Voici comment la vie sur Mars pourrait affecter le cerveau

Mark Watney (joué par Matt Damon) dans le film "Seul sur Mars". YouTube/20th Century Fox

Elon Musk, le fondateur de SpaceX, a annoncé la première mission habitée sur Mars pour 2024 et la NASA, plus prudente, pour 2033. De nombreux défis doivent être relevés avant que ces projets ne se concrétisent et notamment trouver comment se protéger des radiations cosmiques. Le champ magnétique terrestre nous protège des radiations cosmiques jusqu'à une certaine distance de la Terre, mais si l'on s'en éloigne trop, comme pour aller sur Mars, notre corps y sera nécessairement exposées. Une exposition prolongée aux radiations cosmiques peut endommager l'ADN et provoquer des cancers. 

Une récente étude réalisée sur des souris en laboratoire, publiée dans la revue eNeuro, et repérée par le site Presse Citron, donne un aperçu des effets probables d'une exposition prolongée aux radiations cosmiques sur le cerveau : de "graves complications neurocognitives liés à l'altération de la neurotransmission". Pendant six mois, des chercheurs ont exposé des souris à "de faibles doses" de radiations (champ mixte de neutrons et de photons) dans le cadre d'un protocole expérimental qui "a raisonnablement simulé l'exposition aux rayons cosmiques galactiques (GCR)", même s'il est impossible de reproduire un environnement identique à celui d'un voyage vers Mars, en raison du manque de technologies existantes et d'aspects pratiques concernant la mise en œuvre d'expositions terrestres prolongées.

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Résultat : ils ont observé "une diminution de l'excitabilité neuronale de l'hippocampe et une perturbation de la potentialisation à long terme de l'hippocampe et du cortex". Les souris présentaient de "graves déficiences sur le plan de l'apprentissage et de la mémoire". Les chercheurs ont aussi remarqué l'émergence de "comportements de détresse". Une exposition prolongée aux radiations cosmiques pourrait donc affecter le cerveau des astronautes en mission, à la fois sur le plan cognitif et psychologique.

D'autres facteurs de stress anticipés

Cette étude décrit des effets bien plus importants que le fameux "overview effect" expérimenté par de nombreux astronautes après un voyage dans l'espace. On appelle "overview effect" une sorte de choc de prise de conscience expérimenté quand on voit la Terre depuis l'espace. L'astronaute américain Michael Collins de la mission Apollo 11 l'avait décrit ainsi : "ce qui m'a vraiment surpris, c'est que la Terre renvoyait un air de fragilité. Et pourquoi, je ne sais pas. Je ne sais pas encore aujourd'hui. J'avais l'impression qu'elle était minuscule, brillante, belle, que c'est notre maison et qu'elle était fragile."

Selon des experts de médecine spatiale dont Bernard Comet, médecin des astronautes français de 1982 à 2001 interrogé il y a quelques mois par Business Insider France, le simple fait que les astronautes en mission sur Mars ne pourraient plus avoir un contact visuel quotidien avec la Terre pourrait constituer un facteur de stress — ce serait l'une des différences majeures entre un voyage sur la planète rouge et une mission sur la Station spatiale internationale (ISS) ou sur la Lune. "La perte de vision directe de la Terre pourrait en effet changer l'état d'esprit des astronautes", a indiqué Bernard Comet.

Sans oublier un autre facteur de stress potentiel : le long voyage à bord d'un endroit assez restreint avec les mêmes personnes pendant environ 260 jours. La sélection des astronautes pour constituer un collectif solide sera ainsi d'autant plus importante, a estimé Bernard Comet, qui travaille aujourd'hui à l'Institut de médecine et physiologie spatiales (Medes) à Toulouse, une filiale du Centre national d’études spatiales (CNES). Pour constituer les groupes d'astronautes qui partent en mission ensemble, "on regarde déjà les capacités psychométriques, le comportement du candidat en groupe et on sélectionne des personnalités médianes, pas de grand émotifs par exemple".

Quoi qu'il en soit, comme l'avait expliqué la chercheuse de la NASA Laura Kerber à Business Insider France, les conditions de vie sur Mars seront au départ très éprouvantes : "au départ, ce sera vraiment difficile, un peu comme les premiers astronautes qui ont vécu à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Vous allez devoir manger de la nourriture qui pourrait ne pas être très savoureuse et renoncer à une partie de votre intimité. Votre corps va aussi endurer des choses difficiles, vous allez devoir faire du sport plus de trois fois par jour rien que pour garder vos muscles et vos os en forme."

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