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Voici comment les Français polluent en dehors des frontières du pays

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Voici comment les Français polluent en dehors des frontières du pays
Les banques françaises financent l'industrie pétrolière et des projets d'exploration offshore (en pleine mer) de majors comme Total. © kristinakasp/Pixabay

La France est un pays riche, la 7e puissance économique mondiale derrière le Royaume-Uni. Son produit intérieur brut (PIB) atteignait 2 425,7 milliards d'euros en 2019. Si la crise du coronavirus frappe de plein fouet notre économie, comme celle des autres Etats, et entraîne une chute de la production, elle devrait provoquer une baisse importante mais seulement temporaire des émissions de CO2. Depuis 1990, la France est parvenue à réduire de 16% les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur son territoire. Le chemin est encore long pour espérer parvenir à diminuer de 40% les émissions du pays en 2030. Et il s'annonce encore plus difficile pour atteindre l'objectif de "neutralité carbone" en 2050.

Surtout, cette baisse ne prend en compte qu'une partie des émissions de la France. Elle laisse en effet de côté les émissions importées. Résultat, l'empreinte carbone du pays, qui comptabilise aussi les GES émis à l'étranger pour répondre à la demande intérieure française, n'est en légère baisse que depuis 2005. Cette tendance masque "une diminution continue des émissions sur le territoire national et une augmentation continue des émissions importées" en parallèle, souligne le Haut conseil pour le climat (HCC) dans un rapport publié en octobre 2020.

La part des émissions importées ne cesse de croître, dépassant depuis une dizaine d'années les émissions directes, pour atteindre aujourd'hui 53% de l'empreinte carbone de la France, selon les sources compilées par cet organisme indépendant, chargé d'évaluer la politique publique sur le climat. Or, elles "ne sont pas soumises aux politiques nationales de réduction", précise Corinne Le Quéré, présidente du HCC, rapporte l'AFP. Ces émissions importées sont pourtant en hausse de 78% depuis 1995, du fait notamment de la hausse de la consommation des Français.

Voici comment nous et nos entreprises polluons au-delà des frontières de la France, via notre façon de consommer, nos productions, nos financements.

Notre production industrielle est en grande partie délocalisée

L'usine Renault de Bursa, en Turquie. Kerem Uzel/Bloomberg via Getty Images

Outre la destruction d'emplois sur le territoire français, les délocalisations déplacent aussi une partie des émissions polluantes de notre pays hors de ses frontières. Les engagements nationaux de la France "ne doivent pas mener à une augmentation des émissions mondiales" par simple déplacement de la production des biens que nous consommons, estime le HCC.

Le secteur automobile, par exemple, a beaucoup délocalisé ces 15 dernières années. Il s'est ainsi assemblé dans l'Hexagone près de 40% de voitures en moins en 2017 par rapport à 2005, selon l'Organisation internationale des constructeurs (OICA). La production est depuis légèrement repartie à la hausse en France.

Renault a par exemple décidé de produire sa Clio en Turquie et possède des usines en Slovénie, en Roumanie ou encore au Maroc. PSA, qui a fermé son usine d'Aulnay en 2012, produit de son côté la Citroën C3 en Slovaquie. Les deux constructeurs français ont des usines dans d'autres pays encore, comme en Espagne.

Le problème, c'est que l'accord de Paris, signé par l'Union européenne et plus de 190 Etats, ne prend pas en compte les émissions importées dans les engagements pris par les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Nos importations de soja pour nourrir le bétail favorisent la déforestation

crustmania/ Flickr

Cet été, comme l'année dernière, les incendies ravageant l'Amazonie se sont multipliés. La France participe indirectement à cette destruction de la plus grande forêt de la planète. Comment ? Via ses importations de soja pour nourrir le bétail sur le territoire hexagonal. Nombre de feux sont en effet volontaires. Ils visent à défricher le terrain pour en faire des zones de pâturage ou des terres destinées à la culture. Il ne concerne d'ailleurs pas que l'Amazonie au Brésil, mais aussi la savane moins médiatisée du Cerrado.

