Un instrument français a détecté un tremblement sur Mars et c'est une première mondiale

Illustration du sismomètre français SEIS (en bas à droite de la photo) et de l'atterrisseur InSight sur Mars. CNES

Un tremblement martien a été détecté par le sismomètre français SEIS installé sur la surface martienne depuis le 19 décembre dernier et il s'agit d'une première mondiale. L'enregistrement date du 6 avril 2019, ce qui correspond au 128e jour martien (Sol 128) de la mission InSight, qui a atterri le 26 novembre 2018 sur Mars. Dans un communiqué, le Centre national d'études spatiales (CNES), maître d'œuvre de SEIS, a déclaré : "un signal sismique faible mais distinct a été détecté, semblable aux signaux sismiques captés à la surface de la Lune lors des missions Apollo", tout en précisant qu'il s'agit du "premier tremblement martien dont l'origine proviendrait de l'intérieur de la planète — par opposition à un mouvement causé par le vent — bien que les scientifiques n'en soient toujours pas entièrement sûrs."

Le CNES a partagé sur son compte Twitter le premier son reconstitué de ce séisme martien que vous pouvez écouter ci-dessous. Le bruit capté était bien trop faible pour être audible normalement, c'est pourquoi les scientifiques ont dû l'amplifier. Dans une interview accordée au magazine La Recherche, Philippe Lognonné, géophysicien à l'Institut de physique du Globe de Paris et responsable scientifique de SEIS en association avec des équipes du CNRS, a affirmé qu'"il s'agit indubitablement d'un tremblement de Mars, même si l'on ne connaît pas réellement la distance à laquelle il s'est produit."

Le professeur à l'Université Paris Diderot a ajouté : "Nous avons constaté que les données sismiques ressemblent bien plus à celles de la Lune — ou des milliers de séismes ont été étudiés par les sismomètres installés lors des missions Apollo — qu'à celles de la Terre. A priori, la structure de Mars serait un peu analogue à celle de la Lune, et on ne s'y attendait pas vraiment." Concernant le signal observé, le scientifique français a précisé qu'il présente "une coda, c'est-à-dire une phase de décroissance lente. Il dure près de 15 minutes, alors que, sur Terre, pour un tel séisme, la décroissance devrait être plus rapide. Cela indique surtout que, comme sur la Lune, la subsurface où se propage le signal est très sèche, ce qui engendre de la diffraction."


Cet enregistrement constitue le premier signal sismique détecté à la surface d'un corps planétaire autre que la Terre et la Lune. Bruce Banerdt, responsable scientifique de la mission InSight, du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, a ainsi estimé que "ce premier séisme marque la naissance officielle d'une nouvelle discipline : la sismologie martienne."

Trois autres signaux — bien plus faibles que celui de "Sol 128" — ont été enregistrés par l'un des deux capteurs du sismomètre SEIS — en l'occurence le capteur français à basse fréquence. Mais comme l'a expliqué Philippe Lognonné, "ceux-là sont pour le moment difficiles à interpréter : s'agit-il de séismes qui résultent d'impacts de météorites, de coups de vents, ou de séismes internes ? Nous y travaillons encore."


"Sol 128" ne peut être considéré comme un "gros séisme", ce type d'événements sismiques recherchés par les scientifiques de la mission InSight pour pouvoir connaître la structure interne de la planète rouge. Epaisseur de la croûte, épaisseur du manteau à une précision de 5km, noyau liquide ou solide, dimensions et densité du noyau, intensité des séismes... Toutes ces informations pourraient aider les chercheurs à en savoir davantage sur la formation de Mars et comprendre pourquoi la Terre est aujourd'hui habitable, tandis que Mars ne l'est pas. Philippe Lognonné a estimé qu'il faudra "sans doute attendre 5 à 6 fois plus longtemps pour qu'un gros séisme, 5 à 6 fois plus important que celui-ci, se produise." 

La mission est censée durer une année martienne, soit 687 jours sur Terre, mais l'architecte de l'instrument SEIS avance qu'"il n'y a aucune raison pour ne pas la poursuivre au-delà", car "nous n'avons pas de consommable, et l'alimentation électrique est fournie par des panneaux solaires que le vent a le bon goût de nettoyer régulièrement !"

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Mars : des chercheurs ont découvert l'existence passée de fleuves plus abondants que sur Terre

VIDEO: Voici comment on fait de la mozzarella en Italie — c'est fascinant