Touchez-vous du bois ou évitez-vous de marcher sur des fissures pour empêcher que quelque chose de mauvais ne se produise? Alors que les origines de certaines de ces superstitions populaires semblent assez ridicules, beaucoup de gens continuent encore d'y croire aujourd'hui. Nous avons discuté avec quelques experts pour savoir d'où viennent ces croyances et pourquoi nous nous engageons dans cette "pensée magique". 

Ci-dessous, une transcription de la vidéo.

Avez-vous déjà touché du bois pour vous porter bonne chance? Cette superstition vient d'une ancienne croyance païenne selon laquelle les esprits vivent dans les arbres. Et si vous frappez un arbre, c'est que vous recherchez l'aide des bons esprits ou vous vous assurez que les mauvais esprits ne peuvent pas vous entendre et vous faire du mal.

Ça semble un peu idiot, non? Alors, pourquoi les gens le font encore aujourd'hui?

Le mot superstition vient des mots latins "super" et "stare".

Cela implique une attitude supérieure et un point de repère plus élevé que le vôtre. Cela signifie: "J'ai une meilleure explication".

Phillips Stevens est un expert de ce que certains psychologues appellent la pensée magique. Comme par exemple, les gens qui sont de mauvaise humeur disent qu'ils se sont levés du pied gauche. Les superstitions sont des exemples de pensée magique.

Lorsque nous utilisons le mot superstition, il s'agit généralement de contrôle de la chance ou de la malchance. Alors que la pensée magique ne concerne pas nécessairement la chance, mais plutôt comment une chose peut causer une autre chose, même quand il n'y a aucune preuve scientifique que ces choses seraient liées de manière causale.

J'ai fait disparaître ma famille!

C'est ce genre de croyance qui n'est pas fondée sur des preuves, même si personne ne peut  comprendre. On dit que 13 est un nombre maudit. Vous savez, l'ascenseur de mon immeuble n'a pas de 13e étage. C'est complètement fou.

Bien qu'apparemment insensées, Stevens affirme que la plupart des superstitions découlent de trois principes universels issus de toutes les cultures. Nous les faisons tous, dans une certaine mesure.

Ils représentent les caractéristiques cognitives de l'humanité, quelque part enracinées dans notre biologie évolutive.

Le premier est la croyance en un pouvoir supérieur.

Un pouvoir mystique, surnaturel, qui se retrouve dans toutes les choses.

On pense que ce pouvoir est transféré à travers des éléments tels que le langage et les symboles.

En effet!

Partout dans le monde, les gens croient en un univers cohérent et interconnecté.

Par exemple, la croix dans le christianisme peut être utilisée comme une amulette personnelle, qui détient le pouvoir de Dieu.

Les catholiques font le signe de la croix sur le corps, n'est-ce pas? Avec la main droite. Mais on peut croiser les doigts avec n'importe quelle main, et à l'abri des regards. Vous invoquez le pouvoir de la croix.

La deuxième caractéristique cognitive est le principe de similitude.

Les choses qui ressemblent à d'autres choses ont un lien de causalité avec ces autres choses.

Briser un miroir, par exemple, condamnerait à sept ans de malheur.

L'image et la réalité sont liées. Si vous cassez l'image, vous endommagez la réalité. C'est le même genre de croyance que la dénommée poupée vaudou.

Le concept des sept années provient de la Bible et n'est pas censé être spécifique.

Toutes les cultures ont leurs propres idées de longues et courtes durées. Et dans la pensée biblique, sept ans est une longue période.

Le troisième et dernier principe est le contact, ou la contagion.

Les choses qui ont été en contact direct avec d'autres choses conservent ce contact après leur séparation.

Par exemple, pourquoi évite-t-on de marcher sur les fissures du sol?

La fissure, c'est le dommage et en marchant dessus, vous pourriez transférer une partie de ce dommage en vous.

Ou, pourquoi n'ouvre-t-on pas les parapluies à l'intérieur? Un parapluie est exposé à une tempête, une mauvaise chose que l’on pourrait propager par le biais du parapluie.

Les choses de dehors restent dehors. Elles ne sont pas introduites à l'intérieur, car elles pourraient entraîner une part d'imprévisibilité, de danger, de potentiel chaos de l'extérieur.