L'ONG Greepeace estime la France "complice" de cette déforestation et rappelle que le pays importe entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja par an pour nourrir nos animaux d'élevage. Du soja majoritairement en provenance d'Amérique du Sud.

Nous exportons des centaines de milliers de tonnes de déchets plastiques

Karuvadgraphy/Pixabay

La France importe beaucoup de soja pour l'élevage intensif, mais elle exporte aussi de nombreuses marchandises. Parmi elles, figurent des déchets plastiques. En 2018, le pays a ainsi expédié à l'étranger plus de 400 000 tonnes de déchets plastiques, se classant parmi les cinq plus gros exportateurs mondiaux, selon des données de l'UN Comtrade reprises par Statista. En 2019, ses exportations — nettes des importations — atteignaient encore plus de 90 000 tonnes, toujours selon Statista à partir des données de l'UN Comtrade.

La Chine a interdit l'importation de déchets plastiques sur son territoire en 2019. Le Japon, les Etats-Unis et l'Allemagne, mais aussi la France et d'autres Etats d'Europe occidentale se sont alors tournés vers d'autres pays d'Asie (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines...) ainsi que la Turquie pour recycler leurs déchets. Le problème, c'est que beaucoup de ces ordures finissent dans des décharges à ciel ouvert. Les pays qui les réceptionnent n'ont pas les infrastructures pour faire face aux montagnes de plastiques, souvent chargés de matières impossibles à valoriser.

De plus, des mafias locales se sont constituées et intimident ceux qui contestent ces sites illégaux, selon l'association Zero Waste. Pour contrer ces dérives, certains Etats ont commencé à retourner aux pays exportateurs leurs déchets. La Malaisie a par exemple décidé de renvoyer 43 containers plein de déchets plastiques illégaux vers la France en janvier 2020, rapportait France 3.

Nos banques financent massivement les énergies fossiles

Laurent Grassin/ Flickr

En mars 2020, la publication par six ONG du rapport "Banking on Climate Change" a révélé que 35 banques dans le monde avaient accordé 2 700 milliards de dollars de financements aux énergies fossiles depuis l'adoption de l'Accord de Paris, en 2015, "avec un volume de financements en hausse chaque année depuis 2016", souligne Reclaim Finance, l'une de ces ONG.

Si les banques françaises ne figurent pas dans le top 10, BNP Paribas, 13e plus gros financeur des énergies fossiles avec 84,2 milliards de dollars accordés (de 2016 à 2019), reste le deuxième établissement bancaire au monde à avoir le plus augmenté ses financements entre 2018 et 2019. Crédit Agricole — 45,9 milliards de dollars de 2016 à 2019 — et la Société Générale (54,1 milliards) ont également accru leurs soutiens aux entreprises prévoyant le plus de nouveaux projets dans le charbon, le pétrole et le gaz. De plus, la Société Générale a fait preuve d'un "appétit croissant" pour le gaz de schiste.

Elle et BNP Paribas font partie des banques prêtant le plus d'argent à l'industrie du charbon en Europe, selon un rapport de l'ONG Europe Beyond Coal, publié en juillet 2020. Les deux groupes se sont engagés à mettre fin au financement de cette industrie d'ici à 2030 dans les pays de l'Union européenne et de l'OCDE, et d'ici à 2040 dans le reste du monde.

À lire aussi — Les 9 banques qui prêtent le plus d'argent à l'industrie du charbon en Europe

Si les ONG saluent ces annonces, elles restent attentives. En juillet dernier, Reclaim Finance écrivait ainsi au sujet de BNP Paribas : "Nous resterons très vigilants dans l'application qui sera faite de la nouvelle politique de la banque. Celle-ci nous a trop habitués aux effets d'annonces." L'ONG se méfie aussi des politiques d'exclusion appliquées aux groupes diversifiés. Si des filiales oeuvrant directement dans la production d'électricité à partir du charbon pourraient bien être exclues des financements, qu'en sera-t-il des groupes dans leur ensemble ?

