Un adolescent est devenu schizophrène après avoir été contaminé par une bactérie transmise par son chat

Extrait du film "The Voices". YouTube/Broken Matt Hardy

Rouleau de papier toilette déchiqueté en mille morceaux, séances de bonds et de course effrénée à 3 heure du matin ou encore chasse obsessionnelle des mouches au risque de vous sauter au visage, les chats font parfois des choses qui peuvent nous rendre fous. Mais un cas clinique surprenant aux Etats-Unis, dévoilé dans la revue "Journal of Central Nervous System" et repéré par Sciences & Avenir, nous montre que nos charmants animaux de compagnie peuvent littéralement nous faire perdre la raison. L'article rapporte en effet qu'un adolescent âgé de 14 ans a souffert d'une schizophrénie infectieuse — avec des psychoses (il pensait être "un fils damné du diable"), un état dépressif et suicidaire, de la confusion et de l'agitation — causée par une bactérie transmise par un chat.

La bactérie en question s'appelle "Bartonella henselae" et se transmet généralement à l'homme par une griffure ou une morsure d'un chat. Elle peut provoquer des infections difficiles à diagnostiquer — c'est le moins que l'on puisse dire puisque l'adolescent a été vu par une quinzaine de médecins pendant 18 mois, avant d'obtenir un bon diagnostic début 2017. Le patient vivait avec sa famille dans une maison avec jardin avec de nombreux animaux dont un chien, un gecko, un mille-pattes géant africain et plusieurs chats et "avait subi des morsures et des égratignures de chat peu avant l'apparition de la maladie", rapporte l'étude. 

"C'est un cas clinique édifiant", a déclaré le Dr Guillaume Fond, psychiatre aux Hôpitaux de Marseille et responsable au Centre expert schizophrénie et dépression résistante, à Sciences & Avenir. "Bartonella hensalae est en effet une bactérie présente dans le sang des chats et en particulier des chatons transmissible par morsure ou griffure. Ce cas est paradigmatique des psychoses d'origine infectieuse. Il montre que les médecins doivent systématiquement penser à cette piste en cas de nouveau cas de schizophrénie, ce qui est encore trop peu exploré à ce jour." Le psychiatre a précisé que son équipe a par ailleurs "démontré l'association de la schizophrénie avec un autre germe trouvé chez le chat, le parasite Toxoplasma gondii."

Dans "Journal of Central Nervous System", Ed Breitschwerdt, professeur émérite de médecine interne à l'université d'État de Caroline du Nord et principal auteur de ce cas clinique étonnant, a estimé qu'"en plus de laisser penser que l'infection à Bartonella elle-même pourrait contribuer à des troubles neuropsychiatriques progressifs comme la schizophrénie, ce cas soulève la question de la fréquence à laquelle l'infection peut être associée à des troubles psychiatriques en général."

Et aujourd'hui, très peu d'études existent encore sur le sujet. "Les chercheurs commencent à examiner des choses comme le rôle de l’infection dans la maladie d'Alzheimer, par exemple. Au-delà de ce cas, il y a beaucoup de tentatives pour comprendre le rôle potentiel des infections virales et bactériennes dans ces maladies médicalement complexes. Ce cas clinique nous donne la preuve qu'il peut y avoir un lien et offre la possibilité de mener des recherches à l'avenir."

Admis dans un hôpital local d'un Etat de l'ouest des Etats-Unis en janvier 2017, l'adolescent a reçu des antibiotiques après avoir été diagnostiqué d'une schizophrénie infectieuse provoquée par la bactérie Bartonella henselae et la fréquence des psychoses a ainsi diminué. En novembre 2017, les psychoses ont disparu, ainsi que les pulsions suicidaires et meurtrières et le garçon a pu rentrer chez lui.

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