Voici ce qui se passerait si une bombe explosait dans l'œil d'un ouragan, comme l'aurait suggéré Donald Trump

"Pourquoi ne pas les atomiser ?", aurait demandé le président Donald Trump lors d'une réunion d'information de la Maison Blanche sur les ouragans, rapporte le site Axios. Donald Trump aurait préconisé une solution nucléaire aux tempêtes tropicales qui ont frappé le sud-est des États-Unis, d'après le média américain. Des sources qui ont entendu les remarques privées du président ont assuré à Axios que Donald Trump avait demandé aux hauts responsables quelque chose dans ce style : "ils commencent à se former au large des côtes africaines, et lorsqu'ils traversent l'Atlantique, nous lâchons une bombe dans l'œil du cyclone et elle le perturbe. Pourquoi on ne peut pas faire ça ?" Depuis la publication d'Axios, Donald Trump a démenti sur Twitter avoir suggéré cette idée. Mais le journaliste à l'origine de l'article a maintenu ses informations.

Le concept de faire exploser un ouragan n'est pas nouveau : à la fin des années 1950, un scientifique a lancé l'idée d'utiliser des explosifs nucléaires pour "modifier la trajectoire et l'intensité des ouragans". Mais un article publié par des spécialistes des ouragans de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a anéanti cette idée. Ils ont écrit qu'il est impossible de perturber un ouragan avec une bombe nucléaire, car nous n'avons pas assez de bombes puissantes et parce que les explosifs ne modifieraient pas la pression atmosphérique ambiante pendant plus d'une fraction de seconde.

Comment les ouragans se forment

Les ouragans sont de vastes cyclones de basse pression dont la vitesse du vent dépasse 119 km par heure et qui se forment au-dessus des eaux chaudes du milieu de l'océan Atlantique. Lorsque l'humidité chaude monte, elle libère de l'énergie et forme des orages. Au fur et à mesure que les orages se multiplient, les vents montent et descendent en spirale, créant un vortex. Des nuages se forment alors dans la haute atmosphère à mesure que l'air chaud se condense.

Lorsque les vents s'agitent, une zone de basse pression se forme à la surface de l'océan et contribue à alimenter la forme cyclonique d'un ouragan.

Voici ce qui se passerait si une bombe explosait dans l'œil d'un ouragan, comme l'aurait suggéré Donald Trump

Shayanne Gal/Business Insider

Si une partie de ce cycle météorologique se dissipe — soit l'air chaud ou la zone de basse pression — l'ouragan perd de sa force et se dégrade.

Donc en 1959, Jack Reed, un météorologue à Sandia National Laboratories, a évoqué la possibilité de perturber les conditions météorologiques génératrices d'ouragans à l'aide d'armes nucléaires. Jack Reed a émis l'hypothèse que les explosifs nucléaires pourraient arrêter les ouragans en poussant l'air chaud vers le haut et hors de l'œil de la tempête, ce qui permettrait à l'air plus froid de prendre sa place. Il pensait que l'air à basse pression qui alimentait la tempête se dissiperait et finirait par affaiblir l'ouragan.

Le chercheur a suggéré deux moyens de lancer la bombe nucléaire dans l'œil de l'ouragan. "La livraison ne devrait pas présenter de problème particulier", a écrit Jack Reed. La première méthode de livraison, a-t-il dit, serait un largage aérien, même si "une livraison plus appropriée serait à partir d'un sous-marin". Un sous-marin, a-t-il dit, pourrait entrer dans "l'œil de la tempête sous l'eau" et "y lancer un engin porteur de missile" avant de plonger en lieu sûr.

Mais selon l'article des chercheurs de la NOAA, il y a deux problèmes avec l'idée de Jack Reed.

