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Voici comment ces 11 pays utilisent les données des smartphones pour suivre la propagation du coronavirus

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Voici comment ces 11 pays utilisent les données des smartphones pour suivre la propagation du coronavirus
© REUTERS/Shannon Stapleton

Les gouvernements du monde entier mobilisent tous les outils de surveillance à leur disposition pour aider à endiguer la propagation du nouveau coronavirus. Les pays se sont empressés d'exploiter le seul outil que nous avons presque tous sur nous : nos smartphones. Un index régulièrement mis à jour par Top10VPN liste les mesures de sécurité renforcées par pays, parmi ceux qui ont déjà mis en place des mesures pour suivre les téléphones des patients atteints de Covid-19, allant de données anonymes pour surveiller les mouvements des personnes de manière plus générale à la localisation des patients suspects et de leurs contacts.

D'autres pays suivront probablement le mouvement. Les États-Unis seraient en pourparlers avec Facebook et Google pour utiliser des données de localisation anonymes afin de suivre la propagation de la maladie — bien que Mark Zuckerberg ait par la suite nié cette possibilité. Un scientifique britannique influent au Royaume-Uni a également approuvé une telle utilisation des données.

Samuel Woodhams, le responsable des droits numériques à Top10VPN, a avertit que le monde pourrait glisser vers une surveillance accrue permanente : "Sans un suivi adéquat, ces nouvelles mesures, souvent très envahissantes, risquent de devenir la norme dans le monde entier", a-t-il déclaré à Business Insider US. "Bien que certaines puissent paraître tout à fait légitimes, beaucoup d'entre elles constituent un risque pour le droit des citoyens à la vie privée et à la liberté d'expression. Étant donné la rapidité avec laquelle les choses changent, documenter les nouvelles mesures est la première étape pour contester les éventuelles atteintes excessives, permettre un examen minutieux et demander des comptes aux entreprises et aux gouvernements".

Certains pays encadreront leurs nouvelles mesures d'urgence, mais pourraient conserver ces données pour un usage ultérieur. "Il y a un risque que beaucoup de ces nouvelles techniques continuent à être utilisées après l'épidémie", estime Samuel Woodhams. "C'est particulièrement important, car beaucoup de ces nouvelles mesures ont été prises en évitant l'examen public et politique, et ne comportent pas de clauses de caducité". Voici une liste des pays qui ont commencé à suivre les données mobiles, avec des degrés variables d'atteinte à la vie privée :

La Corée du Sud exploite des informations détaillées sur le lieu où se trouvent les patients

Des soldats sud-coréens en tenue de protection assainissent une rue commerçante à Séoul, Corée du Sud, le 4 mars 2020.  Reuters

La Corée du Sud a fait un pas de plus que les autres pays en traçant les téléphones des personnes et en créant une carte accessible au public, où les autres citoyens peuvent vérifier s'ils ont pu croiser le chemin de patients atteints de Covid-19. Les données de suivi qui entrent dans la carte ne se limitent pas aux données des téléphones portables : les enregistrements des cartes de crédit et même les entretiens en face à face avec les patients sont utilisés pour construire une carte rétroactive des endroits où ils ont été.

Le gouvernement sud-coréen utilise également la carte pour envoyer de manière proactive des messages régionaux avertissant les gens qu'ils ont pu entrer en contact avec une personne porteuse du virus. L'endroit indiqué peut être extrêmement précis. Le Washington Post rapporte qu'un SMS a été envoyé disant qu'une personne infectée avait été au "Magic Coin Karaoke" à Jayang-dong, à minuit, le 20 février.

Voici un message rapporté par The Guardian : "Une femme d'une soixantaine d'années vient d'être testée positive. Cliquez sur le lien pour connaître les endroits qu'elle a visités avant d'être hospitalisée".

Le directeur des Centres coréens de contrôle et de prévention des maladies, Jeong Eun-kyeong, a reconnu que la carte portait atteinte aux libertés civiles : "Il est vrai que l'on a tendance à mettre davantage l'accent sur l'intérêt public que sur les droits de l'homme lorsqu'il s'agit de maladies qui peuvent infecter d'autres personnes".

