Voici pourquoi la 5G risque d’accroître l'impact du numérique sur l'environnement

Alex Tai/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Le gouvernement a annoncé le lancement début octobre de 11 "plateformes d'expérimentations" dédiées à la 5G pour développer de nouveaux usages et services. Concrètement, cette technologie offrira un internet mobile plus rapide, avec une latence réduite. Les jeux en ligne seront plus fluides, le visionnage de vidéos en streaming de meilleur qualité et de nouveaux usages pourront se développer avec les objets connectés par exemple. Mais la course mondiale pour déployer cette cinquième génération de la téléphonie mobile fait parfois oublier ses potentiels impacts sur l'environnement.

Or, "la 5G sera forcément pire sur le plan environnemental" que les technologies actuelles, alerte Frédéric Bordage, cofondateur de GreenIT, un groupe d'experts sur le numérique responsable. La 5G pourrait néanmoins offrir "une meilleure efficacité énergétique que la 4G", précise l'Arcep dans une note sur les "Réseaux du futur" et l'empreinte carbone du numérique. Mais le régulateur français des télécoms ajoute "à usages constants". Autrement dit, si le trafic augmente de manière exponentielle avec la 5G, une amélioration de l'efficacité énergétique sera insuffisante pour contrebalancer ses effets sur l'environnement.

Une problématique comparable au cloud gaming

"Une évolution technologique qui s'avère permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre à usage constant est susceptible de produire en fait un accroissement global des émissions en raison de la multiplication des usages qu'elle permet", explique ainsi l'Arcep. "Plus on a de bande passante, plus on la consomme", constate Frédéric Bordage. "C'est comme lorsqu'on est passé du puit à l'eau courante, la consommation d'eau par habitant s'est envolée, sans veiller comme avant à ne pas gâcher la ressource", compare-t-il.

La 5G pourrait par exemple faciliter l'essor du cloud gaming — les offres de jeu à la demande et en streaming développées notamment par Google (avec Stadia), Shadow (Blade) et Microsoft (xCloud). Le cloud gaming permet de mutualiser des ressources informatiques et de réduire l'empreinte énergétique des jeux vidéo grâce à une réduction des terminaux (consoles et ordinateurs) produits. Mais dans la mesure où les offres sont abordables auprès d'un plus grand nombre d'utilisateurs et permettent une utilisation intensive, le cloud gaming "pourrait conduire à une augmentation d'usage susceptible de contrebalancer les éventuels gains énergétiques qu'il aurait permis d’exploiter", souligne là encore l'Arcep.

Des antennes multipliées ?

La 5G pourrait par ailleurs engendrer une démultiplication des antennes-relais, notamment si le signal émis est plus focalisé pour offrir une meilleure bande passante. "Si le signal est plus focalisé, cela signifie qu'il sera moins large et donc que pour couvrir un même territoire, il faudra plus d'antennes", craint Frédéric Bordage. 

La France espère un premier déploiement commercial de la 5G dans quelques grandes villes à la fin de 2020, puis la couverture des deux tiers de la population d'ici 2026, tout en ciblant en priorité les zones industrielles. "La 4G est tout à fait suffisante pour nos usages courants. Sauf dans des cas concrets de médecine à distance par exemple, ou pour regarder la TV en HD dans le TGV, la 5G n'est pas nécessaire", estime l'expert de GreenIT.

Plusieurs ONG et associations, dont Agir pour l'Environnement et Priartém—Electrosensibles de France, ont d'ailleurs appelé le 2 octobre à un moratoire sur la technologie de la 5G. "Son déploiement se fait à marche forcée, dans la plus grande précipitation, sans qu'aucune évaluation sanitaire ni aucun débat démocratique sur les effets de cette technologie sur nos sociétés n'aient pu être menés", estiment-elles.

Des équipements rendus obsolètes

La 5G devrait favoriser les usages multimédias et le streaming, qui représente déjà plus de 80% de l'usage d'internet aujourd'hui. Elle devrait également faciliter le développement des objets connectés, qui pourraient se compter en dizaines de milliards dans les prochaines années.

La 5G risque par ailleurs d'engendrer un autre effet néfaste sur l'environnement. Elle pourrait rendre obsolètes de nombreux équipements actuels et donc favoriser l'achat de nouveaux appareils, dont la fabrication nécessite l'extraction de nombreux minerais et entraîne des émissions polluantes. "A chaque saut technologique, on voit temporairement un raccourcissement de la durée de vie des équipements", pointe Frédéric Bordage. "Les générations successives de réseaux mobiles ont encouragé un renouvellement du parc des terminaux", rappelle de son côté l'Arcep.

Entre l'augmentation des usages, entraînant une sollicitation croissante des données stockées dans des data centers situés partout dans le monde, le risque d'une multiplication des antennes et le déclenchement d'une obsolescence prématurée des équipements, la 5G s'annonce tout sauf neutre sur l'environnement.

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