Le détail de la réforme des retraites n'est pas encore connu qu'elle suscite déjà de nombreuses inquiétudes. Elle devrait entraîner d'importants changements qui concerneront les salariés du privé et du public, mais aussi et surtout les jeunes au sein de la société si la "clause du grand-père" devait être adoptée. Selon ce principe, les nouveautés introduites par la réforme ne s'appliqueraient qu'aux nouveaux entrants sur le marché du travail. Si le président de la République, Emmanuel Macron, ne semble pas fermé à cette idée, le Haut-Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, y est opposé et milite pour que la réforme s'applique dès la génération 1963, celle qui aura 62 ans en 2025, l'âge légal de départ à la retraite qui ne devrait pas être modifié. 

Les arbitrages de l'exécutif n'ont pas encore été communiqués et pourraient dépendre de l'ampleur du mouvement qui commence ce jeudi 5 décembre et s'annonce très suivi. Jean-Paul Delevoye, qui a déjà remis un rapport au Premier ministre en juillet sur les retraites, devrait rendre les conclusions de ses négociations avec les partenaires sociaux le 9 ou le 10 décembre, selon Les Echos. Dans les grandes lignes, il préconise un système de retraite universel à points, avec un âge pour bénéficier automatiquement d'un taux plein — soit 50% du salaire annuel moyen des 25 meilleures années pour le régime général — fixé à 64 ans, contre 67 ans actuellement (pour le régime général). 

Un système prenant en considération l'intégralité de la carrière

Ce système se veut universel car s'appliquant à tous les travailleurs et futurs retraités, quel que soit le régime auquel ils sont rattachés — il en existe aujourd'hui 42 avec leurs propres règles, dont une vingtaine de régimes spéciaux, essentiellement dans le secteur public. La fin de ces régimes provoquent de fortes crispations et notamment le mécontentement des cheminots de la SNCF et des agents de la RATP, parmi les premiers à faire grève ce jeudi. 

Le système à points doit entraîner la prise en compte de l'intégralité de la carrière, "un euro cotisé permettra d'acquérir le même nombre de points, quel que soit le statut professionnel et le moment où il a été cotisé", précise le rapport Delevoye. Pour les salariés du régime général, le calcul de leur retraite ne s'effectuera donc plus sur la base des 25 meilleures années. 

Des points acquis pour les stages, rien pour les années études

Pour les jeunes, qui ont tendance à entrer de plus en plus tard sur le marché du travail, la question de la prise en compte de leurs études et stages se pose dans le nouveau régime universel. "Nous allons favoriser l’acquisition des points dès les premiers stages rémunérés pour les jeunes", indique le rapport Delevoye, sans plus de détails. Dans le système actuel, les stages rémunérés de plus de deux mois permettent de valider des trimestres, comme l'explique Capital. Il est aussi possible de racheter jusqu'à 12 trimestres au titre des années d'études. Le nouveau système, tel que présenté par le rapport du Haut-Commissaire aux retraites, ne prévoit rien en revanche concernant les études ou le service civique — aucune acquisition de points. 

Toutefois, si l'âge légal de départ à la retraite est bien laissé à 62 ans, avec un système de décote et de surcote des pensions autour d'un âge à taux plein à 64 ans, la réforme pourrait avantager ceux qui ont fait de longues études, comme les cadres, et ceux qui ont connu des périodes d'inactivité, souligne Les Echos. A l'inverse, ceux qui ont commencé à travailler jeunes pourraient être pénalisés.

Mais plutôt que l'instauration de l'âge pivot de 64 ans préconisé par le rapport, Emmanuel Macron s'était exprimé cet été en faveur du maintien d'une durée minimum de cotisation pour le taux plein. Dans ce cas, les cadres qui ont fait de longues études devraient être perdants. 

Un risque de devoir travailler plus longtemps pour ne pas être perdant

D'une manière générale, les jeunes risquent de devoir travailler plus longtemps pour espérer percevoir les mêmes pensions qu'avec le système actuel. Tout au moins bien au-delà de l'âge de 62 ans. Les "cas-types" et simulations présentés par le rapport Delevoye le montrent. Avec le nouveau système universel, la génération née en 1980 sera gagnante seulement à partir de 66 ans, comme l'indique le tableau ci-dessous.

A partir de cet âge-là, le système actuel doit permettre de toucher une pension de 2 428 euros pour une rémunération au salaire moyen par tête (SMPT) tout au long de sa carrière, contre 2 468 euros avec le nouveau système qui offre alors un gain de 40 euros. 

En revanche, la jeune génération de ceux nés en 1990 devrait être gagnante avec ce nouveau régime dès l'âge de 62 ans, toujours dans le cadre d'une rémunération au salaire moyen par tête (SMPT) tout au long de sa carrière. Dès cet âge-là, elle pourrait percevoir une pension de 1 856 euros, contre 1 839 euros avec le régime actuel. 

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