Voici ce que pense Thierry Breton des GAFA

Thierry Breton, ancien patron d'Atos et futur commissaire européen au Numérique. Stéphane Grangier/ Corbis/ Getty Images

La candidature de Thierry Breton à la Commission européenne a été validée par le Parlement européen jeudi 14 novembre. L'ancien PDG d'Atos devrait ainsi devenir commissaire européen au Marché intérieur, à l'Industrie, à la Défense, à l'Espace et au Numérique. Dans le cadre de ce vaste portefeuille, l'ancien ministre de l'Economie sous Jacques Chirac, de 2005 à 2007, aura notamment à gérer les enjeux afférents aux géants américains du numérique, écrasant toute concurrence en Europe. 

Thierry Breton s'est déjà exprimé plusieurs fois sur ces acteurs, souvent regroupés sous l'acronyme Gafa (ou Gafam), pour Google, Amazon, Facebook, Apple (et Microsoft). Sa nomination n'a toutefois pas manqué de susciter des doutes et des interrogations en raison de la proximité de son futur portefeuille avec les activités d'Atos, qu'il a dirigé pendant dix ans, de 2009 à 2019. Spécialisée dans les services numériques, l'entreprise a annoncé l'an dernier s'allier à Google dans l'intelligence artificielle. Elle prévoit l'ouverture de trois "laboratoires" dans le monde pour élaborer des solutions en commun dans ce domaine avec la société américaine.

"Les perspectives commerciales sont énormes", avait déclaré en avril 2019 Thierry Breton à l'AFP. "On a déjà un pipeline (de perspectives) de plus d'un milliard d'euros auprès de prospects potentiels." 

Les Gafa 'captent trop de valeur' pour Thierry Breton

L'ancien patron de France Télécom (2002-2005) et de Thomson (1997-2002) a depuis précisé devant les eurodéputés avoir vendu la totalité de ses actions Atos — pour un montant de 45 millions d'euros selon l'AMF (Autorité des marchés financiers) — et démissionné des mandats qu'il exerçait dans divers conseils d'administration.

Mais dans le cadre de ses nouvelles fonctions l'ex-patron devra surtout s'opposer à l'hégémonie des Gafa. Sur la régulation de ces mastodontes, il ne semble écarter aucune piste. "Verra-t-on s'opérer un démantèlement par grandes géographies, par activités… ? Je ne le sais pas. Mais ma conviction est que ces empires ne pourront pas rester en l'état. Ils captent trop de valeur, et cela va immanquablement s'apparenter à des rentes", a-t-il déclaré au journal Les Echos début juillet. 

Il ne croit guère au projet Libra de Facebook

Les Gafa s'emparent de nombreux secteurs de l'économie et l'Union européenne apparaît parfois impuissante pour circonscrire leurs activités et de taxer leurs bénéfices. Dernier exemple en date, la directive "droit voisin" adopté en mars 2019 qui doit contraindre les plateformes numériques à rémunérer les entreprises de presse pour l'exploitation de leurs contenus. Pour le moment, Google refuse tout simplement de s'y conformer.

Et les géants du numérique étendent toujours plus le champ de leurs activités. Facebook entend ainsi lancer en 2020 sa propre cryptomonnaie dans le monde, Libra. Ce projet ne semble toutefois pas inquiéter Thierry Breton. "On peut avoir confiance dans les monnaies locales lorsqu'on a confiance dans les États. Mais qui a confiance dans Facebook aujourd'hui pour battre monnaie ? La confiance dans certains grands acteurs de l'Internet ou des réseaux sociaux s'est effondrée ces trois dernières années. Est-ce qu'un acteur qui a perdu la confiance de ses clients ou usagers pourrait avoir sa propre monnaie ? Personnellement, j'en doute", a-t-il déclaré là encore aux Echos. 

Son dada, c'est les données 

Thierry Breton se montre bien plus préoccupé par le devenir des données des Européens. "La réglementation européenne sur la protection des données personnelles (RGPD) va dans le bon sens, mais il faut aller plus loin et exiger que les données européennes soient stockées, processées et traitées en Europe, selon des modalités que l'Europe aura fixées", estimait-il déjà en avril 2018, dans une interview accordée au Figaro

"ll faut que l'Europe, qui s'est souciée de la protection des citoyens avec le RGPD , propose un nouveau cadre pour protéger les données des entreprises européennes", a-t-il ajouté cet été dans son entretien avec Les Echos. Thierry Breton s'inquiète notamment pour les données industrielles dans la cadre du développement des outils d'intelligence artificielle. Quand il était encore PDG d'Atos, en 2018, il se disait favorable à "une logique de partenariat" avec les Gafa en Europe, selon des règles dictées par les acteurs européens.  

Selon lui, à côté des trois espaces — territorial, maritime et aérien — un quatrième est apparu : l'espace informationnel, au sein duquel les données représentent "un enjeu essentiel" et qui dans son ensemble constitue "un enjeu économique et de souveraineté majeur, comme pour les trois autres espaces au cours des siècles passés".

Les Gafa à l'origine de la prochaine grande crise ?

Plus globalement, Thierry Breton est favorable à une "politique du numérique et une véritable politique industrielle au niveau européen". Il sera peut-être amené à s'opposer sur certains sujets à Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, dans la mesure où il souhaite que la Commission "favorise le développement de grands acteurs européens" et qu'il n'a pas manqué de préciser que la politique de la concurrence avait parfois "provoqué des désastres industriels". 

En 2018, Thierry Breton invitait à ne pas non plus "surestimer" les géants de la tech américains. "Leur réussite mérite l'admiration, mais leur force est surtout le fruit d'un effet de taille", soulignait-il alors. 

Toutefois, la prochaine grande crise pourrait venir d'eux, selon lui. Il a ainsi effectué fin août, sur BFM Business, un parallèle avec la crise des subprimes qui a éclaté aux Etats-Unis en 2007 : "Il peut se produire une déchirure et si cette déchirure se produit, ce sera dans l'espace informationnel (les réseaux sociaux, données des entreprises, les GAFA). Parce que cet espace n'est pas régulé. Parce qu'on y créé énormément de valeur. (...) Parce que c'est un peu encore le Far West… Il n’est pas improbable qu'une crise dans cet espace se répercute sur les autres espaces et c'est cela qu'il faut regarder."

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