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Voici les 6 plus gros obstacles de Jeff Bezos et Elon Musk pour coloniser l'espace

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Voici les 6 plus gros obstacles de Jeff Bezos et Elon Musk pour coloniser l'espace
Les deux milliardaires ont de grandes ambitions en ce qui concerne la colonisation de l'espace. © Samantha Lee/Business Insider
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Nous sommes actuellement au cœur d'une nouvelle course à l'espace sauf que, cette fois-ci, elle ne se déroule pas entre des États-nations en conflit, mais entre des milliardaires de la tech. Le fondateur d'Amazon, l'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, a embarqué mardi 20 juillet à bord de la fusée New Shepard de sa société d'exploration spatiale Blue Origin, qui s'est envolée à 100 km au-dessus du niveau de la mer, pour toucher les limites de l'espace. Elon Musk, deuxième personne la plus riche du monde et DG de la société d'exploration spatiale SpaceX, lui a souhaité bonne chance pour son voyage.

Les entreprises respectives des deux milliardaires sont rivales depuis 15 ans quant à leurs ambitions en matière de voyage spatial. Leurs entreprises se disputent toujours un énorme contrat avec la NASA et les deux milliardaires se sont personnellement affrontés au sujet de leurs projets concurrents — bien que les commentaires de Jeff Bezos aient été plus voilés que ceux d'Elon Musk.

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Dans un avenir proche, Blue Origin et SpaceX espèrent tous deux aider la NASA à renvoyer des astronautes sur la Lune. Mais aucun des deux hommes ne se contente de parler d'objectifs à court terme. Tous deux ont exposé des visions grandioses de la colonisation de l'espace.

Le regard d'Elon Musk reste fixé sur Mars, où il affirme vouloir commencer à construire une colonie humaine d'ici les années 2050 et où il a dit qu'il aimerait mourir. La vision de Jeff Bezos est un peu plus proche de la Terre. En 2019, il a annoncé vouloir développer une "présence humaine durable" sur la Lune, a proposé que l'industrie lourde soit déplacée hors de la Terre et a déclaré que l'Humanité pourrait vivre dans des cylindres O'Neill — d'énormes stations spatiales tournantes qui simuleraient la gravité.

Vue d'artiste de Blue Origin représentant une colonie spatiale O'Neill. Blue Origin

Alors, à quelle distance sommes-nous de la colonisation réelle de l'espace ? En 2019, Insider s'est entretenu avec trois experts pour passer au crible la rhétorique grandiloquente des magnats de la technologie et découvrir certains des véritables défis scientifiques.

La faible gravité amincit nos os, affaiblit nos muscles et change la forme de notre cœur

Le fait d'être dans l'espace pendant de longues périodes a un impact important sur la densité osseuse humaine. Une étude menée en 2013 auprès de 35 astronautes a révélé qu'ils perdaient en moyenne plus de 10% de leur densité osseuse après des missions de vol de 120 à 180 jours. "Mars a plus de gravité que l'ISS (la Station spatiale internationale), c'est toujours environ un sixième de celle de la Terre. La question se pose donc de savoir si les gens peuvent y vivre pendant une période de temps significative. Cela se double d'un problème si l'on veut essayer d'élever des enfants et de faire quoi que ce soit qui s'approche d'une véritable colonie", a expliqué David Armstrong, professeur d'astrophysique à l'université de Warwick. "Si les astronautes entraînés, qui sont des personnes à part, perdent des quantités significatives de densité osseuse, comment quelqu'un pourrait-il vivre en permanence dans cet environnement ?"

Un autre effet secondaire de la microgravité est la diminution de la masse musculaire. Selon le professeur Kevin Moffat, spécialiste de la physiologie humaine dans les environnements extrêmes, il n'existe aucun moyen éprouvé de contrer cet effet. "Il y a toutes sortes de débats sur ce qui se passe avec le conditionnement musculaire. Tim Peake, quand il était là-haut, vous l'avez vu se conditionner sur ces machines à courir. Les preuves sont encore assez équivoques quant à savoir si cela aide vraiment beaucoup, mais je pense que si j'étais là-haut, je le ferais aussi, juste au cas où cela fonctionnerait", a-t-il déclaré. Le spationaute britannique Tim Peake a utilisé un tapis roulant pour courir le marathon de Londres en 3 heures et 35 minutes sur l'ISS en 2016.

Tim Peake courant le marathon de Londres à bord de l'ISS. ESA via AP

Un changement que Kevin Moffat a noté est que l'absence de gravité sur l'ISS fait que le cœur des astronautes change de forme. "Dans l'espace, votre cœur s'arrondit... parce qu'il n'y a pas de gravité contre laquelle il faut pomper", a-t-il expliqué. On pense que ce changement de forme entraîne un risque accru de calculs rénaux, et le professeur Moffat en conclut qu'il est probable que d'autres processus corporels soient affectés d'une manière que nous ignorons encore.

