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Voici comment ces jeunes diplômés se sont reconvertis à cause de la pandémie

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Voici comment ces jeunes diplômés se sont reconvertis à cause de la pandémie
Selon une enquête Prism'emploi, 22 % des jeunes diplômés en France ont voulu changer de secteur en raison de la pandémie. © Unsplash
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Quand l'hôtel dans lequel il travaillait a fermé ses portes l'été dernier, Marin de Jenlis était dévasté. "J'ai perdu pas mal de choses dans cette affaire", soupire le jeune homme de 24 ans, auparavant coordinateur marketing de l'établissement. Ce repaire cinq-étoiles, c'était l'hôtel W. Un immeuble haussmannien à quelques pas de l'Opéra Garnier, à Paris. Ouvert en 2012, ses vastes chambres cossues accueillaient surtout une clientèle jeune et huppée. En août 2020, déjà fragilisé par des problèmes financiers, l'établissement a dû fermer définitivement et l'intégralité de son personnel a été licencié.

Marin s'est alors retrouvé désœuvré. Son Master de management et d'hôtellerie, obtenu à l'issue d'un cursus à l'école francilienne Ferrières, ne lui a pas permis de trouver un emploi par la suite. "J'ai envoyé ma candidature au groupe Accor, à d'autres grands hôtels, mais aucune réponse", regrette le Parisien. Découragé, il a alors envoyé sa candidature "un peu partout". À savoir ? Dans un escape game et quelques start-ups, changeant complètement de secteur. Il est aujourd'hui responsable de l'agence Alveus, une société de soutien scolaire, à Neuilly-sur-Seine, dans la banlieue ouest de Paris.

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Si cette reconversion peut surprendre, le cas de Marin est pourtant loin d'être isolé. "Dans ma classe de Master, seulement six personnes sur 24 ont continué dans l'hôtellerie. Les autres se sont réorientés", relève-t-il. Selon une enquête publiée en novembre 2020 par Prism'emploi, 22 % des jeunes diplômés en France ont voulu changer de secteur d'activité à cause de la pandémie de Covid-19. 16 % d'entre eux travaillent pour une autre entreprise, et 15 % ont complètement changé de métier. Dans le secteur de la restauration, déjà "110 000 salariés se sont reconvertis", indique Didier Chenet, président du Groupement national des indépendants de la restauration et de l'hôtellerie (GNI-HCR) dans un communiqué.

Les grands oubliés de la crise sanitaire

Hélène Picot est coach en reconversion professionnelle depuis dix ans. En ce moment, les jeunes diplômés entre 22 et 27 ans représentent environ 30% de sa clientèle. Leur choix de réorientation ne date pas d'hier. "Ils avaient déjà cette envie il y a quelques années. Les Millenials ont réalisé que le monde du travail devait évoluer et entamer une transition numérique et écologique", analyse-t-elle. "Ils se tournent vers des métiers proches de la nature, le digital nomadism (télétravail autour du monde) se démocratise aussi".

Mais la crise sanitaire actuelle n'a fait qu'amplifier ce phénomène. "En pleine pandémie, les jeunes se sont rendus compte qu'ils étaient mortels, que leur existence sur Terre n'était qu'éphémère et qu'ils devaient mettre le temps qu'ils avaient à profit pour faire ce qu'ils voulaient vraiment", observe la coach parisienne. Laquelle distingue deux types de profils dans sa clientèle : les jeunes diplômés au chômage et "en pleine sidération", qui hésitent encore à se reconvertir, et ceux qui ont passé le cap et se sont complètement réinventés.

C'est le cas de Lily Soreau. À 24 ans, cette diplômée de Vatel, une école hôtelière à Nîmes, a tout plaqué pour devenir professeure de danse à Taïwan. Vêtue d'un juste au corps en dentelle, la jeune femme élancée enchaîne cours de salsa, pas de bachata et chorégraphies de contemporain sur son compte Instagram, tantôt sur un rooftop ou dans un jardin exotique à Taïpei.

La page Instagram de Lily Soreau, professeure de danse à Taipei.

Toutefois, le choix de cette nouvelle carrière n'a pas été aisé. Cette Bretonne a d'abord collectionné les boulots dans les cinq-étoiles, de Bora Bora à Sydney, avant mars 2020 et l'arrivée du Covid-19 en Europe. "La crise a paralysé le secteur du tourisme et de la restauration, alors j'ai fui la France pour Taïwan. Ensuite, après un énième job de serveuse dans un café, mon corps a dit stop", se souvient douloureusement la danseuse. Les gros problèmes de santé qu'a développés Lily l'ont ensuite conduite à changer d'hygiène de vie et donc de métier. "L'hôtellerie, c'est un métier de passion. Si tu prends ce chemin, tu acceptes de faire des sacrifices : ne pas compter ses heures ni avoir le temps de manger, de penser", récite-t-elle. "Je me disais : mais comment ces gens tiennent ? Dans un grand hôtel, tu n'es qu'un pion, tu n'es rien".

