Pour satisfaire ses équipes, le montant du salaire ne fait pas tout. Dans un contexte de guerre des talents, où les entreprises peinent à recruter et garder les meilleurs profils, la qualité de vie au travail est un critère important lorsqu'il s'agit de choisir un poste. C'est ce que révélait le cabinet de recrutement Robert Walters lors de la présentation de son étude de rémunération 2019 en janvier. Si la rémunération est le critère numéro un chez les cadres comme les non-cadres, des critères relatifs au bien-être arrivent en troisième position dans les deux catégories, selon l'étude, qui porte sur 2 500 candidats en France.

En effet, Robert Walters indique que l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle est un critère important pour 49% des cadres sondés, et que l'ambiance au travail est un critère important pour 46% des non-cadres interrogés. Les employeurs en ont conscience, et prennent des initiatives innovantes. Semaine de quatre jours, vacances illimitées, salaires libres... certaines idées pour améliorer la qualité de vie de leurs équipes sont même radicales. 

Voici huit exemples d'initiatives d'employeurs pour rendre leurs salariés plus heureux :

Laisser ses employés télétravailler en illimité

Spécialisée dans la mise en relation de freelances avec leurs clients, la startup Malt encourage ses salariés à pratiquer le télétravail. "Nous nous inspirons des méthodes de travail des freelances", explique Richard Yarsley, talent manager, à Business Insider France. "L'autonomie est une de nos valeurs, donc nous la valorisons au quotidien."

Le nombre de salariés pouvant travailler depuis chez eux à augmenté de 14% entre 2015 et 2018, selon Les Echos. Les progrès technologiques et l'avènement des solutions cloud permettent ainsi de mener à bien ses missions professionnelles n'importe où. "En lien avec les demandes sociétales croissantes liées à la parentalité, les attentes des collaborateurs se portent désormais d'avantage sur les solutions favorisant l'équilibre des temps disponibles, les aménagements horaires, les équipements digitaux et les aides à la famille", décrypte le Top Employers Institute, cité par Les Echos.

Proposer des déplacements gratuits et un logement dans les locaux

Les locaux de Malt. Malt

Hugo Lassiège, un des fondateurs de Malt, a choisi de vivre à Lyon, alors que la startup est basée à Paris. Il y a monté l'équipe tech, et les deux bureaux communiquent en permanence. L'entreprise s'est depuis également implantée à Madrid. "Nous incitons les allers-retours entre les équipes", poursuit Richard Yarsley. L'entreprise permet à ses employés de voyager gratuitement entre les différents sites. "Ces voyages d'équipe sont très précieux pour échanger les bonnes pratiques et s'inspirer mutuellement. Nous avons remarqué que des infos pouvaient échapper aux équipes quand les échanges étaient juste numériques." Ainsi, chaque nouvel entrant dans l'équipe passe sa première semaine au siège de Paris.

Plus insolite, Malt propose un appartement à ses équipes de passage dans les locaux parisiens. "Cela permet aux personnes qui ne sont pas basées à Paris de venir sans contrainte de logement", précise Richard Yarsley. "Sur une semaine de 5 jours, l'appartement est en moyenne réservé 2 nuits."

Offrir de quoi se divertir au bureau

Les baby-foot, consoles de jeux, et tables de ping-pong sont devenus des classiques de l'open space. Pour rendre ses employés heureux, il s'agirait de leur offrir de quoi se divertir sur leur lieu de travail. Mais attention, pour aménager des bureaux, il faut surtout écouter ses salariés, et ne pas se contenter de copier le siège de Google ou d'Airbnb. "Si on ne consulte pas les collaborateurs, si on n'écoute pas leurs besoins, l'effet waouh ne dépassera guère quelques jours", affirme Richard Galland, président de l'agence Majorelle, à Challenges.

C'est ainsi qu'Allo-media, une startup spécialisée dans la reconnaissance vocale, a aménagé un espace avec des instruments de musique, car la plupart de ses employés partagent une passion pour la musique. "Cela fait environ un an et demi que nous avons commencé à aménager cet espace", indique, à Business Insider France, Romain Sambrino, président et fondateur d'Allo-media. Il est lui même guitariste. "Nous évitons de les utiliser pendant les heures de travail car, étant dans un open-space, cela pourrait perturber la concentration de chacun." L'équipe en profite donc pendant les pauses de midi ou en soirée.

