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Affaire Benalla: Elysée, Beauvau, Préfecture de police — qui a découvert la vidéo et quand

Affaire Benalla: Elysée, Beauvau, Préfecture de police — qui a découvert la vidéo et quand
© YouTube/Le Monde

Qui savait? La question est au cœur de l'affaire dite "Benalla", du nom de l'ancien collaborateur du président de la République identifié, il y a cinq jours, par Le Monde, dans une vidéo où on le voit en train de violenter un manifestant le 1er mai dernier à Paris.

Deux auditions devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale, ce lundi 23 juillet, ont commencé à apporter des réponses à cette épineuse interrogation qui en entraîne une autre: qui en a assumé les responsabilités ou qui a échoué à le faire?

Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, puis Michel Delpuech, préfet de police de Paris, ont tour à tour livré leur version des faits, qui pointent, chacune, droit vers l'Elysée.

Voici la chronologie esquissée par ces témoignages permettant de comprendre qui était au courant des violences d'Alexandre Benalla et à quel moment:

  • 1er mai 2018 — fin de journée: la vidéo des violences de Benalla est rendue publique. Taha Bouhafs, militant proche de La France insoumise, publie sur Twitter les images qu'il a tournées un peu plus tôt place de la Contrescarpe à Paris sur lesquelles Alexandre Benalla se livre à des violences sur un manifestant le 1er mai, sans savoir de qui il s'agit. Il tague les comptes de la Préfecture de police et de la Police nationale dans son tweet, rapidement partagé par les internautes.
  • 1er mai — après 20 heures: le préfet découvre que Benalla a participé aux opérations de la journée. Le préfet de police Michel Delpuech découvre "avec surprise, avec étonnement la présence dans la salle de monsieur Benalla" alors qu'il salue avec Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, une quarantaine de forces de l'ordre et militaires ayant participé aux opérations de la journée, rassemblées dans la salle de commandement de la préfecture. Il affirme avoir découvert ainsi qu'Alexandre Benalla était présent lors des opérations de police du 1er mai. "Rien d'une opération anormale sur la place de la Contrescarpe ne m'a alors été rapporté", affirme Delpuech.
  • 2 mai — "vers 9h45-10h": le préfet entend parler de violences policières en vidéo. En route pour la Préfecture de police après une intervention dans les médias, Michel Delpuech appelle son directeur de cabinet pour prendre des nouvelles. Il lui apprend alors que "circulerait sur les réseaux sociaux une vidéo relatant des violences policières à l'occasion des manifestations du 1er mai." Il demande à en savoir plus.
  • 2 mai — vers 10h15: l'Elysée appelle le préfet de police et mentionne Benalla pour la première fois. Michel Delpuech reçoit un appel de Laurent Hottiaux, collaborateur du directeur du cabinet du président de la République. "Il venait aux nouvelles auprès de moi sur, je cite, 'l'affaire Benalla' — je ne me souviens pas des termes exacts, peut-être c'était la 'vidéo Benalla'. Je ne comprends pas de quoi il parle et ma réponse est toute de surprise. Je n'ai jamais à cette heure là entendu parler d'affaire Benalla, et indique à mon interlocuteur que je vais me renseigner."
  • En parallèle, le service communication de la préfecture a trouvé la vidéo et ils la visionnent ensemble sur un grand écran dans le bureau du dircab de Michel Delpuech.
  • 2 mai — milieu de matinée: Alerté par l'Elysée, le préfet appelle le directeur du cabinet du ministre de l'Intérieur. "Il m'a répondu que le cabinet du ministre était déjà informé et déjà en liaison avec l'Elysée sur le sujet. (...) Je me suis un peu étonné auprès du cabinet du ministre de ne pas avoir été alerté par eux."
  • En parallèle, Delpuech lance des "investigations internes", pour savoir comment Alexandre Benalla s'était retrouvé sur la place de la Contrescarpe alors qu'il n'en était pas informé.
  • 2 mai — début d'après-midi: Gérard Collomb est informé de l'existence de la vidéo et du rôle joué par Benalla. Gérard Collomb, après un "déjeuner avec un membre de sa famille dans un restaurant rue de Lille", affirme que "lors d'un de [leurs] points de situation quotidiens", son directeur de cabinet l'"informe de l'existence d'une vidéo montrant des faits de violence sur la place de la Contrescarpe, de l'implication de monsieur Benalla dans ces faits et de la qualité de celui-ci." Selon le ministre de l'Intérieur, son dircab s'est à ce moment là "déjà entretenu" avec le préfet de police à ce sujet et l'a "porté à la connaissance du cabinet du président de la République".
  • 2 mai — soir: L'Elysée promet des sanctions à Beauvau. Le directeur de cabinet de Gérard Collomb est "prévenu que le cabinet de la présidence considère bien l'action de monsieur Benalla comme inacceptable et qu'une sanction va être prise." Gérard Collomb ne s'est plus occupé du sujet.
  • 3 mai: un internaute signale anonymement la vidéo de Benalla. "Cette vidéo a été analysée par un opérateur de la plateforme. A l'époque, les conditions n'étaient pas réunies pour lancer une procédure judiciaire", dit Collomb.
  • 18 juillet — soir: Le Monde révèle avoir identifié Alexandre Benalla, collaborateur d'Emmanuel Macron et chargé de sa sécurité à l'Elysée, dans une vidéo. Collomb: "Ce n'est qu'après la parution le 18 juillet d'un article dans 'Le Monde' apportant des éléments nouveaux et la découverte de nouvelles images où monsieur Benalla est équipé d'un brassard siglé police et doté d'une radio, que je considère qu’il est nécessaire d’en savoir plus. Je demande donc à mon directeur de cabinet de saisir l’IGPN."
  • 19 juillet — matin: Le directeur de l'ordre public informe le préfet des confidences d'un commissaire, "à savoir que dans la soirée de mercredi le commissaire a participé avec deux autres fonctionnaires à une opération qui a permis de remettre à monsieur Benalla un double des vidéos des opérations de la place de la Contrescarpe. Nous décidons de recueillir un rapport écrit de chacun des fonctionnaires afin de saisir le procureur de la République de ces éléments et demander au ministre la suspension de ces fonctionnaires. J’ai personnellement appelé monsieur François Molins pour lui signaler, et le ministre n'a pas hésité à prononcer la suspension que j'avais demandée".
  • 19 juillet — après-midi: la saisie de l'IGPN est effective.
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