster, a annulé le plan, selon le rapport.

Fermer les yeux sur les missiles?

Le système de défense antimissile saoudien intercepte plusieurs missiles tirés par des rebelles houthis. Capture d'écran via Twitter / Rosie Perper

Comme les lanceurs d'alertes l'ont décrit, les responsables de Trump ont essayé de fournir aux Saoudiens un chemin clair vers une tête nucléaire en leur transférant la technologie nucléaire, sans aucune obligation sur la manière dont ils pourraient l'utiliser.

Mais les têtes nucléaires ne représentent que la moitié du puzzle des armes nucléaires pleinement opérationnelles : un pays a également besoin de missiles pour les porter. Et là encore, l'administration de Trump s'est montrée généreuse.

Une analyse d'expert d'images satellites a révélé des sites présumés de production de missiles balistiques, ce à quoi les États-Unis s'opposeraient normalement.

"Dans des circonstances normales, nous ferions tout ce qui était en notre pouvoir pour contraindre et convaincre les Saoudiens de ne pas le faire", a déclaré Michael Elleman de l'Institut international d'études stratégiques au Washington Post. "Les Etats-Unis se sont toujours opposés au transfert de missiles capables de porter des armes nucléaires".

Business Insider US a contacté le Conseil de sécurité nationale, qui n'a pas souhaité faire de commentaires.

Version originale: Alex Lockie/Business Insider

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