Publicité

Voici pourquoi les insectes vont bientôt se multiplier dans nos assiettes

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Voici pourquoi les insectes vont bientôt se multiplier dans nos assiettes
Les vers de farine, ou scarabées Molitor, élevés par l'entreprise française Ynsect pour la consommation animale, et à terme humaine. © Ÿnsect
Publicité

Si jusqu'ici trouver des insectes dans nos assiettes était quasiment mission impossible, les choses pourraient changer bientôt. L'Union Européenne a en effet ouvert la voie à une autorisation de la consommation des insectes pour l'alimentation humaine en janvier 2021. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a en effet conclu que les "vers de farine", c'est-à-dire les larves du ténébrion meunier, pouvaient être consommés sans danger "soit sous forme d'insecte entier séché, soit sous forme de poudre". Riches en fibres et en protéines, "leur consommation ne présente aucun inconvénient sur le plan nutritionnel", toujours selon les experts de l'EFSA.

Des recherches complémentaires doivent néanmoins être menées sur d'éventuelles réactions allergiques chez le consommateur. En se basant sur cet avis, la Commission européenne pourrait soumettre d'ici cet été aux États membres un projet de proposition en vue d'autoriser la mise sur le marché des vers de farine séché et produits dérivés, ainsi que de leurs conditions de commercialisation. L'EFSA est également en train de se pencher sur l'étude des grillons et des sauterelles, pour voir s'ils sont eux aussi compatibles avec l'alimentation humaine.

À lire aussi — Comment Amazon va changer son offre alimentaire et s'associer avec Monoprix

Le marché de la consommation d'insectes pour les animaux en plein développement

Les larves, grillons et sauterelles sont déjà de plus en plus utilisés dans l'alimentation animale, notamment pour nourrir les animaux d'élevage comme les poissons, la farine de poisson qui leur était donnée habituellement étant de plus en plus chère. L'utilisation des insectes se développe également pour l'alimentation des porcs et des volailles. Auchan vient par exemple d'annoncer le lancement d'un gamme de viande de porcs dont l'alimentation sera enrichie en huile d'insectes, en collaboration avec la startup française InnovaFeed. Le marché mondial des insectes pour l'alimentation animale représenterait déjà entre 30 et 50 milliards d'euros, selon les chiffres donnés à Business Insider France par la startup Ynsect, spécialisée également dans l'élevage d'insectes.

Et pour les êtres humains ? Jusqu'ici, la consommation d'insectes pour la nourriture des êtres humains variait d'un pays européen à l'autre. Si en Belgique et au Pays-Bas la production, la transformation et la distribution d'insectes sont autorisées y compris pour l'alimentation humaine, la France a fait un choix différent. En attendant l'aval de l'Europe, l'Hexagone a décidé de faire jouer le principe de précaution : la consommation d'insectes reste donc pour le moment interdite pour l'homme. Sauf que certaines boutiques en ligne s'affranchissent de cette réglementation et proposent déjà à la vente insectes comestibles et autres produits fabriqués à base d'insectes. Contactée par Business Insider France pour éclaircir ce point, la DGCCRF, qui s'occupe de la répression des fraudes, n'a pas donné de réponse officielle à notre demande avouant "marcher sur des œufs" en attendant la nouvelle réglementation européenne.

Granola, sablés, tapas ou burgers aux insectes

Il existe en tout cas d'ores et déjà de nombreuses sortes d'aliments à base d'insectes mis en vente en Europe. Ces derniers peuvent en effet être bouillis, frits, séchés, fumés ou bien réduits en poudre ou en farine, voire en huiles. On peut donc les retrouver dans des biscuits, des pâtes ou des barres nutritives par exemple. Même si cela existe, il est quand même plus rare de les retrouver entiers à la vente, comme c'est le cas dans les pays d'Afrique ou d'Asie. Chez Jimini's, par exemple, spécialistes des aliments à base de criquets et de grillons, on peut acheter un Granola au chocolat noir fabriqué avec de la poudre d'insectes ou encore des sablés salés à la moutarde de Meaux, eux aussi produits via le même type de poudre.

Une salade composée qui propose des vers Molitor commercialisés par Jimini's.  Jimini's

Sur le site de l'entreprise française Micronutris, il est possible, a priori sans rappel de la réglementation actuelle, de commander des boîtes contenant des grillons et autres ténébrions séchés et entiers pour les consommer, aromatisés au goût "barbecue" par exemple. À tester à l'apéritif comme des tapas ou "lorsque vous avez un petit creux" selon le site. Micronutris propose également des crackers contenant des insectes entiers avec des goûts différents : sésame, thym, tex mex, etc. Autre tendance, le burger aux insectes : le spécialiste de la livraison de repas à domicile FoodChéri avait ainsi testé en 2019 la vente de 400 burgers proposés avec, à la place de la viande, une galette fabriquée à base de farine de vers Molitor.

Mais existe-t-il un réel avantage à la consommation d'insectes pour les êtres humains ? Cité par l'Inserm dans le cadre d'un sujet sur notre alimentation en 2050, Patrick Borel, directeur de recherche INRAE (Institut national de la recherche agronomique) à l'université Aix-Marseille, ne cachait pas son enthousiasme : "couramment ingérés par 2 milliards d'individus en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, et regroupant pas moins de 1 900 espèces comestibles (grillons, sauterelles, mouches soldat noires, vers de farine...), les insectes sont très riches en protéines. Lesquelles présentent une qualité semblable à celle de la viande (...)". Selon la FAO, les criquets chapulines contiendraient par exemple jusqu'à 48 grammes de protéines pour 100 grammes, contre seulement 28 grammes pour le bœuf.

