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Uber condamné à verser 1,1M$ à une passagère aveugle américaine refusée 14 fois

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Uber condamné à verser 1,1M$ à une passagère aveugle américaine refusée 14 fois
Un passager aveugle monte dans un Uber à Denver, dans le Colorado (il ne s'agit pas de Lisa Irving sur la photo). © RJ Sangosti/Getty Images

Un arbitre indépendant a condamné jeudi Uber à verser 1,1 million de dollars (936 000 euros environ) à une passagère aveugle pour avoir exercé une discrimination illégale à son encontre, après que des chauffeurs ont refusé d'accepter sa course à 14 reprises. L'arbitre a également rejeté l'argument d'Uber selon lequel l'entreprise n'était pas responsable de la discrimination exercée par ses chauffeurs parce qu'ils ont le statut d'auto-entrepreneurs.

Uber a déclaré ne pas être d'accord avec cette décision. Lisa Irving, une résidente de la baie de San Francisco qui est aveugle et compte sur son chien-guide, Bernie, pour l'aider à se déplacer, a porté plainte contre Uber en 2018 après "s'être vue refuser une course ou avoir été harcelée par des conducteurs Uber qui ne voulaient pas la transporter avec son chien-guide", selon la décision de l'arbitre.

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Les chauffeurs Uber ont laissé Lisa Irving en rade tard dans la nuit, l'ont fait arriver en retard au travail (ce qui a finalement contribué à son licenciement) et, à deux reprises, l'ont agressée verbalement et intimidée — la discrimination n'a pas cessé même après s'être plainte auprès d'Uber, ont déclaré ses avocats dans un communiqué à Insider.

"De tous les Américains qui devraient se sentir libérés grâce à la révolution des VTC, les aveugles et les malvoyants sont parmi ceux qui ont le plus à gagner. Cependant, le bilan des principaux services de covoiturage a été, au mieux, irrégulier et, au pire, ouvertement discriminatoire", déclare Catherine Cabalo, l'une des avocates de Lisa Irving.

"L'essentiel est qu'en vertu de l'Americans with Disabilities Act (ADA, loi américaine votée en 1990 sur les droits civils qui interdit la discrimination à l'encontre des individus, ndlt) un chien-guide devrait pouvoir aller partout où une personne aveugle peut aller", ajoute Catherine Cabalo.

"Nous sommes fiers que la technologie d'Uber ait aidé des personnes aveugles à localiser et à obtenir des trajets". Les chauffeurs qui utilisent l'application Uber sont censés servir les usagers avec des animaux d'assistance et se conformer aux lois sur l'accessibilité et aux autres lois, et nous fournissons régulièrement une formation aux chauffeurs sur cette responsabilité. Notre équipe dévouée examine chaque plainte et prend les mesures appropriées", affirme Andrew Hasbun, porte-parole d'Uber, à Insider dans un communiqué.

Mais l'arbitre a constaté que les employés d'Uber qui enquêtaient sur d'éventuels incidents de discrimination étaient "formés [...] pour apprendre aux chauffeurs à trouver des raisons non discriminatoires pour refuser des courses" et même à "plaider" pour que les chauffeurs restent sur la plateforme malgré les plaintes pour discrimination."

Uber a tenté de rejeter la faute sur ses chauffeurs

En vertu de l'Americans with Disabilities Act, il est illégal pour les entreprises de transport soumises à la loi de refuser de transporter des personnes accompagnées d'un chien d'aveugle, mais Uber a tenté de rejeter la faute sur ses chauffeurs, arguant qu'elle n'était pas responsable des violations de l'ADA parce que ses chauffeurs sont des entrepreneurs indépendants.

L'arbitre n'était pas d'accord et a jugé qu'Uber était également responsable des violations de l'ADA en raison de sa "supervision contractuelle de ses chauffeurs et de son incapacité à prévenir la discrimination en formant correctement ses travailleurs".

Cependant, classer les chauffeurs comme des entrepreneurs est une stratégie qui a permis à Uber d'éviter toute responsabilité juridique dans d'autres contextes, comme lorsqu'une piétonne a allégué qu'elle avait failli perdre sa jambe après avoir été heurtée par un Uber.

Cette stratégie a également permis à Uber d'éviter de payer l'assurance maladie, les indemnités de maladie et l'assurance chômage des chauffeurs, transférant ainsi ces coûts aux contribuables — qui ont payé 80 millions de dollars (68 millions d'euros environ) l'année dernière pour maintenir les chauffeurs d'Uber et de Lyft à flot pendant la pandémie, faisant de ces sociétés parmi les plus grands bénéficiaires d'un programme de subventions destiné aux petites entreprises.

Uber, Lyft et d'autres entreprises de VTC et de livraison de nourriture ont combattu énergiquement les efforts déployés dans plusieurs États et pays pour reclasser les chauffeurs en tant que salariés, ce qui ajouterait des coûts supplémentaires importants à leurs modèles commerciaux déjà peu rentables. En début de semaine, le cours de l'action de la société de livraison de nourriture Deliveroo, basée au Royaume-Uni, a chuté de 30 % lors de son introduction en Bourse après que les investisseurs se sont inquiétés de la manière dont elle avait exploité ses chauffeurs.

Axel Springer, la société mère d'Insider Inc., est un investisseur d'Uber.

Version originale : Tyler Sonnemaker/Insider

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