Voici comment Alexandre mine du bitcoin dans le sous-sol de sa maison

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Trois machines pour miner du bitcoin et d'autres cryptomonnaies sont installées dans le garage. © Thomas Chenel/Business Insider France

La pièce est chaude, très chaude. Elle doit friser les 40 degrés. Un bruit assourdissant oblige à hausser le ton pour s'entendre. Alexandre* ouvre la fenêtre, on respire enfin un peu. La chambre, jusqu'alors plongée dans l'obscurité, s'éclaire. Une petite table en bois collée contre le mur arbore une drôle de machine : un Asic, abréviation de Application-specific integrated circuit, ou un mineur, selon le terme employé dans l'univers des cryptomonnaies. Par extension, le propriétaire de l'engin est aussi considéré comme un "mineur".

Alexandre nous présente fièrement sa machine, composée de puces électroniques programmées spécialement pour le minage. Le quoi ? Le minage de cryptomonnaie, une activité qui permet de valider et traiter les transactions réalisées en bitcoin ou dans une autre monnaie numérique sur la technologie de la blockchain, garantissant sécurité et synchronisation du réseau. Elle consiste à résoudre un problème mathématique complexe appelé "preuve de travail". En échange, le mineur perçoit des fragments de bitcoin ou d'ether ou de litecoin, selon la cryptomonnaie que sa machine mine.

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Un Asic minant du bitcoin et son bloc d'alimentation, installé temporairement dans une chambre de la maison. Thomas Chenel/Business Insider France

Celle présente devant nos yeux est dédiée au bitcoin, première devise numérique par son ancienneté et sa capitalisation boursière. Et elle rapporte environ 5 dollars (4,2 euros environ) par jour à Alexandre, au cours du bitcoin mardi 27 juillet 2021, à 14h. Le mineur de 32 ans, informaticien employé dans une grande entreprise française, s'est lancé en 2017 dans le minage. À l'époque, il n'avait ni l'un ni l'autre de ses deux enfants, âgés de un an et demi et trois ans.

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Une machine n'a rapporté "que 1 dollar par jour" au lieu de 200

"Je travaillais chez Chauffeur Privé (entreprise de VTC devenue Kapten puis Free Now, ndlr). Tous mes collègues dans le staff technique parlaient de cryptomonnaies", se souvient Alexandre. Il décide alors d'en acheter, mais aussi de devenir mineur. Au total, il investit pas moins de 18 000 euros dans des machines pour miner. Avec des ratés, des erreurs de débutant qu'il ne commettrait plus aujourd'hui.

Il fait notamment l'acquisition d'un Asic à 7 000 dollars (5 900 euros environ) pour miner une cryptomonnaie appelée "decred". "Le problème, c'est que des milliers de personnes ont commandé la même machine au même moment. Elle ne m'a rapporté plus que 1 dollar par jour au bout de quelques semaines, alors que 200 dollars étaient promis par la société chinoise qui la vendait", raconte Alexandre. Cette déconvenue s'explique par le système de récompense des mineurs : la quantité de cryptomonnaies obtenues pour leur travail est en quelque sorte divisée par le nombre de machines qui tournent.

Une autre a dû être débranchée parce que les plombs sautaient

Heureusement, les autres achats réalisés par l'informaticien se sont avérés beaucoup plus fructueux. Même s'il a dû rapidement arrêter un de ses six Asic. "Il n'y avait pas assez d'énergie, ça faisait sauter les plombs de la maison." Alexandre vit dans le logement de sa grand-mère décédée, avec sa femme et ses enfants, dans la commune francilienne de Franconville. Mais il va très prochainement déménager.

Dans sa nouvelle maison, il voudrait placer ses machines dans une dépendance, qu'il réfléchit à insonoriser pour supprimer la pollution sonore des Asic. Le trentenaire souhaiterait aussi y installer "deux gros tubes" débouchant sur l'extérieur pour faire circuler l'air et refroidir la pièce, plutôt que d'investir dans une puissante climatisation.

Très bruyantes, les machines dédiées au minage peuvent atteindre 90 degrés.

En attendant, ses machines tournent essentiellement au sous-sol de la maison, auquel nous accédons en empruntant un escalier raide et étroit. Comprenant une dizaine de puces chacune, qui demandent de nombreux branchements, elles fonctionnent à l'aide de trois ou quatre cartes mères munies de processeurs intégrés. Sans oublier deux ventilateurs, "l'un à l'avant pour aspirer l'air frais l'autre à l'arrière pour extirper l'air chaud et refroidir la machine", explique Alexandre. La température d'un Asic peut atteindre jusqu'à 90 degrés.