Des grillons proposés pour l'apéritif par le site Jimini''s. Jimini's

À lire aussi — 8 choses improbables trouvées dans des aliments achetés en supermarchés

'Notre cible à 5 ans pour l'alimentation humaine est de 5 à 10% de notre chiffre d'affaires'

D'autres utilisations des insectes dans l'alimentation des êtres humains sont-elles à envisager ? Business Insider France a interrogé Antoine Hubert, président de l'entreprise française Ynsect. Créée en 2011, elle est spécialisée dans l'élevage des vers de farine, appelés aussi scarabées Molitor. Ynsect affiche de grosses ambitions avec l'installation d'une quinzaine d'usines d'ici 2030 en Europe, mais aussi en Asie et en Amérique du Nord, générant environ 5 milliards de dollars (4,2 milliards d'euros environ) d'investissement. De quoi traiter un carnet de commandes de 100 millions de dollars (84 millions d'euros environ) déjà prévu dans les années à venir. En février 2020, l'entreprise française a ainsi levé 125 millions de dollars (105 millions d'euros environ).

Si, pour le moment, l'essentiel de son activité concerne la production de farines pour l'alimentation animale, Ynsect envisage à terme de se développer aussi sur l'alimentation à base d'insectes pour l'homme. "On y croit en ingrédient technique, avant tout avec des bénéfices en termes de performances et de santé", confirme Antoine Hubert. Une poudre concentrée en protéines d'insectes pourrait ainsi être la base de barres énergétiques destinées soit aux sportifs pour améliorer leurs résultats et aider à la récupération, soit aux seniors pour combler des carences et améliorer leur santé. "Un ingrédient à base de protéines d'insectes déshuilés", compatible avec l'alimentation humaine, a donc été développé par Ynsect qui a déposé un dossier de validation à l'EFSA au niveau européen, mais aussi auprès de la Food and Drug administration aux États-Unis.

À lire aussi — Café, chanvre, barbecue... Ce qui vous attend dans vos assiettes en 2021

"Notre cible à 5 ans pour l'alimentation humaine est de 5 à 10% de notre chiffre d'affaires total", explique le PDG d'Ynsect. Il reste donc très prudent : "Les insectes, c'est encore trop tôt pour les autres usages qu'en ingrédients techniques", précise-t-il. "On y croit avant tout comme bénéfices performances et santé pour l'homme, c'est comme cela que ça va commencer. Pour d'autres marchés, comme les biscuits ou les burgers, on n'y est pas encore du point de vue du consommateur. Il y a un travail d'évangélisation à long terme à faire", assure-t-il. Mais Ynsect ne s'interdit rien, même si pour le moment ce type de projet n'est pas encore à l'étude : "On regardera à un moment ou à un autre, mais il faudra trouver le bon goût et la bonne zone pour le tester. Peut-être plus dans des pays anglo-saxons qu'en France", précise-t-il.

'Les aliments à base d'insectes restent une niche'

Car malgré tous ces investissements et une loi qui devrait normalement ouvrir la voie à la consommation d'insectes, la route semble néanmoins encore longue et les Français ont souvent du mal à imaginer ces bestioles invitées à leur table. Céline Laisney, experte en veille sur l'alimentation, l'a confirmé à Business Insider France. La consommation d'insectes pour l'alimentation humaine serait notamment freinée par "l'acceptabilité des consommateurs qui reste très limitée". Selon elle, "un petit groupe, plutôt des hommes jeunes et urbains, est tenté pour faire une expérience mais très peu se disent prêts à en consommer régulièrement".

Le burger vendu en 2019 par Food Chéri avec, à la place de la viande, une galette aux insectes. Food Chéri

Si un millier d'espèces sont d'ores et déjà consommées en Afrique, en Asie et en Amérique latine, il existe encore de nombreux freins chez les consommateurs européens qui les empêchent de franchir le pas. "Il y a légèrement moins de réticences lorsque l'insecte n'est pas visible mais réduit en poudre et intégré par exemple dans des gâteaux", explique Céline Laisney. Mais d'autres facteurs pourraient freiner le développement de ce marché". "Le consommateur qui veut réduire ou remplacer sa consommation de protéines animales a d'autres choix qui correspondent davantage à ses habitudes et préférences alimentaires, comme les protéines végétales", estime-t-elle.

Autre rempart aux insectes : le prix, qui "freine l'essor de ce type de produits", selon l'experte. "Dans les pays ou la consommation a été autorisée il y a déjà plusieurs années, les aliments à base d'insectes restent une niche", explique Céline Laisney. Dernier argument souvent cité par les plus réticents, les risques d'allergie pour les êtres humains. S'ils sont encore en train d'être étudiés à date par l'EFSA, ils seraient comparables à ceux de la consommation de crustacés. À voir, donc, si toutes ces barrières freineront bien les consommateurs français une fois l'autorisation des aliments aux insectes mise en place par l'Union européenne ou si la curiosité primera pour ces nouveaux aliments.

À lire aussi — Camembert : l'interdiction de la mention 'Fabriqué en Normandie' mal respectée

Découvrir plus d'articles sur :