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Voici comment s'y retrouver dans la jungle de la 'finance verte' pour placer votre argent de façon plus responsable

Voici comment s'y retrouver dans la jungle de la 'finance verte' pour placer votre argent de façon plus responsable
© Pixabay/jasongillman

La finance "verte" ou "durable" est un concept de plus en plus mis en avant, alors que le réchauffement climatique et ses conséquences ne se sont jamais fait autant ressentir. Mais cette notion reste encore floue et revêt diverses réalités. Beaucoup d'épargnants, et notamment les jeunes actifs, ont aujourd'hui à coeur d'investir leur argent dans des placements qui ont du sens, respectent l'environnement et ne confèrent pas juste un rendement.

Des fonds labellisés s'offrent à eux pour que leurs économies contribuent au financement d'une économie durable. Ils peuvent par exemple y souscrire dans le cadre d'une assurance vie ou d'un plan d'épargne en actions (PEA), en s'adressant à leur conseiller bancaire ou en effectuant directement des arbitrages en ligne.

En un an, les encours des fonds durables ouverts aux épargnants français ont presque doublé, pour atteindre 278 milliards d'euros à fin décembre 2019, selon l'indicateur dévoilé le 11 février par Novethic, expert de la finance durable et filiale de la Caisse des dépôts. Ils sont constitués à 50% d'actions, puis d'actifs monétaires (28%) et d'obligations (16%), notamment des "Green Bonds". En plus d'être durables, ces fonds s'avèrent intéressants du point de vue du rendement. Les fonds durables investis en actions affichent un gain de 28% en 2019, supérieur à la performance du CAC 40, qui a bondi de 26% l'an passé.

Reste à savoir ce que l'on entend par durable dans la jungle des fonds labellisés ou censés respecter des critères éthiques et responsables. Voici les différents labels et types de fond existants en France :

Les fonds ESG, intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance

Patrick Pouyanné, le patron de Total, en novembre 2017. Wikimedia Commons/Jérémy Barande

Les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) permettent une analyse extra-financière de l'entreprise. Ils doivent assurer une prise en considération de multiples facteurs. Sur l'environnement, la gestion des déchets et la réduction des gaz à effet de serre sont par exemple évalués. Sur le critère social, le respect des droits des employés, la chaîne de sous-traitance ou encore la prévention des accidents sont considérés. Concernant la gouvernance, l'indépendance du conseil d'administration et la structure de gestion sont par exemple vérifiés.

Si d'autres critères que ceux relatifs à la performance financière et à la rentabilité de l'entreprise sont évalués, les critères ESG restent néanmoins "une matière molle", souligne Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. "Il y a beaucoup de déclaratifs et une large gamme de ce qu'il est possible de faire dans l'ESG."

Surtout, il n'y a pas de limite établie à partir de laquelle on considère qu'une entreprise est exclue car trop éloignée des critères ESG. Des actions d'un grand groupe du CAC 40, comme Total, pourront être intégrées dans un fonds ESG si l'entreprise affiche une bonne gouvernance, tout en se montrant bien moins vertueuse sur le plan environnemental.

Le label ISR, pour des investissements censés être 'socialement responsables'

Flickr/Gilles FRANCOIS

Le label ISR (investissement socialement responsable) définit une manière de procéder, d'analyser des facteurs non financiers, mais n'implique aucune obligation dans la composition finale du portefeuille d'actifs. "Si le label ISR garantit la qualité des processus de sélection des valeurs (actions des entreprises, ndlr) sur des critères ESG, il n'est pas forcément un gage de financement d'une économie plus verte", précise Novethic. Ce label n'exclut d'ailleurs pas des entreprises ayant des activités dans le charbon, le pétrole ou le nucléaire.

En 2019, le nombre de fonds avec le label ISR a doublé, la loi Pacte contraignant les assureurs à proposer au moins un produit labellisé dans le cadre de l'assurance vie. L'offre labellisée ISR représente ainsi 46% du marché des fonds durables ouverts aux particuliers, mais seulement 20% de la collecte globale, selon Novethic. L'audit des fonds pour obtenir le label est assuré par deux organismes accrédités par le Cofrac, l'Afnor et EY France.

De plus en plus de gérants de fonds étrangers sont présents sur ce marché en France, proposant 62 fonds labellisés sur un total de 263 fonds ISR. On retrouve aussi la Banque Postale Asset Management avec 35 fonds ISR, Natixis IM avec 31 fonds et BNP Paribas Asset Management avec 22 fonds.

