La France et les Etats-Unis ont tous les deux récemment lancé des commandements de l'espace afin de défendre ses satellites de tentatives d'espionnage, de brouillage, de cyberattaques etc. Mais ne vous imaginez pas que des vaisseaux spatiaux équipés de lasers ou de canons superpuissants comme dans Star Wars voleront bientôt dans l'espace. Car il existe en fait des armes insoupçonnées déjà en orbite : les satellites. Dans les guerres modernes, "le satellite est un composant essentiel, qui peut même être utilisé comme une arme. Et ce sera probablement de plus en plus vrai dans le futur", estime Stéphane Mazouffre, directeur de recherche au laboratoire ICARE — pour "Institut de Combustion Aérothermique Réactivité Environnement" — du CNRS, interrogé par Business Insider France.

Mais si une guerre éclatait, le scientifique a avancé qu'aucun pays ne se risquerait à envoyer un missile depuis le sol pour détruire un satellite ennemi en orbite basse : "personne ne le fera, car détruire un satellite ennemi créerait une myriade de débris spatiaux, qui encombreraient l'orbite et pourraient potentiellement impacter vos propres satellites". Fin mars dernier, l'Inde a détruit un de ses propres satellites avec un missile, en créant des centaines de débris spatiaux. Cette initiative a été saluée par le Premier ministre indien Norendra Modi car elle a permis de montrer que l'Inde était "une puissance spatiale", mais a été dénoncée par, entre autres, les Etats-Unis et certains experts des débris spatiaux en raison de sa dangerosité.

Selon le traité international relatif à l'exploration et à l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, ratifié en 1967, il est formellement interdit de déployer des armes nucléaires ou toute autre forme d'arme de destruction massive sur l'orbite de la Terre, sur la Lune ou tout autre corps céleste ou encore de les stocker dans l'espace. Mais un satellite de télécommunications, de positionnement, d'observation ou de guidage n'est pas une arme nucléaire et n'est pas considéré comme une arme en soi, même si, comme l'explique Stéphane Mazouffre, il peut le devenir dans certaines circonstances.

En effet, un satellite peut être utilisé pour obtenir des renseignements, en perturber un autre, voire le rendre hors service, sans pour autant le faire exploser. "Vous pouvez approcher votre propre satellite très près de celui de l'ennemi, pour prendre des photos et en savoir plus sur ce qu'il fait par exemple", a indiqué Stéphane Mazouffre. En s'approchant très près, "ça le perturbe gravitationnellement et ça peut le gêner dans ses manœuvres. On peut même imaginer l'attraper et le désorbiter, même si cela reste très compliqué", a-t-il ajouté.

Un satellite peut perturber un autre pour le rendre hors service

Fin juillet, la ministre des Armées Florence Parly avait parlé de lasers de puissance déployés depuis nos satellites ou depuis nos nano-satellites patrouilleurs pour protéger les satellites français. "L'idée des lasers n'est pas de percer un trou dans un satellite, mais de les aveugler, en visant leurs caméras ou les systèmes d'observation, pour un satellite d'observation. La même chose peut être faite pour brouiller les communications pour un satellite de télécommunication. Pour un satellite GPS, on pourrait envoyer des ondes pour dérégler les horloges atomiques et les rendre inopérantes. On peut même imaginer qu'un satellite se positionne juste devant un satellite ennemi et éjecte des particules afin de créer une force de trainée et le désorbiter. Il va tomber et se désintégrer à son entrée dans l'atmosphère terrestre."

Interrogé sur les probabilités qu'un jour ce type d'attaques se produise, le directeur de recherche au laboratoire ICARE a avancé qu'il y croyait peu, "car toutes ces manœuvres restent complexes, il faudrait beaucoup de moyens", d'autant plus qu'il y a de plus en plus de satellites fonctionnent au sein de constellations. "Ça devient alors encore plus compliqué de mettre hors service tout un réseau de petits satellites", a estimé le chercheur spécialiste de la propulsion à plasma. 

Les grandes puissances se préparent aussi à intercepter des missiles hypersoniques

En se dotant d'un commandement spatial, la France, tout comme les Etats-Unis, pourrait aussi se préparer non pas à un conflit spatial mais terrestre, qui impliquerait l'utilisation de missiles. Selon Stéphane Mazouffre, les grandes puissances spatiales développent leurs capacités de surveillance et d'autodéfense dans l'espace afin de se préparer à la venue des missiles hypersoniques. A la différences des ogives classiques, dont on connaît la trajectoire et la cible une fois lancées, les missiles supersoniques sur lesquels travaillent les Etats-Unis, la Chine ou la Russie devraient pouvoir "aller très vite (à une vitesse supérieure à plus de 6000 km par heure), tout en suivant une trajectoire non définie. Le missile tourne autour de la planète et à un moment donné, il va descendre et on ne sait pas quand il va tomber ni où", a-t-il précisé. Le déploiement de commandements de l'espace devrait permettre à ces pays de développer des moyens de suivi et d'interception pour ces futures missiles hypersoniques. 

Fin janvier dernier, la France a lancé un programme de planeurs supersoniques baptisé V-Max (pour Véhicules manœuvrant expérimental) pour rattraper son retard en la matière face à la Chine, les Etats-Unis, la Russie ou encore le Royaume-Uni. Un démonstrateur de planeur hypersonique français pourrait ainsi voler d'ici 2021.

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