Un mystérieux objet venant d'un autre système stellaire pourrait bientôt passer près de Mars

Les astronomes pensent que l'objet C/2019 Q4 (la ligne verte) pourrait être un objet interstellaire, peut-être une comète d'un autre système solaire. OrbitalSimulator.com

Des astronomes ont peut-être repéré le deuxième objet à visiter notre système solaire à partir d'un autre système stellaire. L'objet pourrait même passer près de Mars en octobre. À l'heure actuelle, les probabilités semblent indiquer que l'objet, connu sous le nom de comète "C/2019 Q4 (Borisov)" (ou "gb00234"), est un objet interstellaire, plutôt qu'une roche du système solaire. Mais les scientifiques n'en sont pas encore tout à fait certains. Le premier objet interstellaire de ce type jamais détecté, le mystérieux 'Oumuamua à la forme de cigare (quelques scientifiques ont débattu sur son origine potentiellement alien), a pénétré notre système solaire en 2017.

En Crimée, un astronome amateur Gennady Borisov, a repéré pour la première fois C/2019 Q4 dans le ciel le 30 août. Il n'est pas encore entré dans notre système solaire, mais les astronomes ont recueilli des données dans l'espoir de tracer la trajectoire de l'objet dans l'espace et de déterminer d'où il vient. "C'est tellement excitant que nous sommes en train de laisser de côté tous nos autres projets en ce moment", a déclaré Olivier Hainaut, un astronome de l'Observatoire européen austral, à Business Insider US. Olivier Hainaut faisait partie d'une équipe mondiale d'astronomes qui a étudié 'Oumuamua lors de son passage dans le système solaire il y a deux ans.

"La principale différence avec 'Oumuamua et celui-ci, c'est que nous l'avons repéré très, très longtemps à l'avance", a-t-il ajouté. "Maintenant, les astronomes sont beaucoup mieux préparés."

Pourquoi cette comète nouvellement découverte vient probablement d'un autre système stellaire

La comète C/2019 Q4, qui est probablement un objet interstellaire, tel que photographié par le télescope Canada-France-Hawaii sur la grande île d'Hawaii le 10 septembre 2019.télescope Canada-France-Hawaii

Un système télescopique du centre de recherches Jet Propulsion Laboratory de la NASA, appelé Scout, signale automatiquement C/2019 Q4 comme un objet interstellaire potentiel. Bien que l'origine de la comète n'ait pas encore été confirmée, elle se déplace à 150 000 km/h et devrait traverser le plan orbital de notre système solaire le 26 octobre. "La vitesse élevée indique non seulement que l'objet provient probablement de l'extérieur de notre système solaire, mais aussi qu'il partira et retournera dans l'espace interstellaire", a déclaré Davide Farnocchia, qui étudie les objets géocroiseurs à la NASA, dans un communiqué de presse.

Le noyau de l'objet a un diamètre compris entre 2 et 16 kilomètres. On s'attend à ce qu'il traverse notre système solaire à l'extérieur de l'orbite de Mars et qu'il ne se rapproche pas de la Terre à moins de 300 millions de kilomètres.

via Gfycat

Les premières images suggèrent que C/2019 Q4 est suivi d'une petite queue ou d'un halo de poussière. C'est un trait distinctif des comètes - elles retiennent la glace qui se réchauffe sous l'action des étoiles voisines, ce qui les amène à projeter du gaz et de la poussière dans l'espace. La poussière pourrait rendre le C/2019 Q4 plus facile à suivre qu'Oumuamua, puisque la poussière réfléchit fortement la lumière du Soleil.

Cette lumière réfléchie pourrait également faciliter l'étude de la composition de l'objet par les scientifiques, car les instruments télescopiques peuvent "goûter" la lumière pour rechercher des signatures chimiques. "Ici, nous avons quelque chose qui est né autour d'une autre étoile et qui voyage vers nous ", explique Olivier Hainaut. "C'est la meilleure chose à faire après avoir envoyé une sonde dans un autre système solaire."

Les astronomes se préparent à observer l'objet avec autant de télescopes que possible.

Ce très grand télescope se trouve dans le désert d'Atacama au nord du Chili. ESO

Les astronomes du monde entier s'emparent de tous les télescopes disponibles pour tracer la trajectoire de C/2019 Q4 dans l'espace. Le but : voir si l'objet a une orbite elliptique (ovale et autour du Soleil) ou hyperbolique (en forme de coche et sur une trajectoire ouverte).

