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Voici comment on faisait ses courses dans les années 1960 en France

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Faire ses courses en supermarché dans les années 1960 n'était pas encore une habitude ancrée dans le quotidien des Français. © Fonds Heurtier
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Si aller au supermarché fait dorénavant partie du quotidien des Français, cela n'a pas toujours été le cas. C'est en effet dans les années 1960 que ce sont ouverts les premiers grands hypermarchés : en juin 1963 naissait ainsi le premier hypermarché Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne. Les habitants de l'Hexagone comptaient encore beaucoup à l'époque sur les épiceries et petits magasins pour s'alimenter, soit proche de chez eux dans les villes, ou au cœur des villages pour ceux qui habitaient à la campagne.

Comment les courses se faisaient à cette époque et quelles étaient les habitudes des Français dans les années 1960 ? Pour s'en donner une idée, Business Insider France a eu accès aux photos du fonds Heurtier, mises à disposition par le Musée de Bretagne. Bernard Heurtier, comptable de métier et aujourd'hui décédé, a fondé en 1961 une agence de photographie. Ses employés sillonnaient alors le grand Ouest de la France pour illustrer l'essor du secteur tertiaire.

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Ces photos d'époque permettent ainsi d'avoir une idée très précise de l'atmosphère qui régnait alors dans les premiers supermarchés français. Nous avons également interrogé Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution en France, pour en savoir un peu plus sur les habitudes des Français à l'époque. "À ce moment-là, l'Ouest était le laboratoire de la grande distribution, car bassin historique des indépendants, notamment Système U en Vendée ou E.Leclerc en Bretagne", explique-t-il.

Suma, L'Économique, Mammouth... les enseignes multiplient les ouvertures

L'ouverture de nouveaux supermarchés est donc en plein essor à l'époque et les enseignes se multiplient. Les magasins Suma, que l'on retrouve dans la sélection de photos ci-dessous, sont alors exploités par le groupe Docks de France, créateur des hypermarchés Mammouth en 1969. L'enseigne Suma a disparu dans les années 1980, remplacée par la chaîne de supermarchés Atac.

Pour les magasins appelés L'Économique, c'est un peu moins clair. "Beaucoup de distributeurs nés après guerre se sont nommés ainsi", explique Olivier Dauvers. Il s'agissait alors quasiment d'un forme d'appellation générique pour des sociétés de grossistes qui livraient les magasins d'alimentation en produits.

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Découvrez grâce à une sélection de photos du fonds Heurtier comment les Français faisaient leurs courses dans les années 60 :

L'ouverture d'un nouveau supermarché était vécue comme un événement

La foule en caisse le jour de l'inauguration du supermarché Suma à Vannes, le 3 août 1965. Fonds Heurtier

Si jusqu'ici la majorité des Français faisait ses courses à la petite épicerie de proximité, l'arrivée des supermarchés a changé la donne. "La voiture a été le synonyme de l'accès au discount à l'époque", explique ainsi Olivier Dauvers. Les véhicules personnels devenaient progressivement un objet de consommation courante : avoir une voiture donnait ainsi la possibilité aux Français d'accéder aux magasins de périphérie, les supermarchés, qui proposaient des prix moins chers. Et donc de faire des économies.

L'arrivée d'un supermarché était donc vécue comme un vrai événement localement. Sur la photo ci-dessus, on voit l'inauguration d'un magasin Suma à Vannes en août 1965. La foule est dense autour de la caisse. On peut aussi observer la caissière en tenue régionale.

Les clientes des supermarchés étaient en grande majorité des femmes à l'époque.

Les clients des supermarchés découvre le libre-service au magasin Suma de Nantes (9 février 1962). Fonds Heurtier

Sur cette photographie datant de 1962, on voit de nombreuses femmes se presser le long des réfrigérateurs proposant en libre-service des produits frais, comme de la viande. "Dans les années 60, les hommes ne faisaient pas les courses", confirme Olivier Dauvers. "Il existait une répartition très historique des rôles : l'homme travaillait et les femmes s'occupaient en général de la maison".

Les supermarchés signent les débuts du libre-service pour les consommateurs.

Le rayon fruits et légumes du supermarché Suma de Perros-Guirec, le 30 juin 1961. Fonds Heurtier

Après-guerre, la vente de produits alimentaires se fait dans les petits commerces locaux et les épiceries de village, derrière le comptoir. On vient avec une liste de courses pré-définie et l'employé du magasin sert ses clients. Les supermarchés ont bouleversé cette donne. "On a donné le libre accès pour les consommateurs aux produits, ils ont pu mettre directement dans leur chariot ce qu'ils voyaient en magasin", explique Olivier Dauvers. Le libre-service était né. Il remplacera peu à peu la vente au comptoir.

