L'affaire des Panama Papers a éclaté en 2016. Elle désigne la fuite de plus de 11,5 millions de documents issus du cabinet d'avocats Mossack Fonseca, concernant des centaines de milliers d'entités et sociétés de plus de 200 pays différents. Certains noms de milliardaires sont aussi apparus dans les documents. Nous avons interrogé Jake Bernstein, auteur de "Secrecy World", qui nous explique comment les méga-riches cachent des milliards en utilisant des paradis fiscaux et des sociétés écrans. Voici une transcription de la vidéo.

En 2016, 11,5 millions de documents issus de Mossack Fonseca, le quatrième cabinet d'avocats de droit offshore au monde, ont été divulgués. C'est ce que l'on a appelé les Panama Papers. Des centaines de milliers d'entités étrangères et de sociétés fictives liées à plus de 200 pays et territoires apparaissent dans les dossiers. D'éminents dirigeants mondiaux, des politiciens, des hommes d'affaires et des super riches ont été exposés pour avoir utilisé des comptes à l'étranger à des fins d'évitement fiscal, notamment.

Pourquoi vous devriez vous en soucier ? Chaque année, il manque environ 70 milliards de dollars que les États-Unis pourraient utiliser pour les infrastructures, les forces de l'ordre, la santé ou l'éducation. Un montant qui se cache derrière des entreprises fictives et des entités anonymes dans des endroits comme les îles Vierges britanniques. Maintenant, revenons en arrière. Qu'est-ce qu'une entreprise fictive ?

Jake Bernstein : La création d'une entreprise fictive est vraiment très facile. Vous pouvez vous rendre dans un endroit comme le Panama, les îles Vierges britanniques, le Delaware ou le Nevada. Habituellement, ces endroits ont des lois strictes qui ne révèlent pas qui est le bénéficiaire effectif et préservent l'anonymat des titulaires des comptes. Par exemple, vous pourriez avoir un faux dirigeant que vous payez un peu plus cher et qui fait semblant d'être le représentant de l'entreprise.

Ce n'est pas parce que vous avez une entreprise fictive que vous faites nécessairement quelque chose d'illégal. Disons, par exemple, que vous voulez avoir des activités commerciales, mais vous ne voulez pas que certains partenaires commerciaux sachent ce que vous faites. La pratique la plus courante est une forme d'évasion fiscale légale. Je pense que beaucoup de gens aux États-Unis pensent que la fraude et l'évasion fiscales sont des choses qui se produisent dans des endroits éloignés, entourés de palmiers et la brise des océans. Et en réalité, nous avons la même problématique ici.

Le Trésor américain estime qu'environ 300 milliards de dollars par an sont blanchis par les États-Unis. Des étrangers viennent et achètent des biens avec des sociétés fictives anonymes et certains de ces achats sont parfaitement légitimes. Mais il s'agit clairement de blanchiment d'argent et de corruption de fonctionnaires, avec des gens qui dépensent leur argent pour le placer dans un bien immobilier, ce qui empêche ceux qui vivent dans la zone de pouvoir payer sa valeur.

Notre gouvernement prétend qu'il n'a pas assez d'argent pour les infrastructures, les services de santé, la police ou l'éducation, et en même temps il y a énormément d'évasion et de fraude fiscales dans ce milieu clandestin. Les autorités fiscales du monde entier ont collecté plus d'un demi-milliard de dollars grâce à la fuite des Panama Papers.

Narrateur : Sur les 214 000 entités identifiées dans les documents de Panama, environ la moitié d'entre elles sont situées dans les îles Vierges britanniques. Comment ce petit territoire est-il devenu un paradis fiscal aussi vaste ? Mossack Fonseca est un cabinet d'avocats panaméen fondé en 1977. Après l'instabilité au Panama qui repoussait les clients dans les années 80, l'entreprise a découvert que les îles Vierges britanniques étaient un nouveau terrain fertile pour les entreprises fictives anonymes.

Jake Bernstein : Leur vision était d'être le "McDonald's" du système offshore, vous voyez ? Avec des volumes élevés, pour de faibles coûts, et dont le but était de développer ce réseau de sociétés fictives anonymes afin de les rendre accessibles à un public plus large. Au début, c'est un excellent modèle d'affaires, c'est vrai, parce que ce que vous faites, c'est seulement créer cette société fictive anonyme. Vous lui donnez un nom, vous ne vous souciez pas de qui se cache réellement derrière tout cela. Puis vous la rangez dans un dossier et l'oubliez pendant un an jusqu'au renouvellement. Les vérifications entrent en jeu plus tard. Les gouvernements commencent à se rendre compte qu'elles sont utilisées par des criminels, des blanchisseurs d'argent et autres, et ils disent : "Il nous faut plus d'information". Alors j'ai demandé à Jurgen Mossack : "As-tu déjà vu le merveilleux épisode "J'aime Lucy" où elle se trouve dans la chocolaterie et elle essaie de suivre le rythme du tapis roulant, qui va de plus en plus vite ?" Et il m'a répondu : "Oui." C'était tout à fait comme ça à un moment donné.

Nous savons donc que c'est un gros problème, comment cela continue à se produire ?

Jake Bernstein : Il y a beaucoup d'inertie bureaucratique et de réserve dans le fisc, c'est certain. Mais une autre grande partie du problème est que le Congrès a éviscéré le fisc et l'a privé de fonds, il y a aussi eu un grand nombre de départs à la retraite, ce qui a délibérément entravé le fisc et rendu impossible pour celui-ci de poursuivre ce type de fraude fiscale. Une grande partie de ces informations est conservée dans les banques et dans des juridictions qui ne coopèrent pas facilement avec les autorités américaines.

La seule façon pour le fisc de comprendre ce qui se passe, c'est par ces fuites. Et ce sont vraiment ces fuites des dernières années qui ont permis à l'IRS et au reste des citoyens d'avoir une véritable vision du fonctionnement et de l'ampleur de ce système, de son champ d'application global.

Il faut que les gens soient conscients que nous n'avons pas à accepter l'austérité qu'on nous impose. Les Européens nous devancent sur ce point parce qu'ils ont été très durement touchés après la crise financière. Il y a eu des coupes budgétaires importantes dans plusieurs pays. Lorsque ces enquêtes sur les fuites ont commencé à être publiées et qu'ils ont découvert que les méga-riches ne payaient pas leur juste part, les gens se sont mis en colère. Il n’y a pas eu autant de répercussions aux Etats-Unis, mais je suppose que cela se fera dans l'avenir.

Produit par Noah Friedman, Alana Kakoyiannis and Lamar Salter

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