L'espace modifie nos "cellules tueuses naturelles" et le microbiome

Selon Kevin Moffat, il existe deux autres domaines de la physiologie humaine dans l'espace qui sont souvent négligés. Le premier est le système immunitaire, et plus particulièrement un type de cellules appelées "cellules tueuses naturelles", qui aident à protéger l'organisme contre le cancer.

"Nous savons que leur niveau chute massivement chez les astronautes qui vivent dans l'ISS. Si vous êtes là-haut pendant six mois, cela ne fera probablement pas une grande différence. Mais si vous y restez deux ans, cinq ans, dix ans, toute une vie, alors il y a une série d'inquiétudes qui pourraient suggérer que votre système immunitaire ne fonctionne peut-être pas comme il le devrait pour surveiller votre corps à la recherche de cellules indésirables", a-t-il déclaré.

SpaceX a produit des concepts visuels, dont celui-ci qui montre une violoniste en train de jouer pendant le voyage vers Mars à bord de son vaisseau Starship. SpaceX/Flickr

Bien que des recherches doivent encore être menées pour déterminer la raison exacte de la baisse du système immunitaire des astronautes, Kevin Moffat a émis l'hypothèse qu'elle était due à la modification de la densité osseuse. Plus précisément, il pense que cela a quelque chose à voir avec la moelle osseuse, qui est l'endroit où les cellules sanguines sont générées.

Un deuxième changement que subissent les astronautes concerne leur microbiome. "Il y a autant de cellules en vous, et sur vous, que de vous. Vous êtes fait d'autant de microbes, de champignons et de bactéries que de cellules de vous-même. Vous êtes donc essentiellement une machine pour d'autres choses", explique Kevin Moffat. Cette collection de champignons et de microbes constitue un microbiome sain. Un article publié en 2019 a comparé les microbiomes de deux jumeaux — l'un qui est allé à l'ISS et l'autre qui est resté sur Terre. "Il semble effectivement y avoir des changements dans la communauté bactérienne de leur intestin au moins. C'est aussi une préoccupation, car cela modifiera ce que vous pouvez manger", a déclaré Kevin Moffat.

Empoisonnement par les radiations

Le champ magnétique terrestre et la couche d'ozone nous protègent des radiations émises par le Soleil. Les astronautes en orbite à bord de l'ISS reçoivent des doses de rayonnement plus élevées que sur Terre, mais pas des quantités mortelles. S'aventurer plus loin, c'est affronter les radiations de l'espace lointain.

Cela pose un gros problème pour les cylindres O'Neill de Jeff Bezos. "Il faut une énorme quantité de matériaux de blindage, bien plus que pour construire la structure proprement dite, simplement pour éviter que les gens ne soient stérilisés assez rapidement... Certaines des estimations que j'ai vues portent sur des dizaines de millions de tonnes de matériaux de blindage", a détaillé David Armstrong de l'université de Warwick. Transporter une telle quantité de matériaux dans l'espace est "irréalisable d'un point de vue économique", a-t-il ajouté.

Image de la NASA d'une éruption solaire se produisant sur le côté gauche du Soleil.  NASA/SDO via Reuters

Une expédition vers Mars selon les plans d'Elon Musk devrait prévoir des dispositions pour faire face à de soudaines explosions de radiations. "S'il vous arrive de sortir pendant une période de forte activité solaire, c'est-à-dire pendant une sorte de tempête solaire ou d'éruption..., c'est particulièrement mauvais. Il a été question d'avoir des zones à haut blindage sur les vaisseaux spatiaux dans lesquelles les astronautes pourraient se retirer lorsque de tels événements se produisent", a expliqué David Armstrong.

Les problèmes de la "terraformation" et la catastrophe de Biosphere 2

Elon Musk a parlé de terraformer la surface de Mars. Le terme est emprunté à la science-fiction et signifie transformer une planète pour la rendre habitable pour la vie humaine. David Armstrong n'a pas écarté d'emblée l'idée de la terraformation, simplement parce qu'elle est tellement précoce qu'il faudrait tenir compte de technologies futures qui n'existent pas encore. "Pour ces projets, nous parlons vraiment de milliers et de dizaines de milliers d'années", a-t-il déclaré.

L'atmosphère de Mars pose un gros problème, car elle est si fine et la gravité de Mars est si faible que les molécules s'échappent facilement dans l'espace. "Nous pensons que l'atmosphère de Mars est si fine parce qu'elle a été très tôt bombardée par des astéroïdes et qu'en raison de cette faible gravité, une grande partie de l'atmosphère s'est échappée", a expliqué David Armstrong. "À court, moyen ou même un peu long terme, nous parlons de vivre dans des dômes. Sur la surface, ce n'est tout simplement pas crédible", a-t-il ajouté.