Il semble beaucoup plus probable que sa trajectoire soit hyperbolique, bien que les astronomes disent que plus d'observations sont nécessaires pour en être certain. En particulier, ils essaient de déterminer l'excentricité de C/2019 Q4, ou à quel point son orbite est extrême. "L'erreur indique qu'il est encore possible que ce soit à l'intérieur du système solaire ", dit Olivier Hainaut. "Mais cette erreur diminue à mesure que nous obtenons de plus en plus de données, et l'excentricité semble interstellaire."

La vitesse apparemment élevée de l'objet et le voile de poussière ressemblant à une comète font également pencher la balance vers l'interstellaire, ajoute Olivier Hainaut. 

"Cela pourrait prendre quelques jours ou quelques semaines avant qu'on ait assez de données pour le dire définitivement. Mais même avec les meilleures données, il se peut que nous ayons besoin de plus", a-t-il dit. "C'est frustrant."

Cette simulation approximative montre la trajectoire orbitale possible (en vert) de C/2019 Q4 à travers le système solaire. Il peut passer entre les orbites de Jupiter (violet) et Mars (orange) fin octobre. OrbitalSimulator.com

Quand 'Oumuamua a dépassé la Terre à une distance de seulement 24 millions de km en octobre 2017, les astronomes n'avaient aucune idée de ce qui allait arriver.
"Nous avons dû nous battre pour pouvoir profiter du télescope", dit Olivier Hainaut. "Cette fois, nous sommes prêts."

Les astronomes pourront étudier C/2019 Q4 pendant au moins un an.
"L'objet atteindra sa luminosité maximale à la mi-décembre et continuera d'être observable avec des télescopes de taille moyenne jusqu'en avril 2020", a déclaré Davide Farnocchia. "Après ça, on ne pourra l'observer qu'avec des télescopes professionnels plus grands jusqu'en octobre 2020."

Olivier Hainaut et ses collègues ont des télescopes plus petits réservés pour les observations, mais il a dit qu'il aimerait "tout" utiliser pour observer C/2019 Q4. Son équipe essaie de gagner du temps sur les "grands", dont le Very Large Telescope au Chili, l'Observatoire Keck et le télescope Gemini à Hawaii.
Il a dit qu'un collègue travaillait sur une proposition visant à utiliser le télescope spatial Hubble. D'autres cherchent à utiliser les deux télescopes spatiaux infrarouges de la NASA : Spitzer et l'Explorateur de levés infrarouges à grand champ.

Mais les scientifiques restent prudents quant à l'identité C/2019 Q4

Représentation artistique de l'objet interstellaire 'Oumuamua. ESA/Hubble ; NASA ; ESO ; M. Kornmesser

Beaucoup d'astronomes sont enthousiasmés par C/2019 Q4, mais il reste encore du travail à faire pour confirmer qu'il est vraiment interstellaire. "Ce n'est pas le premier objet depuis 2017/1I, mieux connu sous le nom d'Oumuamua, à montrer une orbite hyperbolique", a tweeté Michele Bannister, astronome planétaire de l'Université Queen's de Belfast, mercredi.

Michele Bannister a noté qu'avec des observations aussi limitées, un objet pourrait sembler avoir une orbite interstellaire rare, mais qu'il pourrait par la suite avoir une orbite dans notre système solaire. "Parfois, il suffit d'attendre le mouvement des cieux. Et faire... plus d'observations ", a-t-elle ajouté.

Actuellement, ces observations ne sont pas faciles à faire, dit Olivier Hainaut. La position de C/2019 Q4 dans le ciel nocturne le place près du Soleil, ce qui donne aux astronomes une fenêtre de temps très limitée avant l'aube pour l'étudier.
"C'est difficile à voir, mais nous avons les meilleurs astromètres, qui essaient de mesurer sa position dans le ciel", dit-il. "Ça pourrait prendre quelques jours ou quelques semaines avant qu'on ait assez de données pour le dire."

Si C/2019 Q4 s'avère être un deuxième objet interstellaire, cela serait de bon augure pour une mission qu'Olivier Hainaut propose : envoyer des sondes robotiques dans l'espace pour intercepter de futurs objets comme celui-ci. "L'un des principaux problèmes est : combien y en a-t-il comme ça ? Si nous en détectons un chaque siècle, il est difficile de planifier une mission pour en intercepter un", explique-t-il.

D'un autre côté, si ces objets viennent tous les deux ans, les astronomes pourraient même être en mesure de choisir l'objet à intercepter. "Cela suggère que nous pouvons nous permettre d'attendre un, deux ou trois ans pour obtenir le bon, et peut-être pas le premier que nous repérons après avoir organisé une mission", a affirmé Olivier Hainaut.

Version originale : Business Insider / Dave Mosher

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