Reuters

Reuters

Une des dernières et plus importantes décisions prises par Barack Obama durant son mandat en matière d'environnement a été d'interdire de nouveaux forages pétroliers et gaziers dans presque toutes les eaux américaines de l'océan Arctique. 

Le 20 décembre dernier, le président a eu recours à une loi de 1953 pour retirer les mers de Chukchi et de Beaufort des eaux fédérales arctiques considérées comme exploitables. Ensemble, ces deux mers représentent 98% du territoire maritime américaine dans l'océan Arctique. La surface totale représentant un peu plus de 100 millions d'hectares. 

La décision de Barack Obama, annoncée conjointement avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau, a été applaudie par les groupes écologistes qui luttaient depuis des années contre les forages en Arctique. 

Les écologistes disent que les canyons sous-marins de la zone externe du plateau continental arctique fournissent des habitats naturels pour les animaux marins, beaucoup d'entre eux sont mis en danger à cause du réchauffement extrême des eaux arctiques

Forer et creuser le fond des mers pourraient provoquer l'extinction davantage d'espèces — sans compter l'impact qu'aurait le pétrole extrait sur le climat sur terre une fois qu'il est brûlé. 

La loi à laquelle a eu recours Barack Obama s'appelle l'Acte sur les terres de la zone externe du plateau continental arctique. Elle a été votée sous la présidence d'Eisenhower. Ce texte a permis au président de vendre des contrats de location à des compagnies pétrolières qui veulent obtenir le droit de puiser dans les réserves pétrolières de la zone externe du plateau continental, la terre sous-marine qui entoure les Etats-Unis. 

Mais selon l'une des clauses de la loi, le président a aussi le pouvoir de "rendre indisponible n'importe laquelle des terres qui ne sont pas exploitées". Barack Obama a pris cette clause très au sérieux il y a deux jours. 

Alors que presque toutes les terres inexploitées sont désormais considérées comme protégées (ou bien indisponibles pour des forages), aucun nouveau bail ne sera accordé. Les compagnies pétrolières qui effectuent des forages actuellement, quant à elles, pourront rester sans être affectées. 

Puisque la loi de 1953 ne comportait pas de provision qui permettrait d'autoriser à nouveau des forages sur les terres de la zone externe du plateau continental arctique après qu'elles aient été interdites, la Maison Blanche a fait en sorte que cette décision reste permanente. 

Cette demande d'irréversibilité semble être spécifiquement destinée à protéger les eaux arctiques contre Donald Trump, qui a promis d'ouvrir plus de terres fédérales aux forages et aux extractions de ressources. Si le président républicain fraîchement élu essaye de défaire l'action de Barack Obama quand il entrera en fonction, il sera sûrement confronté à une bataille juridique qui déterminera s'il est légal ou non d'autoriser l'exploitation de terres fédérales qui avaient été précédemment protégées par un des ses prédécesseurs. 

Des militants manifestent contre les forages de la compagnie pétrolière Shell près du port de Seattle, le 16 mai 2015. Jason Redmond/Reuters

Des militants manifestent contre les forages de la compagnie pétrolière Shell près du port de Seattle, le 16 mai 2015. Jason Redmond/Reuters

Les défenseurs de l'industrie pétrolière ont déjà exprimé leur opposition face à cette action, suggérant que Donald Trump trouvera un moyen de l'annuler. 

"Bloquer l'exploitation offshore affaiblit notre sécurité nationale, détruit les emplois bien payés et pourrait rendre l'énergie moins abordable pour les consommateurs", a déclaré Erik Milito, directeur général de l'American Petroleum Institute.

Mais tous les producteurs de pétrole ne semblent pas secoués par ce changement. 

"C'est important de se rendre compte qu'un développement ou une production importante venant de ces zones sous-marines n'aura pas lieu dans le contexte tarifaire actuel. Ça demandera des prix plus élevés et durables", dit à Business Insider US Avi Mirman, DG de Lilis Energy Inc, une entreprise d'exploitation et de production pétrolière et gazière localisée à Denver. 

Avi Mirman suggère que l'interdiction de Barack Obama est surtout symbolique, puisque l'exploration de l'Arctique est une entreprise si risquée et coûteuse, et que le schiste américain offre désormais aux entreprises des moyens d'extraction moins cher. (De plus, la production de gaz dans l'Arctique ne constitue que 0,1% de la production totale du pays, selon le Washington Post.)

Le géant pétrolier Shell a démontré le point souligné par Avi Mirman en 2015, quand il a abandonné des opérations de forage après avoir dépensé plus de 7 milliards de dollars à rechercher du pétrole dans la région arctique d'Alaska.

"Par ailleurs, l'infrastructure nécessaire pour un tel projet est extrêmement coûteuse et prendra plusieurs années avant de se faire, étant donné le climat et les périodes où il est possible de travailler dans ces régions", explique Avi Mirman, après avoir suggéré que les companies d'exploration et de production comme la sienne se focaliseront plutôt sur des projets plus rentables. 

Toutefois, les entreprises qui souhaitent toujours poursuivre les forages en Arctique pourraient le faire dans les eaux de l'Etat d'Alaska — la même loi de 1953 donne le contrôle aux Etats sur la zone sous-marine située à moins de 5 km au large du littoral. Au-delà, les eaux appartiennent à l'Etat fédéral. 

L'interdiction de forage en Arctique représente un événement marquant pour les groupes écologistes, beaucoup de partisans ont immédiatement commencé à prendre cette décision comme un exemple de protection qui pourrait s'étendre à d'autres parties de la zone externe du plateau continental. 

"Nous devons offrir le même type de protection aux personnes dans le Golfe du Mexique, une région qui est une zone sacrifiée au nom de l'énergie", a affirmé Marissa Knodel, militante pour le climat chez Friends of the Earth. 

Avis partagé par la porte-parole de Greenpeace Mary Sweeters, qui estime que le programme énergétique sur 5 ans du président actuel fait courir un risque de dégâts de marées noires aux habitants de la région de la côté du Golfe.

"Le travail ne sera pas terminé tant qu'il y aura de nouveaux permis d'exploitation sur les eaux américaines accordés", a-t-elle dit.

Version originale: Dana Varinsky/Business Insider

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : 11 méga-projets d'infrastructures qui vont changer l'Afrique

Voici comment l'anesthésie affecte votre corps et votre cerveau