C'est pourquoi chaque pièce où des mineurs sont installés est équipée d'une alarme incendie. Le Franconvillois a aussi activé des alertes sur son smartphone, qui le préviennent dès qu'une machine a un souci et qu'elle a besoin d'être redémarrée. Normalement, le Asic s'arrête de lui-même quand il surchauffe. Alexandre doit simplement nettoyer régulièrement les mineurs pour éviter que la poussière ne s'accumule.

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Un Asic posé près de la fenêtre au sous-sol, dans une pièce équipée d'une alarme incendie. Thomas Chenel/Business Insider France

Sa machine la plus rentable est celle programmée pour miner du litecoin, une des plus vieilles cryptomonnaies, créée en 2011. Elle lui rapporte environ 7 dollars par jour, soit environ 5,9 euros. L'algorithme utilisé permet en fait de miner d'autres devises numériques. L'Asic effectue ainsi une rotation entre diverses cryptomonnaies, choisissant la plus rémunératrice du moment, en fonction notamment du cours de chacune.

Une pool pour obtenir une rémunération régulière

Alexandre a ses machines connectées à une pool de minage ("mining pool" en anglais). Sa pool, qui s'appelle "Slush Pool", réunit des dizaines de milliers de mineurs de par le monde. Elle en compte plus de 117 000 actifs, mardi 27 juillet, selon son site internet. L'intérêt de regrouper ainsi un grand nombre de mineurs est de cumuler une énorme puissance de calcul, quand une machine seule peut très difficilement parvenir à valider une transaction sur la blockchain. La pool de minage offre des gains plus réguliers, sur lesquels elle prélève néanmoins une commission de 2%.

Alexandre peine à établir précisément combien d'argent il a gagné depuis l'automne 2017. Il a dans tous les cas largement amorti son investissement de départ. L'informaticien serait parvenu à miner au moins l'équivalent d'un bitcoin, soit un montant de 32 000 euros, au cours du 27 juillet 2021. Mais s'il attend pour convertir ses gains en euros et que la cryptomonnaie prend beaucoup de valeur dans les années à venir, il pourrait empocher bien plus. Un pari toutefois risqué, le cours du bitcoin restant extrêmement volatil et pouvant chuter à tout moment.

Un Asic avec un ventilateur retiré et une de ses des cartes mères posées sur le sol, sur laquelle on peut distinguer des "radiateurs" (petits blocs gris) destinés à "temporiser et répartir la chaleur", selon Alexandre. Thomas Chenel/Business Insider France

Investir dans le minage n'a d'ailleurs pas été de tout repos pour Alexandre. Les sommes importantes alignées au départ pour acheter des Asic lui ont donné des sueurs froides. Il a aussi dû s'employer pour parvenir à convaincre sa femme que ce n'était pas pure folie. "J'étais un peu inquiète au début", reconnaît Flavia*, qui conseille de bien se renseigner avant de se lancer.

Mais aujourd'hui, les gains engrangés, grâce au minage et aux cryptomonnaies achetées directement par Alexandre depuis plusieurs années, lui ont permis de se constituer un apport de 90 000 euros pour acquérir une maison à crédit, dans laquelle ils emménageront début août avec leurs enfants.

Un tarif très préférentiel chez un fournisseur d'électricité

Si miner des cryptomonnaies s'est avéré lucratif pour lui, c'est aussi parce qu'il a pu obtenir un tarif très préférentiel chez un fournisseur d'électricité. Sans cela, le jeune couple aurait dû s'acquitter d'une facture mensuelle supérieure à 700 euros par mois. Et le minage lui aurait tout simplement fait perdre de l'argent.

Alexandre a bien conscience du caractère très énergivore du bitcoin et des cryptomonnaies. "Je sais qu'aujourd'hui ce n'est clairement pas écolo, ça me pèse. Mais je crois énormément à ce système qui devrait remplacer les banques. Pour moi, ce sont les banques qui devraient s'arrêter, elles consomment aussi beaucoup avec leurs serveurs", estime-il, fidèle à l'esprit libertaire qui anime les pionniers du bitcoin.

Alexandre veut miner "pour aller vers un changement de modèle", une société où les intermédiaires financiers disparaîtraient. Il attend que le cours du bitcoin remonte fort pour investir 10 000 euros dans de nouvelles machines. Et devenir aussi riche qu'un banquier ?

*Les prénoms ont été modifiés.

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