Si l'accès aux produits a débuté dans la distribution alimentaire, il s'est ensuite démocratisé : le carburant dans les années 1970, le retrait d'argent dans les banques, etc. "En transférant la responsabilité de se servir aux clients, on a réduit les coûts et les heures payées pour son personnel", détaille le spécialiste.

Les normes d'hygiène étaient alors moins drastiques dans les magasins.

Le rayon charcuterie et traiteur du magasin Suma de Rennes, le 30 novembre 1966. Fonds Heurtier

Cette photo, prise le 30 novembre 1966, montre le rayon charcuterie du magasin Suma de Rennes, dans le département de l'Ile-et-Vilaine. Au dessus du comptoir réfrigéré, on peut voir les saucisses et autres charcuteries sécher, pendues au plafond. Les normes d'hygiène en magasin étaient alors moins drastiques que maintenant où l'hygiène dans les supermarchés est particulièrement surveillée.

Les années 1960 voient le début des publicités au sein des magasins d'alimentation.

De nombreuses publicités sont installées au rayon conserves via des affiches. Magasin Suma Rennes, le 11 janvier 1963. Fonds Heurtier

Jusqu'aux années 1960, la seule publicité qui existait pour les produits alimentaires était la réclame, dans les boîtes aux lettres notamment : les achats étaient effectués au comptoir, pas encore en libre-service, et il fallait faire de la publicité à l'extérieur des magasins pour attirer les clients. "La publicité dans les points de vente a démarré dans les années 1960, puis a explosé dans les années 1970", confirme Olivier Dauvers. "Les fournisseurs ont vite compris que selon les endroits où leurs produits étaient disposés dans les magasins, ils se vendaient plus ou moins bien". Les fameuses "têtes de gondole", les étagères mettant en avant des produits en début de rayons, naissent à ce moment là. Et elles sont toujours aussi présentes en 2021.

Au rayon alcool, la présentation était particulièrement soignée.

Le rayon alcool du magasin Suma de Dinard, 27 juin 1961. Fonds Heurtier

S'il y a bien aujourd'hui un rayon qui est scruté dans les supermarchés, c'est celui de l'alcool. Le prix de vente par rapport au volume occupé en magasin par ces produits permet en effet des marges très rentables. Dans les années 1960, la présentation des bouteilles de vin, bières et spiritueux était donc déjà très soignée, comme en témoigne la photo du magasin Suma de Dinard, datant de juin 1961.

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En caisse, seuls les prix étaient enregistrés par les caissières et les clients payaient en liquide.

La ligne de caisse du magasin Suma de Perros-Guirec, le 30 juin 1961. Fonds Heurtier

Dans les années 1960, les paiements s'effectuaient uniquement en liquide, les chèques et les cartes bancaires n'étaient pas encore arrivés dans les portefeuilles des Français. Les code-barres pour les produits n'existaient pas. "Sur les caisses enregistreuses, il n'y avait que des touches avec les prix ou des chiffres pour renseigner les prix de vente", confirme Olivier Dauvers.

Quand les clients ne pouvaient pas se déplacer, le magasin venait à eux grâce aux tournées faites avec un camion.

Le camion L'Économique et sa remorque, qui se déplaçait dans l'Ouest (11 janvier 1965). Fonds Heurtier

"Le camion, c'était extrêmement banal", explique le spécialiste de l'histoire de la grande distribution. "On appelait cela les 'tournées de chinage', il en existe encore dans quelques coins reculés", détaille-t-il. Dans les années 1960, tous les Français n'avaient pas une voiture, et pour ceux qui possédaient leur propre véhicule, faire 40 kilomètres pour aller au supermarché n'allait pas de soi. Les tournées étaient alors organisées, on savait dans tel village que le camion L'Économique serait présent le mardi entre 14h et 16h, par exemple.

L'intérieur d'un camion L'Économique, proposant différent articles : vaisselle, chaise longue, etc. (11 janvier 1965). Fonds Heurtier

Les tournées par camions proposaient à la fois des produits alimentaires pour les courses du quotidien, mais aussi des articles non alimentaires. On en voit concrètement un exemple avec la photo ci-dessus qui montre l'intérieur d'un camion L'Économique en janvier 1965 : vaisselle, meubles, tapis sont proposés pour aménager son intérieur. Il était alors aussi possible de commander un matelas pneumatique gonflable pour le prochain été, livré quelques mois plus tard.

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