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Voici comment ces ingénieurs de la Nasa s'organisent pour piloter un rover martien depuis chez eux

Voici comment ces ingénieurs de la Nasa s'organisent pour piloter un rover martien depuis chez eux
Le rôle de planificateur de rover a conduit Matt Gildner à travailler depuis son appartement. © NASA/Matt Gildner

Les bureaux de la Nasa, comme de nombreux autres lieux de travail, a dû fermer leurs portes pendant la pandémie de coronavirus. Pour les ingénieurs et les scientifiques du Jet Propulsion Laboratory (JPL) chargés de piloter le rover Curiosity sur Mars, cela signifiait mettre en place des systèmes leur permettant de continuer à piloter le rover depuis chez eux. Business Insider US s'est entretenu avec deux employés de la Nasa qui font actuellement partie de l'équipe du rover sur la façon dont ils parviennent à exécuter les commandes, et même à réaliser des progrès scientifiques, tout en travaillant depuis chez eux.

Alicia Allbaugh travaille à la Nasa depuis 1991 et supervise le programme de rover comprenant 75 personnes, pour lequel elle travaille depuis 2006. Lorsqu'elle a entendu des rumeurs sur la pandémie et sur le risque de fermeture de la Nasa, elle a commencé à élaborer un plan au cas où l'équipe du rover devrait soudainement quitter les bureaux. Par le passé, l'équipe du rover a dû réfléchir à des plans pour travailler à domicile en cas de tremblement de terre, explique-t-elle.

Heureusement pour l'équipe, il y avait déjà une certaine infrastructure en place — elle travaille avec des scientifiques du monde entier, donc un certain degré de télétravail existait déjà. Ils ont pu effectuer un test expérimental le 12 mars, cinq jours avant que la Nasa ne ferme ses bureaux.

Il a fallu à chacun quelques heures pour s'habituer : "Nous avons trouvé la solution en deux ou trois heures. Nous étions en quelque sorte en train de nous mettre dans le bain et de comprendre le rythme", a-t-elle déclaré. Le test s'est étonnamment bien déroulé, le rover recevant et exécutant avec succès une série d'ordres.

Alicia Allbaugh à son poste de travail.  Alicia Allbaugh/NASA

Avant que la Nasa ne renvoie ses employés chez eux, le 17 mars, Alicia Allbaugh s'était également rendue au bureau et avait fait l'inventaire de tous les moniteurs et casques de rechange que l'équipe avait sous la main, et de ce qu'elle devait commander. Lorsque la nouvelle est tombée, son équipe a pris ce dont elle avait besoin et est rentrée chez elle.

Recréer des lunettes 3D complexes à la maison

Le rover Curiosity est équipé de caméras 3D, qu'il utilise pour envoyer des images 3D à ses conducteurs, afin de les aider à déterminer où il doit aller ensuite. En général, l'équipe regarde ces images avec des lunettes 3D spéciales de haute technologie.

Cette image composite réalisée à partir d'une série de photos du 15 juin 2018 montre un autoportrait du rover martien Curiosity dans le cratère de Gale.  NASA/JPL-Caltech via AP

"La raison pour laquelle nous utilisons ces lunettes, en général, est que les conducteurs de rover ont besoin de visualiser comment il se déplace en 3D", explique Matt Gildner, le chef de l'équipe de planification du rover. Il supervise une équipe d'environ 20 planificateurs, qui rédigent et envoient des commandes indiquant au rover où il doit aller. Les images 3D donnent aussi aux conducteurs une meilleure idée de l'inclinaison d'une pente ou de la composition du sol, poursuit Matt Gilner.

Mais ces lunettes nécessitent des cartes graphiques performantes, normalement utilisées dans les ordinateurs de jeu. Comme il n'était pas pratique de les faire fonctionner chez soi, la Nasa a trouvé une solution moins high-tech.

Les ingénieurs utilisent désormais de simples lunettes en plastique rouge et bleu, du même type que celles que l'on utilise pour regarder un film en 3D. Matt Gildner explique qu'il met ces lunettes pendant 10 à 15 minutes environ, trois fois par jour, pour regarder où se trouve le rover. "Cela nous aide vraiment à faire notre travail. Sans ça, nous ne le pourrions pas".

Des doubles casques aident à simuler le bureau de la Nasa

Les différents groupes qui travaillent sur Curiosity ont l'habitude d'être dans de grandes salles où ils peuvent facilement se parler et se réunir, et simuler ce genre de communication a été un grand défi pour l'équipe. En gros, le travail est divisé en liaison montante (quelles informations la Nasa envoie au rover) et en liaison descendante (quelles informations le rover envoie à la Nasa).

La zone de liaison descendante, où ils examinent les données, est similaire à ce que vous avez pu voir dans "Apollo 13 [...], avec des petits signes sur des écrans au-dessus de tout le monde. On examine les informations de différents systèmes sur le véhicule", explique Alicia Allbaugh. La liaison montante a lieu à un autre étage, "principalement dans une très grande salle avec tout un tas d'ordinateurs autour d'elle, et une très grande table au centre avec des gens sur des ordinateurs portables", poursuit-elle.

En tant que planificateur, Matt Gildner travaille du côté de la liaison montante de l'équipe. Et il était difficile d'imiter ce flux de communication. "Nous sommes habitués à avoir tout le monde dans une même pièce et à avoir des conversations en petits groupes, puis des conversations avec tout le monde", dit-il. Sa solution : des doubles casques.

"Nous avons mis en place plusieurs téléconférences en même temps. J'ai mon équipe de pilotes de rover dans une oreille. Dans l'autre, j'ai le groupe des équipes plus larges. C'est comme si je me mettais en muet dans deux téléconférences et que je discutais dans les deux sens pendant huit heures par jour", explique-t-il.

Les employés de la Nasa célèbrent l'atterrissage de Curiosity le 5 août 2012.  Brian van der Brug-Pool/Getty Images

"Cela vous fatigue un peu plus, vous devez vous concentrer davantage. Mais cela a très bien fonctionné... Nous sommes capables d'imiter ce que nous ferions si nous étions tous au même endroit" se réjouit Matt Gilner. Avec ses lunettes 3D et ses deux casques, Matt Gildner qualifie son look de "super nerd". "Il faut aussi porter les deux casques en même temps, car c'est vraiment la clé de tout le look", ironise-t-il (voir la photo en tête de l'article).

La mission se poursuit avec succès

Le 20 mars, une série de commandes envoyées à Curiosity a été exécutée avec succès, et le robot a foré un échantillon de roche dans un endroit appelé "Edimbourg", et se dirige maintenant vers une autre opération de forage, à la recherche de roches à analyser. Au total, le robot a roulé sur 166 mètres depuis que ses opérateurs humains ont dû s'installer chez eux.

Pour Matt Gildner, le pilotage du rover a pris une signification particulière pendant le confinement. "L'un des grands avantages de travailler sur l'espace, en particulier sur Mars, c'est que chaque jour, nous nous rendons dans un nouvel endroit, et je peux regarder des images qu'aucun humain n'a jamais vues auparavant", a-t-il déclaré. "Nous avons tous l'occasion de nous échapper sur Mars pendant quelques heures chaque semaine", a-t-il ajouté, les photos de Curiosity étant disponibles en ligne.

Version originale : Isobel Asher Hamilton/ Business Insider

Business Insider
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