Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Voici ce qui a poussé la direction de l'Académie des César à démissionner

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Voici ce qui a poussé la direction de l'Académie des César à démissionner
© Nasser Berzane/Abaca

C'est un coup de théâtre qui vient de survenir à seulement deux semaines de la prochaine cérémonie des César. Ce jeudi 13 février, la direction de l'Académie a annoncé sa démission après une série de polémiques. "Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d'administration de l’Association pour la Promotion du Cinéma a pris la décision à l’unanimité de démissionner", a affirmé l'Académie, présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian.

"Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction", composée des membres fondateurs, d'anciens présidents ou de membres de l'Association — 21 personnes au total. Une assemblée générale se tiendra après la cérémonie du 28 février et sera l'occasion d'élire une nouvelle direction pour préparer les modifications des statuts fondateurs sous l'égide du Centre national du cinéma (CNC) et mettre en oeuvre des mesures de modernisation d'une institution jugée par beaucoup dépassée.

Voici comment les César en sont arrivés là :

La première polémique arrive le 13 janvier, au moment du traditionnel dîner des révélations

Cet événement est organisé pour mettre en avant les acteurs et actrices qui concourent dans les catégories meilleur espoir féminin et masculin. La tradition veut qu'ils soient "parrainés" par des acteurs ou réalisateurs de premier plan. La Société des Réalisateurs de Films (SRF) s'indigne que l'Académie ait refusé deux marraines, la romancière Virginie Despentes et la réalisatrice Claire Denis, qui ne sont pas assez légitimes et médiatiques selon les organisateurs. Le syndicat dénonce "des agissements opaques et discriminatoires indignes".

Au cours de la soirée, plusieurs réalisateurs et acteurs, dont Michel Hazanavicius, Cédric Klapisch et Marina Foïs, relaient les protestations de la SRF, refusant "qu'il y ait des artistes désirables et indésirables". L'Académie des César présente immédiatement des excuses.

Le 29 janvier, le film 'J'accuse' de Roman Polanski est nommé à 12 reprises

Les nominations de Roman Polanski, accusé de viol à plusieurs reprises, choquent une partie de l'opinion publique. Face aux questions de la presse, Alain Terzian répond que l'Académie "n'est pas une instance qui doit avoir des positions morales". Avant d'ajouter : "sauf erreur de ma part, 1,5 million de Français sont allés voir son film. Interrogez-les".

Cela n'empêche pas la polémique de repartir de plus belle autour du réalisateur, que le cinéma français est régulièrement accusé de trop protéger. Si le ministre de la Culture Franck Riester souligne que l'Académie "est libre de ses choix", sa collègue en charge de l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa s'interroge sur "le message qui est envoyé".

Des associations féministes ont depuis annoncé un rassemblement de protestation devant la salle Pleyel le jour de la cérémonie. Le jour des nominations, et les suivants, Alain Terzian promet aussi des réformes de l'Académie. Il évoque une "modernisation essentielle", passant par l'"ouverture" et "la parité".

Le 10 février, 400 personnalités du cinéma signent une tribune dans 'Le Monde' pour réclamer une 'réforme en profondeur' de l'Académie des César

Parmi les signataire de la tribune, on compte Omar Sy, Bertrand Tavernier, Céline Sciamma ou encore Agnès Jaoui. Ils se plaignent que les membres de l'Académie n'aient "aucune voix au chapitre, ni dans les fonctionnements de l'Académie et de l'association (qui la régit, ndlr), ni dans le déroulé de la cérémonie".

Ils dénoncent aussi des "dysfonctionnements", une "opacité des comptes" génératrice de fantasmes, et des statuts qui "n'ont pas évolué depuis très longtemps" et reposent encore et toujours sur "la cooptation", et jugent insuffisants les changements promis par son président Alain Terzian la veille dans le Journal du dimanche.

"Pourquoi les 4700 membres de l'Académie ne peuvent-ils pas voter pour élire leurs représentants comme c'est le cas aux Oscars ?", se demandent les signataires de la tribune.

Car l'Association pour la Promotion du Cinéma, qui régit l'Académie, ne compte que 47 membres — les Français ayant reçu un Oscar, les anciens présidents et plusieurs personnalités. Elle est chapeautée par un conseil d'administration, qui prend les principales décisions à la majorité, composé des membres fondateurs, d'anciens présidents ou de membres de l'Association, 21 personnes parmi lesquelles les cinéastes Costa-Gavras, Claude Lelouch ou Tonie Marshall.

Reste à savoir si l'Académie saura se réinventer. Les chiffres sont sans appel : parmi les 4700 votants, 35% sont des femmes. Au sein de l'APC, 17% des membres sont des femmes. Et elles composent 28,5% des sièges au conseil d'administration.

En attendant, la cérémonie doit se dérouler comme prévu le 28 février

Roman Polanski sera "a priori" présent à la cérémonie, organisée à la Salle Pleyel. "Il n'y a aucune raison qu'il ne vienne pas", a affirmé cette semaine le producteur de "J'accuse", Alain Goldman, dans Le Point, estimant que "soutenir Polanski ce n'est pas soutenir le viol".

Découvrir plus d'articles sur :