Estafette Renault aux couleurs de Banania à Châlon-sur-Saône en Saône-et-Loire. Wikimedia commons/ Guillaume Vachey

La direction se défend d'avoir déjà pris une décision, mais clairement le sort de l'usine Banania de Faverolles dans la Somme est en suspens. Ses 40 salariés sont dans l'incertitude après une réunion menée vendredi 30 novembre 2018 au cours de laquelle a été présenté un plan de réorganisation industriel. 

Dans un communiqué, la direction de Nutrimaine, la société qui détient les marques Banania et Benco, évoque une forte baisse du marché du chocolat en poudre. D'après elle, ce marché "a décliné de 27% en 7 ans avec une accélération ces deux dernières années (-13,6%)".

Conséquence, "les chocolats en poudre Banania et Benco doivent faire face à cette tendance durable du marché français de dé-consommation", lit-on encore dans le communiqué. Pour y faire face, Nutrimaine indique avoir "engagé une réflexion stratégique sur l’évolution de son activité en France".

Transformation du modèle

L'idée de la direction est de faire évoluer son modèle économique en privilégiant la diversification des produits. La seule vente du chocolat en poudre pour le petit déjeuner ne suffit en effet plus. Comme ses deux grands concurrents Nesquik et Poulain (qui a investi 4,5 millions d'euros en 2018 dans son usine de Blois, en Loir-et-Cher), Banania doit continuer de développer les à-côtés, chocolats pour Noël et Pâques, bonbons, biscuits, glaces en capitalisant sur la marque bien connue de tous les Français, à l'image du lancement en 2012 de sa pâte à tartiner sans huile de palme.

Nutrimaine veut aussi élargir ses circuits de distribution. Outre sa disponibilité dans les rayons des hypermarchés et supermarchés, la marque doit trouver d'autres canaux de commercialisation.

Mais tout cela a un coût. "Pour soutenir cette diversification, d'importants investissements seront nécessaires notamment en innovation, marketing et commercialisation", prévient la direction qui pointe du doigt la surcapacité de son usine.

La réflexion "doit tenir compte de l'évolution de l'activité de l'usine de Faverolles, construite en 1972 pour produire 20.000 tonnes de poudre chocolatée par an et dont la production annuelle atteint aujourd'hui 7700 tonnes", indique encore la direction. 

"Aucune décision concernant l'avenir de l'usine de Faverolles n'a été prise pour le moment. Nous avons invité les représentants des salariés pour les informer du projet de réorganisation au cours d'une prochaine réunion" a néanmoins déclaré Catherine Hostein, présidente de Nutrimaine.

Malgré cette posture rassurante, plusieurs salariés ont fait part de leurs inquiétudes dans différents médias. Pour certains, cités par France 3 Hauts-de-France, la direction aurait déjà annoncé la délocalisation de l'unité de production en Allemagne, dans les ateliers du chocolatier Krüger (actionnaire minoritaire depuis 2010), en mars prochain. Motif invoqué: le site serait trop vétuste et les travaux de mise en conformité coûteraient trop cher. 

"Faux", a rétorqué Nutrimaine à Business Insider France. La société martèle "qu'aucune décision n'a encore été prise". En revanche, un processus de concertation doit s'ouvrir ce mercredi 5 novembre avec les élus du personnel, il durera près de deux mois à l'issue desquels un avis sera rendu.

Plus d'un siècle d'histoire

Lancée en 1914, Banania a accompagné les petits déjeuners de générations d'enfants et enchanté des milliers de Français avec ses images et autres boîtes à collectionner — qui ont suscité plusieurs polémiques.

Initialement sa production était à Courbevoie, elle a déménagé plusieurs fois, à Clermont-Ferrand pendant la Seconde Guerre mondiale, puis à Maisons-Laffitte, et enfin à Faverolles où l'usine a ouvert en 1974.

La marque a eu différents propriétaires depuis sa création. Nutrimaine, filiale de la holding Nutrial l'a rachetée en 2003 au groupe Unilever en même temps que les marques Benco et les crèmes desserts Ya bon. A l'époque, l'ensemble représentait un chiffre d'affaires de 77 millions d'euros pour un tonnage global de 23.000 tonnes. 

Les crèmes Yabon, produites à Verneuil-sur-Avre dans l'Eure, ont été revendues en 2005 et Nutrimaine s'est alors concentré sur l'unique site de Faverolles.

Alors que dans les années 70, Banania était le numéro 1 en France sur le marché du cacao en poudre, ses parts de marché se sont effondrées. D'après Les Echos, Banania et Benco ont une part de marché de 13% face à Nesquik 41,8% (groupe Nestlé) et Poulain 20% (Eurazeo).

En 2017, le site spécialisé Process Alimentaire indiquait que Nutrimaine avait réalisé un chiffre d'affaires de 26 millions d'euros (sur un marché évalué à 176 millions d'euros) pour un volume de production de 7000 tonnes et un effectif de 56 salariés.

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