Faire la semaine de 4 jours

Les weekends de trois jours donnent plus de possibilité pour voyager, à Lisbonne par exemple. Unsplash

En 2016, les jours fériés du 1er et 8 mai tombaient un lundi, offrant deux weekends de trois jours aux salariés de Love Radius, une PME du sud de la France qui fabrique des porte-bébés. Pour Olivier Sâles, son patron, c'est l'occasion de voir quelle conséquence la semaine de quatre jours a sur ses employés. Il raconte à L'ADN que ces semaines étaient peut être plus chargées le premier jour, mais qu'elles provoquaient l'enthousiasme au sein de ses équipes. Il a donc décidé d'appliquer la semaine de quatre jours pendant quatre mois, de mai à fin août, sans que les employés fassent des heures supplémentaires les autres jours, et sans baisser les salaires. "On travaille de 9h à 17h, tous les jours", explique Olivier Sâles à L'ADN.

"Ça fonctionne pour tout le monde : de la logistique au service client, en passant par la com'. L’activité se développe, nous avons beaucoup recruté sur la dernière année, et tout se passe bien. Je pense que tout le monde peut y arriver. Ce n’est pas pour tout de suite, mais on évoque la possibilité d’étendre le système sur toute l’année", précise-t-il.

Laisser les employés fixer leur salaire

Laisser ses salariés fixer librement leur salaire peut sembler irresponsable, mais certaines entreprises ont sauté le pas. Chez Fasterize, une entreprise qui accélère les sites web, la quinzaine de salariés a ainsi la possibilité de s'auto-évaluer chaque année et de se fixer son salaire. "Je voulais de la part des salariés de la responsabilité, et surtout de l'autonomie", indique son président, Stéphane Rios, au Point. Quand la situation financière de son entreprise l'a permis, il a "pris une feuille Excel, [...] listé le nom des personnes, leur salaire actuel, et rajouté une colonne vierge pour leur salaire de l'année prochaine".

"Il fallait bien évidemment faire des prédictions, estimer une enveloppe et fixer des éventuels plafonds", explique Stéphane Rios, qui se souvient que ses employés étaient "hyper-raisonnables", parfois même trop. "On a dû les forcer à s'augmenter", raconte-t-il. "Il faut aussi prendre en compte le fait que tout le monde va savoir de combien se sont augmentés les autres", tempère le patron de Fasterize. "Une pression sociale s'auto-installe, car il faut assumer sa propre augmentation."

Proposer des vacances illimités

Dans le même esprit, certaines entreprises laissent leurs employés poser autant de congés qu'ils le souhaitent, au delà des cinq semaines légales. C'est notamment le cas depuis 2016 dans les bureaux français d'Indeed, le site de recherche d'emplois. "C’est un désir de plus en plus fréquemment exprimé par les candidats et collaborateurs, d’être traités en adulte en quelque sorte", affirme Charles Chantala, directeur senior des ventes d'Indeed France, interrogé par LCI. Karine, assistante de direction explique qu'elle reste plus tard à son bureau en échange. "J'essaie d'avancer sur toutes mes taches, pour que tout soit fait en temps et en heure", affirme-t-elle.

LCI indique également que le promoteur immobilier Avinim, dans les Vosges, est l'un des précurseurs de cette idée en France. Son directeur, Martial Demange, remarque que son entreprise "continue à gagner de l'argent", et qu'il n'y a ni burn-out, ni maladie, ni départ dans ses effectifs.

Réduire la charge mentale imposée par les mails

Les mails sont un outil de communication quasi-indispensable dans le monde de l'entreprise, et une boîte mail professionnelle encombrée peut vite devenir source de stress. Pour régler ce problème, Timyo, une startup américaine fondée par un Français, a développé une solution qui trie les messages par ordre d'importance plutôt que par date de réception. L'originalité tient notamment dans le fait que c'est à l'expéditeur d'évaluer le niveau d'urgence de son mail. Timyo a entre autres été adopté par Jardiland et Hewlett Packard Enterprise.

Allonger le congé maternité...

Le congé maternité français légal est de 16 semaines pour la première ou la deuxième naissance. Mais certaines entreprises offrent plus. C'est le cas par exemple de celles qui relèvent de la convention collective de la banque, qui permettent aux jeunes mamans de prendre un congé de 45 jours supplémentaires en étant rémunérée à 100%, ou 90 jours en étant payée à 50%.

...et le congé paternité

En France, les jeunes pères ont droit à trois jours de congés pour la naissance de leur enfant, puis à 11 jours de congé paternité (18 jours pour la naissance de jumeaux ou plus). Certaines entreprises vont plus loin, dans un soucis d'égalité femme-homme, mais aussi pour offrir des conditions favorables aux employés. Ainsi, Ubisoft permet à ses employés de prendre un mois de congé parental.