Coloniser une planète et vivre sous dôme. ESA / Wikimedia Commons

Mais la vie en dôme comporte ses propres dangers. David Armstrong a rappelé l'expérience Biosphere 2, réalisée dans les années 1990, qui visait à simuler une colonie spatiale fermée. "L'expérience a échoué, mais l'une des choses qui en est ressortie, c'est qu'il y avait des complexités auxquelles les gens ne s'attendaient pas vraiment. Le béton se décompose lentement et pollue l'air sur de longues échelles de temps, par exemple", a-t-il expliqué.

La biosphère 2 est située au pied des Santa Catalina Mountains, à Oracle, en Arizona.  Biosphere 2/University of Arizona

Des plantes toxiques

Le sol de Mars pose également un gros problème. Le film "Seul sur Mars" a popularisé l'idée de faire pousser des plantes sur la planète rouge et, selon David Armstrong, cela n'est pas hors de portée. "Le sol de la Terre est très complexe, il s'est construit à partir de millions d'années de croissance et de mort de la matière organique, ce qui n'est pas le cas du sol martien. Diverses expériences ont été menées pour faire pousser des choses dans un sol martien simulé, et les résultats ont tendance à être positifs. Le problème est que ces engrais ne sont pas nécessairement précis", a-t-il déclaré.

L'agriculture sur Mars est encore en jachère.  20th Century Fox

"Certains des matériaux les plus nocifs présents dans le sol martien sont des perchlorates, dont nous pensons qu'ils sont vraiment très nocifs", a-t-il ajouté. Il y a de fortes chances que les plantes martiennes absorbent ces minéraux lourds, qui pourraient finalement tuer des humains, en fonction du niveau d'exposition.

Pas de place pour la démocratie dans l'espace

Outre les défis physiques et techniques considérables qui accompagnent la vie dans l'espace, il existe un autre élément important sur lequel Elon Musk et Jeff Bezos ont tendance à éluder : la structure sociale. Le philosophe politique Felix Pinkert, de l'université de Vienne, estime qu'une colonie extraterrestre n'aurait pas de place pour la démocratie telle que nous la connaissons.

Selon lui, le défi d'une mission vers Mars, par exemple, est qu'il faudrait commencer par envoyer une petite poignée d'experts spécialisés dans des domaines particuliers, ce qui pourrait conduire à une hiérarchie de technocrates dictant la vie des gens. En outre, si des entreprises privées sont chargées d'envoyer des personnes dans les colonies, on pourrait aboutir à de véritables dictatures. "Les entreprises sont déjà des gouvernements en soi. Elles fonctionnent comme des gouvernements, mais ce sont des gouvernements privés dans le sens où elles ne sont pas gouvernées par les gens qui sont affectés [par elles]. Elles sont gouvernées par les actionnaires, le PDG ou autre. Donc c'est comme une dictature."

"En tant qu'espèce, nous devons le faire"

Malgré les complexités infinies liées à l'habitation spatiale, aucun des experts ne doute vraiment qu'elle est en route — avec des degrés divers d'avancement. "À petite échelle, c'est probablement plus proche que vous ne le pensez", a déclaré David Armstrong. "Avoir quatre personnes sur Mars, dans un environnement hostile, où ils vont probablement tous mourir assez rapidement, c'est néanmoins avoir quatre personnes sur Mars. Étant donné les ressources dont dispose Elon Musk, je ne voudrais pas parier contre lui. C'est terriblement proche à petite échelle, c'est ridiculement loin à grande échelle."

Vue d'artiste de Blue Origin représentant l'intérieur d'un cylindre O'Neill. Blue Origin

Il a ajouté dans un courriel à Insider la capacité de ces colonies pose un problème éthique. "Quel que soit le succès de ces programmes de colonisation, il est bon de se rappeler que la grande majorité des humains actuellement en vie vont rester sur Terre. Jeff Bezos a parlé avec optimisme de cylindres O'Neill pouvant accueillir un million de personnes, une colonie martienne sera bien en dessous de ce chiffre."

"Une des motivations de ces idées est le sentiment que la Terre est morte, que nous l'avons trop polluée, et que nous avons besoin d'un plan de secours. Si c'est notre plan de secours, nous sacrifions la majeure partie de la population humaine. Le choix des participants est un problème éthique difficile à résoudre, qui pourrait être dirigé par une poignée de milliardaires américains. Cela souligne à quel point nous devons prendre soin de la Terre", a-t-il écrit. Il convient de noter que Jeff Bezos a fait écho à ce sentiment.

L'approche de Kevin Moffat est plus fataliste. "En tant qu'espèce, nous devons le faire. Nous allons ruiner cette planète tôt ou tard. Alors autant mourir en allant sur Mars", a-t-il déclaré.

Les trois experts ont convenu que ce n'est pas parce que les défis sont herculéens qu'il ne faut pas essayer. "S'il faut choisir entre Elon Musk qui s'occupe de l'espace et qui s'achète un tas de yachts, c'est définitivement mieux", a déclaré Félix Pinkert.

Version originale : Isobel Asher Hamilton/Insider

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