Le label Greenfin, plus exigeant et excluant les énergies fossiles et le nucléaire

Pixabay/jaidee

Le label Greenfin — anciennement label "Transition énergétique et écologique pour le climat" (Teec) — est "beaucoup plus exigeant que le label ISR", selon Anne-Catherine Husson-Traore. Créé par le ministère de l'Ecologie, ce label est délivré par Novethic, EY France et Afnor certification. Il applique une taxonomie (classification) excluant les énergies fossiles et le nucléaire, ainsi que les entreprises controversées violant les droits humains.

Toutefois, l'exclusion n'est pas totale. Selon le document de référence du label, une entreprise ayant jusqu'à 5% de son activité dans le fossile ou le nucléaire peut se retrouver dans un fond Greenfin. De plus, si le risque climat est de mieux en mieux appréhendé, les impacts sur la biodiversité des activités des entreprises demeurent beaucoup plus complexes à analyser. En outre, les indicateurs sur le climat restent très hétérogènes. Parmi eux, on retrouve l'empreinte carbone du portefeuille ou son intensité carbone calculées sur la base de méthodologies non standardisées. L'un des principaux enjeux est donc de parvenir à parler un langage commun.

Les encours des fonds Greenfin ont "presque quadruplé" en un an, pour s'élever à 6 milliards d'euros à fin décembre 2019. Ils restent toutefois loin des 128 milliards d'encours des fonds ISR. Il existait seulement 18 fonds labellisés Greenfin ouverts aux épargnants à fin 2019, dont seulement sept fonds actions, en raison notamment des difficultés à évaluer la "part verte" des entreprises cotées.

Des fonds thématiques plus lisibles, mais par nature moins diversifiés

Pixabay/wafr

Outre les fonds ESG, labellisés ISR ou Greenfin, il existe également des fonds thématiques qui séduisent de plus en plus d'investisseurs et représentent 25% des fonds durables. Leur attractivité est liée à leurs bonnes performances, avec un gain moyen de +29% en un an, mais aussi à leur lisibilité grâce à des thèmes d'investissements facilement identifiables, comme les énergies renouvelables ou l'eau.

"Les fonds thématiques se commercialisent mieux, car ils sont plus faciles à expliquer" aux épargnants, estime Anne-Catherine Husson-Traore. La relation client est globalement en train d'évoluer, selon elle. Les commerciaux vont devoir de plus en plus disposer "d'un vrai bagage sur les enjeux environnementaux", afin de proposer une offre claire, répondant à l'aspiration croissante des particuliers à une finance respectueuse de l'environnement.

À lire aussi — BlackRock annonce qu'il va réduire ses investissements dans le charbon

Si les fonds thématiques paraissent plus lisibles, ils sont par nature plus risqués car moins diversifiés, investis dans seulement certaines activités bien précises. Sur les 94 fonds environnementaux recensés par Novethic, certains peuvent être labellisés ISR. Les trois affichant les plus importantes collectes en France, en 2019, sont liés à des sociétés de gestion étrangères : le gérant danois Nordea et les gestionnaires américains BlackRock et Fidelity. Ces fonds pèsent ensemble 4,8 milliards d'euros d'encours, sur les 41 milliards d'encours des fonds environnementaux.

Trouver un langage commun pour une offre plus claire et transparente

Des travaux sont actuellement en cours au niveau de l'Union européenne pour définir une classification commune des activités vertes et créer un label européen. Si les Etats sont parvenus à un compromis, le nucléaire reste une pierre d'achoppement et fait l'objet d'un intense lobbying, notamment de la part de la France. L'enjeu réside dans la mise en place d'unités de mesure et de standards communs, notamment pour que les épargnants puissent mieux flécher leur épargne vers des fonds "verts".

À l'heure actuelle, plusieurs labels de finance durable cohabitent en Europe, dont le Greenfin français, le Towards Sustainability belge, le Nordic Swan Ecolabel dans les pays nordiques ou encore le FNG-Siegel en Allemagne. Mais il y a "un manque d'offres dans plein de pays, le marché français étant l'un des plus matures en Europe", rappelle Anne-Catherine Husson-Traore. Il peut toujours exister des labels pour les fonds d'investissement, les assureurs et les banques, mais encore faut-il qu'il y ait suffisamment d'entreprises "vertes" dans lesquelles investir.

Un levier pour accélérer la transition des grands groupes est l'engagement actionnarial. "Les fonds d'investissement commencent à en faire usage", souligne Sarah Labbé, experte du cabinet de conseil Etios, spécialisé dans la finance durable. Actionnaires des entreprises, les sociétés de gestion — auxquelles les particuliers confient leur épargne — peuvent militer pour la mise en place de plans de transition et voter des résolutions favorables au climat en assemblée générale. Une façon aussi de faire progresser la finance durable.

Business Insider
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