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Une scientifique américaine recueille le lait maternel pour l'utiliser comme éventuel traitement contre le coronavirus

Une scientifique américaine recueille le lait maternel pour l'utiliser comme éventuel traitement contre le coronavirus
Rebecca Powell, immunologiste du lait maternel à l'école de médecine Icahn du Mont Sinaï. © Fanny Texier pour Business Insider Today

Après que Michelle Agard ait été testée positive au coronavirus, les médecins lui ont dit d'arrêter d'allaiter son nouveau-né. Mais une chercheuse parie sur le lait maternel de survivantes comme elle pour développer un éventuel traitement à base d'anticorps contre le virus. Rebecca Powell, une immunologiste spécialiste du lait maternel à l'école de médecine Icahn de New York, à Mount Sinai, est en contact avec des mères comme Michelle Agard depuis mars 2020, date à laquelle le coronavirus a commencé à se répandre rapidement aux États-Unis. À ce jour, la scientifique a personnellement prélevé plus de 50 échantillons de lait maternel, et son laboratoire a reçu plus de 800 échantillons. Elle essaie de faire en sorte que la collecte de lait se fasse sans contact lorsqu'elle se déplace de domicile en domicile.

L'industrie médicale s'est efforcée de créer une méthode de traitement par anticorps qui pourrait affaiblir le coronavirus, voire empêcher l'infection. Les experts ont indiqué qu'un traitement potentiel pourrait être développé plus rapidement qu'un vaccin. Mais la plupart des recherches se concentrent sur les anticorps présents dans le sang, et non dans le lait maternel, ce qui fait de Rebecca Powell une figure singulière. Elle explique que les anticorps présents dans le lait maternel sont particulièrement résistants par rapport à ceux que l'on trouve dans le sang, car ils sont conçus pour survivre à l'intestin et aux voies respiratoires d'un nourrisson afin d'aider à bloquer les infections. "Les réponses des anticorps ont tendance à durer très longtemps, surtout s'il s'agit d'une infection", a-t-elle déclaré. "Donc, par exemple, si vous avez été infecté par la rougeole pendant votre enfance, vous serez immunisé pour le reste de votre vie."

Rebecca Powell a étudié les avantages possibles des anticorps du lait maternel sur le coronavirus. Fanny Texier pour Business Insider Today

Dans un premier temps, la chercheuse a étudié la transmission du VIH par le lait maternel. Cela l'a amenée à l'étudier aussi dans le cadre de la grippe, et maintenant du coronavirus. Jusqu'à présent, 80% des survivantes qu'elle a testées avaient des anticorps contre le coronavirus dans leur lait maternel.

Mais il n'existe pas beaucoup d'études sur le lait maternel comme traitement potentiel du COVID-19, sans parler de ses avantages. "Le corps de la femme..., il est encore considéré comme relativement tabou à bien des égards. Les seins, l'allaitement et leur étrange sexualisation. Et tout cela se conjugue, je pense pour faire en sorte qu'il y ait juste moins d'intérêt malheureusement".

Certaines mères ont continué à allaiter après avoir été testées positives au coronavirus

Des recherches montrent que le lait maternel prévient les maladies et les virus chez les nourrissons. Mais moins de la moitié des bébés aux États-Unis sont nourris exclusivement au sein, principalement en raison de perceptions négatives et d'un manque de compréhension de ses avantages, selon les Centers for Disease Control and Prevention. Mais certaines mères ont continué à allaiter leurs enfants, même quand elles étaient porteuses du coronavirus.

Ce fut le cas d'Aimee Parow et de sa fille, Layla. Sa fille, née prématurément, avait environ 13 mois lorsqu'elle a commencé à développer les symptômes du Covid."Nous sommes allés aux urgences deux fois ... parce qu'elle avait de gros problèmes respiratoires", a déclaré Aimee Parow, néonatologiste à la Weill Cornell Medicine de New York. "Quand elle est tombée malade, elle ne voulait vraiment rien prendre du biberon. Elle voulait seulement se nourrir auprès de moi." Elle ajoute ne pas avoir été particulièrement inquiète de transmettre sa maladie à son bébé, "car elle l'avait déjà."

Aimee Parow, une néonatologiste, a recommandé aux mères de continuer à allaiter après avoir été diagnostiquée positive au Covid-19. Fanny Texier pour Business Insider Today

Mais pour d'autres mères, comme Michelle Agard, la décision d'allaiter leur enfant leur a été impossible une fois qu'elles ont été diagnostiquées comme ayant le Covid-19.

Elle a expliqué à Business Insider que les médecins lui avaient demandé d'arrêter d'allaiter son nouveau-né et son autre enfant âgé d'un an parce qu'à l'époque, ils ne savaient pas si le virus pouvait être transmis par le lait maternel."Pomper et obtenir le lait, puis devoir le regarder s'écouler, c'est déchirant.", a-t-elle déclaré. Elle aura finalement dû attendre trois semaines supplémentaires avant de pouvoir à nouveau allaiter. "J'ai eu l'impression de pouvoir survivre à tout cela, tout en sachant que ma mère allait bien et que mes enfants allaient bien, j'ai vraiment eu l'impression d'être bénie", a-t-elle déclaré.

L'épreuve l'a conduite aux recherches de Rebecca Powell. Elle lui a fait don d'un échantillon de son lait maternel, et lorsque ses résultats sont revenus, elle a découvert que son lait contenait des anticorps."J'étais juste très heureuse qu'il soit dans mon lait maternel car je sais que je ne peux pas donner mon sang à mes enfants, mais je peux leur donner mon lait maternel. J'étais donc très enthousiaste à ce sujet", a-t-elle déclaré.

Michelle Agard a déclaré que les médecins lui ont demandé d'arrêter d'allaiter ses enfants parce qu'à l'époque, personne ne savait si le virus pouvait être transmis par le lait maternel. Fanny Texier

Il est cependant important de noter que la présence d'anticorps dans le lait maternel n'est pas synonyme d'une garantie d'immunité contre le coronavirus pour les enfants. En outre, les chercheurs ne savent pas exactement combien de temps dure l'immunité aux anticorps, une étude récente ayant montré que les anticorps contre le coronavirus peuvent commencer à diminuer dans les deux mois suivant l'infection.

"Nous en sommes à un stade si précoce de la maladie et des études sur les anticorps dans le lait maternel que je m'inquiéterais de voir quelqu'un développer un faux sentiment de sécurité en allaitant son enfant, et supposer que cet enfant bénéficie d'un niveau de protection plus élevé contre le Covid-19", a déclaré Seema Yasmin, directrice de la Stanford Health Communication Initiative, à Business Insider Today.

Néanmoins, Rebecca Powell espère qu'avec plus de fonds et plus de données, ses recherches pourront en révéler davantage sur le potentiel des anticorps du lait maternel contre le coronavirus. Ce qui donnera aux mères comme Michelle Agard des raisons d'espérer. "C'est juste incroyable de savoir ce que notre corps peut faire" s'est émerveillée celle-ci.

Version originale : Marisa Palmer, Amelia Kosciulek et Mark Abadi / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

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