"Les nouveaux pères et coparents souhaitaient s’investir davantage dans la vie de leurs enfants, et notamment à la naissance", explique Raphaëlle Lalo, "employee experience manager" d'Ubisoft France, interrogée par le site Change The Work. Et l'éditeur de jeux vidéo n'est pas la seule entreprise a avoir franchi le pas. IKEA a également prolongé le congé paternité à cinq semaines, tandis que L'Oréal l'a porté à six semaines. "L'atteinte de cette égalité repose aussi sur un partage plus équilibré des rôles dans la sphère domestique, et une meilleure répartition de la charge mentale, encore largement supportée par les femmes", justifie Jean-Claude Le Grand, le DG ressources humaines du groupe, dans un communiqué.

Aménager un espace de sieste

La "boîte à rêves" installée par Silence Business Solutions dans les locaux d'OVH. SBS

Les Français dorment de moins en moins, en moyenne six heures et 45 minutes par nuit selon Santé publique France. C'est 15 minutes de moins que le temps nécessaire pour bien récupérer. Un problème auquel certaines entreprises tentent de s'attaquer. Dans son siège au Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine, Renault a ainsi mis en place un "calm space", raconte Le Parisien. Le constructeur automobile a installé cinq petites pièces, dans lesquelles est diffusée de la musique douce. On y trouve également un fauteuil incliné et un plafonnier qui changer de couleur pour relaxer l'occupant.

"Nous l'avons conçu comme un outil de prévention pour éviter les accidents et prendre soin de la santé de nos équipes : le manque de sommeil peut être dévastateur", affirme Eric Benichou, directeur délégué, au Parisien.

Dans le même esprit, l'entreprise française Silence Business Solutions (SBS) commercialise des "boîtes à rêve", des cabines de micro-sieste, qui aident l'utilisateur à s'endormir grâce à de la "chromothérapie" — des jeux de lumières. Selon La Gazette de La Défense, cette cabine a notamment été vendue à L'Oréal, OVH et au club de rugby Racing 92.

Permettre aux employés de consulter un médecin à distance

La "Consult Station" de H4D installée au siège d'Icade. YouTube/CNES

Certaines entreprises pensent aussi directement à la santé de leurs employés. Et installent une cabine de télémédecine, conçue par la startup H4D. Cet outil permet de consulter un médecin généraliste à travers un écran, et d'obtenir une ordonnance, sans quitter son lieu de travail. Une solution notamment installée dans les locaux d'Icade et ceux du cabinet d'audit EY.

Instaurer un soir 'off'

Pour permettre à ses employés de souffler, certains managers leur imposent la déconnexion. Au sein de l'entreprise de conseil Mazars, on pratique la "Night Off", pour forcer les salariés à quitter le bureau à une heure précise. "Un jour précis de la semaine, chacun doit quitter le bureau à 18 heures au plus tard", explique Charlotte Grisard, senior manager interrogée par L'AGEFI.

"Cela est inscrit sur un tableau visible de tous. Ainsi, toute l’équipe travaille de façon à ce que ce collègue puisse partir ce jour-là à l’horaire prévu", poursuit la jeune femme. "L’idée est d’inciter les personnes à s’organiser autrement afin de pouvoir se consacrer à des activités en dehors du bureau. Cela apporte aussi de la cohésion entre nous."

Utiliser des outils technologiques pour améliorer le confort

La solution de masquage sonore de Silent Space. Silent Space

Des entreprises font confiance à la technologie pour lutter contre le bruit dans les open spaces. La startup Silent Space commercialise un système, basé sur le principe du marquage sonore, qui diffuse un signal neutre qui vient casser les conversations non désirées, et ainsi favorise la concentration. Une solution adoptée par des grandes entreprises comme Bouygues Construction, BNP Paribas ou encore Total.

Travailler en horaires décalés pour éviter l'heure de pointe

Le quartier de La Défense, à l'ouest de Paris. Flickr/Mathieu Péborde/CC

La saturation des routes et des transports en commun pour se rendre au travail peut être un facteur de stress et de fatigue. Pour palier ce problème, des entreprises permettent à leurs salariés d'arriver plus tard, ou plus tôt, au bureau pour éviter l'heure de pointe. C'est le cas par exemple d'entreprises comme Allianz, AXA ou Total dans le quartier de La Défense, selon France Bleu Paris. A Toulouse, Airbus a mis en place des horaires décalés sur ses différents sites pour éviter les bouchons, comme le rapporte Actu Toulouse.

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