La carte interfère déjà avec les libertés civiles, comme l'a déclaré une Sud-Coréenne au Washington Post. Elle a cessé de fréquenter un bar LGBT par crainte d'être démasquée. "Si je contracte le virus sans le savoir... cette information sera diffusé dans tout le pays", regrette-t-elle.

Le système lance également d'autres défis inattendus. The Guardian a rapporté qu'un homme prétendant être infecté a menacé plusieurs restaurants en disant qu'il les visiterait et qu'il leur ferait du mal s'ils ne lui donnaient pas d'argent pour qu'il reste à l'écart.

L'Iran a demandé à ses citoyens de télécharger une application envahissante

Un homme portant un masque de protection prend une photo d'arbres en fleurs, à l'approche du Nouvel An iranien, au parc Mellat, à Téhéran, le 19 mars 2020.  WANA (West Asia News Agency)/Ali Khara via REUTERS

Vice rapporte que le gouvernement iranien a approuvé une application de diagnostic du Covid-19 qui collecte les données de localisation en temps réel des utilisateurs. Le 3 mars, un message a été envoyé à des millions de citoyens iraniens leur disant d'installer l'application, appelée AC19, avant de se rendre dans un hôpital ou un centre de santé. L'application prétendait pouvoir diagnostiquer l'utilisateur atteint de Covid-19 en lui posant une série de questions. L'application a depuis été retirée de la boutique Google Play.

Israël a adopté de nouvelles lois pour espionner ses citoyens

Un homme porte un masque facial alors qu'il marche dans une rue de Tel-Aviv, Israël, le dimanche 15 mars 2020.  AP Photo/Oded Balilty

Dans le cadre d'un vaste ensemble de nouvelles mesures de surveillance approuvées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 17 mars, l'Agence de sécurité israélienne n'aura plus à obtenir une ordonnance du tribunal pour suivre les téléphones des individus. La nouvelle loi stipule également que toutes les données collectées doivent être effacées après 30 jours.

Benjamin Netanyahu a lui-même qualifié les nouvelles mesures de sécurité d'"invasives" dans un discours prononcé devant la nation. "Nous allons déployer des mesures que nous n'avions utilisées que contre les terroristes. Certaines de ces mesures seront invasives, et porteront atteinte à la vie privée des personnes concernées", a-t-il déclaré.

Singapour dispose d'une application qui permet de retrouver les personnes qui se sont trouvées à moins de 2 mètres des patients infectés

Une vieille femme porte un masque chirurgical à la veille du Nouvel An chinois, à Singapour, le 24 janvier 2020.  Maverick Asio/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

L'Agence technologique du gouvernement de Singapour et le ministère de la santé ont lancé le 20 mars une application de "contact tracing" appelée TraceTogether. L'application est utilisée, selon Straits Times, "pour identifier les personnes qui ont été à proximité — à moins de 2 mètres pendant au moins 30 minutes — de patients porteurs du coronavirus, en utilisant la technologie sans fil Bluetooth". "Aucune donnée de géolocalisation ou autre donnée personnelle n'est collectée", a déclaré TraceTogether dans une vidéo explicative (ci-dessous).

Taiwan peut savoir quand les personnes en quarantaine ont quitté leur résidence

Les gens prient au temple populaire de Longshan à Taipei, Taiwan, le jeudi 12 mars 2020.  Chiang Ying-ying/AP Photo

Les autorités de Taiwan ont activé ce qu'ils appelle une "clôture électronique", qui suit les données des téléphones portables et alerte les autorités lorsqu'une personne censée être en quarantaine chez elle quitte son foyer. "L'objectif est d'empêcher les gens de courir partout et de propager l'infection", explique Jyan Hong-wei, chef du département de la cyber-sécurité de Taïwan. Il a ajouté que les autorités locales et la police devraient être en mesure de répondre à toute personne qui déclenche une alerte dans les 15 minutes.

