Uber a déjà acquis les vélos Jump aux Etats-Unis pour montrer la diversification vers laquelle il se dirige. Facebook/Jump Bikes

C'était attendu, c'est désormais officiel. Uber lance ce jeudi 11 avril 2019 ses vélos et trottinettes électriques Jump dans les rues de Paris, que les utilisateurs pourront commander directement depuis l'application Uber, au même titre qu'une course VTC en UberX ou UberPool. Business Insider France avait révélé cette arrivée en septembre 2018. Uber démarre avec 500 vélos et 500 trottinettes Jump dans Paris intra-muros, 24h/24h et 7j/7j, avec un déploiement progressif dans les prochaines semaines. Sur le marché parisien, Vélib propose également une partie de sa flotte en version électrique. Selon le dernier comptage en temps réel du site velib.nocle.fr, il y avait 2 482 Vélib électriques et 7 791 mécaniques ce 10 avril 2019 à 17h.

Les vélos et trottinettes sont accessibles au prix de 0,15 euros la minute, à compter du déverrouillage, auquel il faut ajouter 1 euro de frais de déverrouillage. Les vélos Jump sont équipés d’un câble antivol qu'il faut verrouiller afin de terminer le trajet, "et nous encourageons les utilisateurs à attacher le vélo à un élément de mobilier urbain adapté, sans gêner le passage", précise l'entreprise. Les vélos disposent aussi d'une batterie amovible. 

Jump avance déjà son ambition de déployer vélos et trottinettes électriques dans les communes limitrophes de Paris puis dans d'autres villes françaises "en collaboration avec les autorités locales". Un sacré défi. 

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En effet, ces nouvelles formes de mobilité urbaine attirent autant qu'elles excèdent les piétons, jonchent les trottoirs et sont cause d'accidents. Il y aurait eu pas moins de 49 blessés et tués en trottinettes et en rollers à Paris en 2017, selon Le Parisien. Les trottinettes ont même été utilisées comme des armes lors du mouvement des Gilets Jaunes comme le montre un compte Instagram qui recense les dégradations qu'elles subissent. Si le marché des vélos en libre service s'est considérablement réduit à Paris — ils ne seraient plus que deux acteurs — celui des trottinettes est déjà saturé. Jump sera le onzième opérateur ! Il n'y aura donc pas de place pour tout le monde et la concentration semble inévitable. Lime et ses trottinettes ont dû rebrousser chemin à Toulouse et Bordeaux. 

Uber avait commencé à déployer son service de partage de vélos en Europe à l'été 2018 — à Berlin — et annoncé d'autres ouvertures, sans préciser de calendrier. Les vélos rouges de Jump avaient été acquis au printemps 2018.  Mais dans sa stratégie de communication en France, Uber joue la prudence. La plateforme tech insiste lourdement sur les discussions répétées depuis plusieurs mois avec la mairie de Paris pour installer ce service. Dans le passé, Uber a pu agacer les municipalités et les organismes de régulation en installant ses activités privées sans prévenir. Jump a ainsi signé, comme les autres acteurs du libre-service, la charte de bonne conduite de la mairie de Paris.

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L'entreprise s'est également engagée à payer la contribution financière sur les trottinettes et vélos en libre service pour permettre le développement d’infrastructures dédiées. Les tarifs seront de 20 euros par an pour un vélo classique ou électrique, 50 à 60 euros pour une trottinette électrique, 60 à 78 euros pour un scooter électrique.

La bataille du dernier kilomètre 

Uber a de fortes ambitions en dehors de l'activité qui l'a fait croître — la mise en relation entre chauffeurs de VTC et clients — pour devenir une plateforme technologique plus globale. Son DG a ainsi clairement décidé de se concentrer sur les vélos et trottinettes pour les courtes distances comme l'a confié Dara Khosrowshahi au Financial Times. C'est la prochaine bataille du secteur des transports — celle du dernier kilomètre et plus largement celle d'une plateforme unique multimodale pour les habitants des grandes villes. A différentes échelles, son rival Bolt (ex-Taxify) ou la SNCF se sont aussi positionnées sur ce créneau. Et Google pourrait aussi lorgner sur des activités où la technologie est clé. C'est la pertinence des algorithmes permettant de prédire les besoins et le positionnement des trottinettes et vélos qui est au coeur de la réussite d'un système.

Mais le jeu en vaut la chandelle : en tant qu'intermédiaire, une plateforme unique multimodale récupérerait des données et même des commissions sur le paiement si l'acte d'achat/de location reste dans sa propre application.

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Cette diversification intervient alors qu'Uber s'apprête à faire son introduction en Bourse (IPO). La plateforme chercherait à lever 10 milliards de dollars (8,8 milliards d'euros), a appris Reuters de sources proches du dossier. Une opération de cette taille permettrait au groupe américain de services de VTC de réaliser l'une des plus importantes IPO de tous les temps et la plus grande depuis la cotation à Wall Street en 2014 du géant chinois du commerce électronique Alibaba Group Holding.

Uber viserait cependant une valorisation de seulement 90 à 100 milliards de dollars, en raison de la piètre performance de son concurrent américain Lyft, qui est entré en Bourse le mois dernier. Des banquiers d'investissement avaient déclaré auparavant qu'Uber pourrait valoir jusqu'à 120 milliards de dollars. Le groupe était valorisé 76 milliards de dollars lors de son plus récent tour de table de financement.

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