Uber n'est pas foutu, il peut encore devenir rentable

Uber n'est pas foutu, il peut encore devenir rentable

Sois un monstre, Dara. AP Photo/Richard Drew

La médiocre introduction en Bourse d'Uber ne devrait avoir surpris personne. Le cours de l'action de Lyft avait déjà chuté après son arrivée sur les marchés, et Uber a sous-évalué son offre afin de de s'introduire en grande pompe à la Bourse, et éviter le destin de Lyft — mais les investisseurs n'ont pas été dupes. Au delà de cette IPO décevante, la valorisation de la majestueuse licorne Uber avait déjà été remise en cause, notamment par un investissement de Softbank début 2018 qui avait dévalué à l’époque la capitalisation boursière théorique d'Uber de 30%, pour arriver à 70 milliards de dollars.

Ajoutez-y les nombreux problèmes personnels qu'accumule l'entreprise et la guerre commerciale qui fait rage entre les marchés chinois et américain; vous serez face à une ouverture de la Bourse de New York compliquée comme celle de la semaine dernière. Mais même après avoir été conspué par Wall Street et subi une baisse de 12% de la valeur de ses actions, Uber est toujours valorisé à plus de 70 milliards de dollars — près de 20 milliards de plus que General Motors.

Pour Uber, la vision à court terme est claire. L'entreprise doit continuer à engranger des revenus au détriment des profits, qui ont jusqu'ici été inexistants et ne sont pas près d'arriver de sitôt. Uber a rapporté plus de 11 milliards en 2018, mais convertir cet argent en résultat financier positif semble être irréalisable.

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A court terme, Uber n'a pas énormément de choix 

Réduisez les prix ! Robert Galbraith.Reuters

Dans une certaine mesure, Uber est victime de son propre succès : l'entreprise domine le marché américain, mais elle n'a pas le monopole. Lorsque j'en ai parlé à Evan Rawley, professeur à la Columbia Business School en 2017, il a laissé entendre qu'Uber contrôlerait 70% du marché, tandis que Lyft en contrôlerait environ 30%. C'est un duopole déséquilibré, mais cela signifie qu'en raison de son ampleur, le seul moyen pour Uber de conserver sa part de marché est la réduction de ses prix.

C'est une bonne affaire pour les consommateurs, car ils paieront moins pour le service de course d'Uber (Lyft devra décider si elle suit Uber dans la baisse des prix ou si elle est prête à céder sa part dans l’espoir de réaliser des profits. Et si son action baisse suffisamment, il se pourrait qu’à l'avenir, Uber rachète tout simplement Lyft. Les deux entreprises ont déjà eu des discussions autour d’une acquisition.)

Et si Uber augmentait ses prix ? Cela atténuerait les inquiétudes des investisseurs ?

Uber pourrait sacrifier des parts de marché, mais ce serait avoir une vision à court terme. On est plus ou moins face au même modèle qu'Amazon ici : le PDG d'Amazon Jeff Bezos a convaincu ses investisseurs que les profits sont inutiles s'ils amoindrissent un plus grand objectif, la domination du marché. Cette idéologie a été le fer de lance d'Amazon pendant des décennies, tandis que l'entreprise offrait à ses clients des prix imbattables (on pourrait débattre de l'éthique de cette stratégie, mais il ne fait aucun doute que les prix d'Amazon ont fait son succès.)

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La théorie de la "plateforme" et l'avenir d'Uber

Un cycliste Uber Eats traverse le centre de Londres. Jack Taylor/Getty Images

Dara Khosrowshahi, DG d'Uber, indique également qu'Uber pourrait s'ouvrir à d'autres secteurs d'activité — ou alors, si les voitures autonomes peuvent à terme remplacer les conducteurs (un coût non négligeable), mettre la gomme sur son activité principale (1 milliard de dollars en nouveaux investissements pré-IPO ont été injectés dans ce secteur de l'entreprise en avril).

Puis il y a le concept de "plateforme" : Uber pourrait fournir une variété de nouveaux services à ses 91 millions d'utilisateurs actifs, et chacun de ces services pourraient être rentable. "Chez Uber, il y a de nombreuses versions de notre avenir qui seraient hautement rentables, et il y en a d'autres qui le seraient moins", a écrit Dara Khosrowshahi dans un email à ses employés ayant fuité.

Uber Eats et ses opérations de logistique et d'expédition en sont des exemples. Et puis il y a la montagne de données de localisation qu'Uber collecte; j'ai expliqué à beaucoup de personnes travaillant dans le secteur des transports que le big data était LE secteur où se faire véritablement de l'argent. Uber pourrait devenir un annonceur sur pattes, non seulement en mettant à disposition des marques les grandes quantités de données qu'elle collecte, mais aussi en leur donnant potentiellement du temps d'écran alors qu'un passager s'ennuie sur la banquette arrière.

Bien entendu, il existe le risque que l'extension à de nouveaux secteurs ne prenne pas. Si vous avez de grands espoirs, vous pouvez acheter des actions maintenant. Mais à moins que vous ne soyiez prêt à les conserver pendant une longue période - comme dans le cas d'Amazon -, vous résistance à la frustration sera testée.

Dara Khosrowshahi ? Ou Travis Kalanick?

Le mauvais PDG pré-IPO. Et maintenant ? Josiah Kamau/BuzzFoto via Getty Images

Paradoxalement, bien que Dara Khosrowshahi ait été la personne idéale pour aider Uber à traverser sa crise et préparer le terrain pour une introduction en Bourse exempte de controverse, il n'est peut être pas le meilleur dirigeant pour ce qui est de superviser une campagne brutale de réduction des prix, assortie d'une perte d'argent. Il pourrait également trouver cela inconfortable de vendre de nouveaux secteurs d'activité aux investisseurs, principalement pour augmenter les revenus et financer lesdites réductions de prix.

Travis Kalanick était mieux équipé pour piloter le monstre qu'Uber était, est toujours, et devra être pour rester dominant jusqu'à ce qu'il puisse remplacer les voitures qui ont besoin de conducteurs par des voitures autonomes (d'ailleurs, ne vous inquiétez pas, si Uber ne peut pas développer sa propre technologie autonome - Waymo se fera un plaisir de la vendre à Uber, en échange d’un accès à des millions de clients et à leurs données).

Mais Travis Kalanick ne reviendra pas. Le conseil d'administration ne lui a même pas permis de sonner la cloche d'ouverture de séance à Wall Street. Dara Khosrowshahi devra donc trouver un moyen de canaliser l'approche impitoyable du business de son prédécesseur s'il doit rester à la barre.

Le peut-il ?

Peut-être, s'il réalise que ce dont Uber a besoin est un leadership agressif plutôt qu'une direction inoffensive. Bien sûr, l'entreprise est phénoménale, mais la réservation de course via smartphone est encore un secteur nouveau, et personne ne sait comment le rendre rentable à grande échelle.

Wall Street peut rouspéter, mais Uber est trop grand pour disparaître. Il n'est en revanche pas assez grand pour éviter d'être écrasé s'il n’arrive pas à tirer le meilleur profit de son atout qui est justement, son immensité.

Uber est un monstre. Maintenant, il doit juste agir en tant que tel.

Version originale : Business Insider / Matthew DeBord

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  1. Merci pour les informations. j'adore le titre de l'article.

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