C'est également pour cette raison que les guerriers laissaient leur casque à l'extérieur. Pour ne pas mener la bataille chez eux, qui était un lieu de paix.

Les premiers parapluies étaient aussi fabriqués avec un mécanisme à ressort, ce qui aurait pu blesser physiquement quelqu'un s'il fonctionnait mal à l'intérieur.

Certaines superstitions découlent de comportements pratiques.

Les gens évitent de passer sous les échelles, car cela porterait malheur. Selon une théorie répandue, une échelle appuyée contre un mur crée les trois côtés d’un triangle. Le chiffre trois est sacré, particulièrement dans le christianisme avec la Sainte Trinité. Lorsque vous passez sous une échelle, vous violez la Trinité, et vous portez ainsi malheur.

L'explication la plus simple, dans ce cas, est la meilleure. Cela peut être dangereux.

En gros, si des gens travaillent sur une échelle, il y a des chances que quelque chose vous tombe sur la tête.

Il est simplement plus logique de la contourner.

Un certain nombre de superstitions peuvent être attribuées aux anciennes croyances religieuses, qui sont étroitement liées à la pensée magique, comme le chiffre 13, qui porte malheur.

Cela provient de l'histoire chrétienne du dernier souper. Ce repas de Seder dans la chambre haute un jeudi soir.

Il y avait 13 personnes à table. La 13e personne étant considérée comme Judas, qui a trahi Jésus, ou comme Jésus lui-même. Jésus, bien sûr, est mort sur la Croix le lendemain, un vendredi. D'où la nature malheureuse du vendredi 13.

Lorsque vous passez devant un cimetière, retenez-vous votre souffle? L'origine de cette superstition provient d'une vieille croyance selon laquelle le souffle et l'esprit sont identiques. En hébreu, souffle et esprit forment un même mot, "Rouakh". On pense que les esprits traînent dans les cimetières et il y a une chance que vous respiriez dans leur esprit, ce qui ne serait pas très bon. Comme vous pouvez le voir, les origines de ces superstitions répandues sont un peu absurdes. Selon Jane Risen, il y a des raisons de motivation mais aussi des raisons cognitives, qui expliquent que les gens sont superstitieux.

L'aspect de motivation est que les superstitions peuvent nous aider à gérer l'incertitude, ainsi que le stress et la tension engendrés par le fait qu'on ne sait pas ce qui va se passer.

Sur le plan cognitif, deux systèmes de pensée aident à les expliquer. Système 1 et système 2. Le système 1 fait référence à des choses comme votre intuition, qui vous aide à prendre des décisions rapides concernant votre environnement.

Certains processus mentaux sont très rapides et efficaces. Ils ne nécessitent pas de ressources cognitives, ou de travailler sa mémoire, ils marchent un peu comme ça. Et vous savez, une grande partie de la vie est un espace dans ce système, et vous ne pourriez pas fonctionner sans.

Mais vos intuitions peuvent aussi encourager un comportement superstitieux. On vous a toujours dit d'éviter les fissures dans la rue, vous allez donc le faire au cas où, puisque cela ne demande pas beaucoup d'effort.

Dans le système 2 qui est plus lent et plus délibéré, on trouve les processus mentaux qui nécessitent plus de travail de mémoire et plus d'efforts, et c’est ce dont vous avez besoin pour reconnaître que ces croyances n'ont pas vraiment de sens. Mais elles n'empêchent pas les intuitions. Donc même quand vous admettez que ça n'a aucun sens, ça ne vous empêche pas de penser: "Si je fais ça, il se passera quelque chose".

Les gens sont très réticents à l'idée de manger un bon chocolat en forme de crotte de chien. Vous pouvez qualifier ça de superstition si vous voulez, mais c'est irrationnel. Ce n'est pas une crotte de chien, c'est un morceau de chocolat, et ils le savent. Le système 2 le sait, mais le système 1 dit: "On dirait une crotte de chien, c'est une crotte de chien". Généralement, c'est une bonne règle: si ça ressemble à quelque chose, c'est cette chose. Mais dans ce cas, elle est mal appliquée.

Donc même si ces superstitions peuvent sembler folles, vous n'arrêterez sûrement pas de toucher du bois de si tôt, si votre cerveau a quelque chose à dire à ce sujet. J'ai refusé de casser un miroir pour cette vidéo. Vous savez, juste au cas où.

Produit par Chris Snyder

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