L'entreprise française Total mène des projets d'exploration polluants

drpepperscott230/Pixabay

Parmi les plus grandes multinationales françaises, figure notamment Total, cinquième plus grosse entreprise pétrolière mondiale, présente dans plus de 130 pays, et qui alimente les consommateurs français en essence et gazole. Souvent pointée du doigt pour ses activités polluantes, la société s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050 au niveau mondial, dans un communiqué publié le 30 septembre 2020.

Mais elle semble vouloir concentrer ses efforts essentiellement sur l'Europe pour y parvenir. "Une aberration alors que le développement de ses activités se fera à l'avenir principalement hors d'Europe", estiment les ONG Greenpeace et Reclaim Finance, selon Novethic.

De plus, en dépit des promesses de neutralité carbone, Total continue d'investir dans les énergies fossiles. Si le pétrolier a fini par se désengager en septembre d'un projet d'exploration au Brésil — à l'embouchure de l'Amazone, contesté par les organisations de défense de l'environnement depuis des années — il prévoit toujours de développer un vaste projet en Ouganda, impliquant le forage de plus de 400 puits de pétrole près du lac Albert et la construction d'un oléoduc de 1 445 km reliant le pays à la Tanzanie.

Outre l'expropriation potentielle de 12 000 familles, les gisements de pétrole, situés au sein de réserves naturelles et d'une zone humide protégée par le droit international, menacent l'un des plus riches écosystèmes au monde en matière de biodiversité, soulignent plusieurs ONG dans un rapport publié en septembre 2020. Ces organisations françaises et ougandaises ont assigné Total devant la justice sur son devoir de vigilance, rapporte Novethic. La Cour d'appel de Versailles doit se prononcer le 28 octobre sur cette affaire.

La France contribue à remplir les mers et océans de plastiques

JosepMonter/ Pixabay

Pas moins de 14 millions de tonnes de micro-plastiques — des particules de plastique inférieures à 5 mm — joncheraient les fonds marins, selon une étude de l'agence scientifique du gouvernement australien (CSIRO), publiée dans la revue Frontiers in Marine Science le 5 octobre 2020. Ils seraient ainsi présent en quantité 30 fois plus importantes qu'à la surface des océans.

Des "soupes de plastique" se retrouvent en outre dans les différents océans du monde, tels des vortex de déchets qui s'amassent en un même endroit sous l'effet des courants marins. La plus grande, dans l'océan Pacifique, est estimée à près de trois fois la surface de la France — 1,6 millions de km2 — selon Greenpeace. Chaque année, plus de 8 millions de tonnes de déchets plastiques finiraient dans les océans. Des débris ingérés par les oiseaux, les poissons et les mammifères marins.

À lire aussi — Près de 1 500 ONG épinglent Coca-Cola, Nestlé et Pepsico pour les énormes quantités de déchets plastiques qu'ils génèrent

La France a sa part de responsabilité dans cette gigantesque pollution. L'entreprise tricolore Danone serait la quatrième société au monde à l'origine du plus grand nombre d'emballages plastiques, derrière Coca-Cola, Pepsico et Nestlé, selon des données de l'ONG Changing Markets relayées par Statista.

En outre, la France contribuerait au rejet de 80 000 tonnes de plastiques dans la nature chaque année, dont 11 200 tonnes finiraient rien que dans la mer Méditerranée, selon l'ONG WWF.

Notre consommation et nos entreprises, sans que nous en ayons toujours pleinement conscience, contribuent donc à polluer les eaux et les terres, en plus des gaz à effet de serre que nous émettons dans l'atmosphère — directement et indirectement via les émissions importées.

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