Les ouragans émettent une quantité incroyable d'énergie

Le nuage en champignon après l'explosion d'une bombe atomique au-dessus d'Hiroshima, au Japon, le 6 août 1945, larguée par l'US Air Force. Time Life Pictures/US Army Air Force/The LIFE Picture Collection via Getty Images/Getty Images

Les ouragans sont extrêmement puissants : un ouragan à son apogée libère la même quantité d'énergie que l'explosion d'une bombe nucléaire de 10 mégatonnes toutes les 20 minutes, selon l'article de la NOAA. C'est plus de 666 fois plus grand que la bombe "Little Boy" que les États-Unis ont larguée sur Hiroshima, au Japon, en 1945.

Ainsi, pour égaler la puissance énergétique d'un ouragan, il faudrait qu'il y ait près de 2 000 bombes "Little Boy" lâchées par heure aussi longtemps que l'ouragan demeure un ouragan.

Même la plus grosse bombe nucléaire jamais détonée — une bombe à hydrogène de 50 mégatonnes connue sous le nom de Tsar Bomba, que les Russes ont fait exploser au-dessus de la mer Arctique en 1961 — ne serait pas suffisante.

De plus, selon l'article de la NOAA, une fois que le choc anticyclonique initial d'un explosif se déplace vers l'extérieur, la pression atmosphérique environnante de l'ouragan retourne à l'état de basse pression dans lequel elle se trouvait auparavant. Et l'onde de choc produite par une bombe nucléaire voyage plus vite que la vitesse du son.

Donc, sauf si nous sommes capables de faire exploser des bombes nucléaires dans l'œil de l'ouragan de façon continue, nous ne pourrions pas dissiper l'air à basse pression qui maintient la tempête.

Disons, par exemple, que nous voulions réduire un ouragan de catégorie 5 comme Katrina (avec des vents d'environ 281 km par heure) à une tempête de catégorie 2 (avec des vents d'environ 161 km par heure). Il faudrait ajouter plus d'un demi-milliard de tonnes d'air à un ouragan d'un diamètre de 40 km, selon l'article de la NOAA. Une bombe nucléaire ne pourrait pas faire ça.

"Il est difficile d'imaginer une façon pratique de déplacer autant d'air", écrivent les auteurs.

De plus, même un ouragan de catégorie 2 peut dévaster des maisons et des infrastructures s'il touche terre.

Les retombées nucléaires se propageraient

Le 13 juillet, le premier ouragan de la saison 2019, Barry, est devenu un ouragan de catégorie 1. NOAA

L'article de la NOAA dit également que si nous devions atomiser un ouragan, les retombées radioactives se propageraient bien au-delà des limites de l'ouragan. "Cette approche ne tient pas compte du fait que les retombées radioactives rejetées se déplaceraient assez rapidement avec les alizés pour affecter les zones terrestres et causer des problèmes environnementaux dévastateurs", ont écrit les auteurs.

Les retombées sont un mélange de radio-isotopes qui se désintègrent rapidement et émettent un rayonnement gamma — une forme de lumière invisible mais hautement énergétique. L'exposition à une trop grande quantité de ce rayonnement en peu de temps peut endommager les cellules de l'organisme et sa capacité à se réparer seules — une condition appelée maladie des rayonnements.

Les terres contaminées par les retombées peuvent devenir inhabitables. Après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 et la propagation de radiations toxiques dans l'air, les populations ont dû abandonner une zone de 3 885 km carrés. 

Si les États-Unis tentaient de perturber un ouragan avec une bombe nucléaire, les retombées radioactives pourraient se propager aux pays insulaires dans les Caraïbes ou aux États bordant le golfe du Mexique.

"Inutile de dire que ce n'est pas une bonne idée", conclut l'article de la NOAA.

Version originale : Aylin Woodward/Business Insider

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Lire aussi : Oui, un physicien a bien allumé sa cigarette grâce à l'explosion d'une bombe nucléaire. Voici comment

  1. Coelho José

    "C'est plus de 666 fois plus grand"

    Est-ce que vous faites partie de la secte des millenaristes (Israel, Trump, Bolsonora, mafia, pedophilie, fin du monde, etc...)? 🙂

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