L'Autriche utilise des données anonymes pour cartographier les déplacements des personnes

Des policiers parlent à un visiteur du Stadtpark alors qu'ils patrouillent par une journée ensoleillée de printemps lors de l'épidémie de Covid-19, à Vienne, en Autriche, le 20 mars 2020.  REUTERS/Lisi Niesner

Le 17 mars, le plus grand opérateur de réseau de télécommunications autrichien, Telekom Austria AG, a annoncé qu'il partageait des données de localisation anonymes avec le gouvernement. La technologie utilisée a été développée par une start-up issue de l'université de Graz. Telekom Austria explique qu'elle est habituellement utilisée pour mesurer la fréquentation des sites touristiques populaires.

Samuel Woodhams a expliqué à Business Insider US que, bien que la collecte de données anonymes soit moins invasive que d'autres mesures, la manière dont ces données pourraient être utilisées à l'avenir devrait être une source de préoccupation : "Une grande partie des données peut encore être menacée par la ré-identification, et cela permet aux gouvernements de suivre les déplacements de grands groupes de citoyens".

La Pologne oblige les personnes en quarantaine à envoyer des selfies pour prouver qu'ils sont bien chez eux

Un officier de police polonais se tient à la frontière entre l'Allemagne et la Pologne, pendant un test des symptômes du Covid-19 pour les personnes retournant en Pologne.  REUTERS/Axel Schmidt/File Photo

Le 20 mars, le gouvernement polonais a annoncé la sortie d'une nouvelle application appelée "Home Quarantine". Son but est de s'assurer que les personnes qui sont censées se mettre en quarantaine pendant 14 jours restent chez eux. Pour utiliser l'application, il faut d'abord enregistrer un selfie, puis répondre à des demandes périodiques de selfies géolocalisés. Si l'utilisateur ne s'exécute pas dans les 20 minutes, la police sera alertée.

"Les personnes en quarantaine ont le choix : soit recevoir des visites inattendues de la police, soit télécharger cette application", a déclaré un porte-parole du ministère polonais du numérique. Le gouvernement polonais génère automatiquement des comptes pour les personnes suspectées d'être en quarantaine, y compris celles qui reviennent de l'étranger.

La Belgique utilise les données anonymes des opérateurs de télécoms

Un passager d'un métro à Bruxelles après que le gouvernement belge ait imposé un verrouillage de la circulation pour tenter de ralentir la maladie à coronavirus (COVID-19), le 19 mars 2020.  REUTERS/Yves Herman

Le gouvernement belge a donné son feu vert le 11 mars pour commencer à utiliser les données anonymes des entreprises de télécommunications locales.

L'Allemagne modélise les déplacements de sa population

Une scène inhabituellement vide devant la porte de Brandebourg, à Berlin, le 13 mars 2020.  REUTERS/Annegret Hilse

Deutsche Telekom a annoncé le 18 mars qu'elle allait partager des données avec l'Institut Robert Koch (l'agence épidémiologique allemande). "Nous pouvons ainsi modéliser la façon dont les gens se déplacent à l'échelle nationale, au niveau de des États fédérés et même au niveau de la communauté", a déclaré un porte-parole de Deutsche Telekom à Die Welt.

L'Italie a cartographié les mouvements de sa population

Un homme se promène dans une rue déserte de Venise, en Italie, le 18 mars 2020, alors que le pays est confiné.  Andrea Pattaro/AFP via Getty Images

L'Italie, qui a été particulièrement touchée par l'épidémie de Covid-19, a également signé un accord avec les opérateurs de télécommunications pour la collecte de données de localisation anonymes. Au 18 mars, l'Italie avait accusé 40 000 de ses citoyens d'avoir violé le confinement, selon The Guardian.

Le Royaume-Uni ne surveille pas encore les déplacements, mais l'envisage

Une femme se couvre le visage à Londres, le lundi 16 mars 2020.  (AP Photo/Kirsty Wigglesworth) Associated Press

Bien que rien d'officiel n'ait encore été annoncé, le Royaume-Uni est en pourparlers avec ses principaux fournisseurs de télécommunications, dont O2 et EE, pour fournir de vastes ensembles de données anonymes. Google a également indiqué qu'il prenait part aux discussions.

Comme d'autres démocraties européennes, le Royaume-Uni envisage d'utiliser des données anonymes pour suivre le schéma plus large des mouvements des personnes.

Version originale : Isobel Asher Hamilton/ Business Insider

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