C'est en revenant aux sources et en réalisant ce qui l'a toujours passionnée que Lily Soreau a guéri. Bref, en dansant. Aujourd'hui, elle enseigne le jazz, le yoga et les danses latines dans une petite salle de sport à Taipeï. "J'ai l'impression de renaître de mes cendres", ajoute la chorégraphe. Son objectif à terme ? Ouvrir un espace bien-être en Nouvelle-Calédonie, un complexe apaisant et familial, idéal pour méditer et se ressourcer.

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"Je devais assurer 3 postes en même temps, être le capitaine du navire"

Si certains secteurs sont à l'arrêt depuis des mois, d'autres domaines comme la santé, l'informatique, la logistique se révèlent, eux, particulièrement sous tension. Chloé, 29 ans, n'a pas à se plaindre d'une pénurie d'embauches. Plutôt d'une surcharge de travail qui n'a cessé de croître depuis mars 2020. Ingénieure dans une PME, elle a dû gérer son équipe en télétravail depuis un appartement étroit, tout en surveillant sa fille de 8 mois.

"Mes clients sont devenus impatients, insolents. Durant l'été 2020, j'ai dû assurer trois postes et j'étais le capitaine du navire. Je ne dormais plus, ne mangeais plus", déplore cette mère de famille. Le concours des professeurs des écoles (CRPE) qu'elle prépare désormais, promet de guider ses pas vers un métier riche de sens. "J'ai toujours été très attirée par l'enseignement. Les aides aux devoirs ont payé une partie de ma vie étudiante". Reprendre ses études et se replonger dans la lecture a constitué "une bouffée d'air" pour Chloé. Si elle échoue au concours, elle sera "déçue", mais prévoit de chercher du travail dans l'enseignement avant de retenter son examen l'année prochaine.

Outre les emplois de manutentionnaire, développeur ou d'infirmière, d'autres métiers semblent avoir la cote au sein de la génération Y, selon Hélène Picot. Il s'agit des métiers manuels, dans l'artisanat ou l'agriculture, comme maraîcher ou menuisier.

La crise donne le temps de réfléchir, de se remettre en question

C'est d'ailleurs l'ébénisterie qui a attiré Coline Cipolla. Cette Marseillaise de 25 ans est une adepte de mobilier ancien. Quand elle était enfant, elle s'était juré de "sauver les vieilles commodes qui pourrissaient chez Mamie" pour leur donner une nouvelle vie. Mais dans un premier temps, elle a oublié ses rêves pour suivre une voie classique. Des études de marketing plus longues qui lui promettaient un avenir meilleur, "pour faire plaisir aux parents". Puis ses journées de 14h dans une agence de communication, un burnout à Paris et des licenciements au Canada l'an dernier furent le coup de grâce.

Quand le virus a commencé à sérieusement se propager, elle était à Montréal. Pendant le confinement au printemps 2020, Coline a commencé à prendre du temps pour elle, chose qu'elle n'avait jamais faite auparavant car souvent coincée dans les transports ou submergée de boulot. Elle s'est remise à dessiner, à créer. "Je me suis dit : Merde, ce que je veux faire, c'est utiliser mes mains", raconte la jeune femme. "Permettre à des sociétés de s'enrichir de manière insidieuse, créer des besoins aux gens qui s'en passeraient bien, ce n'est pas pour moi".

Elle veut maintenant façonner le bois, cette matière brute qu'elle travaillait à l'université, quand elle fabriquait ses propres planches de skate. La semaine prochaine, Coline a rendez-vous avec les Compagnons du devoir et prépare son entretien pour intégrer un CAP menuiserie. "J'ai l'espoir que les générations futures se tournent vers des choses plus simples. Que les formations professionnelles soient ouvertes à tout le monde", avance-t-elle dans un sourire.

Pour Hélène Picot, que la crise soit économique, sociale ou sanitaire, elle ne doit pas être vécue comme une catastrophe, plutôt comme une aubaine. "Evidemment, tout le monde déteste traverser une crise. Mais cette dernière doit être vue comme une gestation, un chaos qu'il faut traverser pour faire régner l'ordre". Ou comment transformer la détresse en opportunité pour mieux prendre un nouveau départ.

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