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Vous devrez sûrement vous faire vacciner plusieurs fois contre le coronavirus, selon les experts


Un pharmacien de Seattle donne à Jennifer Haller la première injection du vaccin potentiel contre le coronavirus lors de la première phase de l'étude de sécurité, le 16 mars 2020. Ted S. Warren/AP © Ted S. Warren/AP

Nous attendons tous le jour où tout le monde pourra se faire vacciner contre le coronavirus, et enfin reprendre une vie normale. Le problème, c'est que les choses ne sont pas si simples et que nous allons très certainement avoir besoin de plus d'une injection de vaccin pour lutter contre le virus. La recherche se concentre sur l'idée que les anticorps du coronavirus se dissipent après une période de plusieurs semaines ou de plusieurs mois. Bien que notre système immunitaire ait plus qu'une seule ligne de défense, ces résultats suggèrent que notre immunité au virus, qu'elle fasse suite à une infection ou à un vaccin, pourrait être tout aussi transitoire.

L'efficacité d'un vaccin dépend de sa capacité à inciter l'organisme à produire des anticorps qui vous protègent contre une infection future. Il est donc probable que les gens aient besoin de deux doses d'un vaccin contre le virus à quelques semaines d'intervalle pour qu'il soit efficace. Certains experts suggèrent même qu'il faudra se faire régulièrement revacciner. "Si l'immunité s'avère éphémère", a déclaré l'écologiste Marm Kilpatrick à Business Insider US, "nous aurons besoin d'un programme de vaccination et de rappel, ou d'une revaccination à intervalles réguliers".

Les principaux fabricants de médicaments envisagent déjà un schéma de vaccination à deux doses

D'innombrables vaccins, comme celui qui protège contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, nécessitent plusieurs doses consécutives. Certaines entreprises en tête de la course aux vaccins contre le coronavirus administrent aux participants à l'essai deux doses à trois semaines d'intervalle.

Selon les premières données de Pfizer (l'une de ces entreprises), un schéma de vaccination à deux doses stimulerait la réponse du système immunitaire. Les chercheurs de Pfizer on observé le plus haut niveau d'anticorps neutralisants une semaine après la deuxième dose des participants. L'essai clinique de Moderna consiste à administrer aux participants deux doses à quatre semaines d'intervalle. L'essai en cours d'AstraZeneca, quant à lui, teste les résultats d'une seule dose de vaccin et de deux doses administrées à un mois d'intervalle.

Le premier patient inscrit à l'essai clinique du vaccin contre les coronavirus de Pfizer, à la faculté de médecine de l'université du Maryland à Baltimore, reçoit une injection, le 4 mai 2020.  École de médecine de l'université du Maryland/AP Photo

"Il s'agira probablement d'un vaccin à deux volets, ce qui n'est pas la fin du monde. Mais il est sûr qu'il serait bien plus pratique qu'il s'agisse d'une seule dose", a déclaré Christopher Gill, un chercheur en maladies infectieuses, au micro de la WBUR (une station de radio appartenant à l'Université de Boston).

Mais il pourrait être difficile pour les systèmes de santé du monde entier de s'assurer que les gens reviennent pour cette deuxième dose essentielle. Par exemple, les recherches montrent que moins d'un tiers des jeunes femmes qui choisissent de recevoir la première dose du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) - qui cible principalement les virus qui causent le cancer du col de l'utérus - reviennent pour les deux autres doses afin de compléter la série.

En outre, un vaccin à double dose nécessite deux fois plus de flacons, de seringues, de visites à la clinique... à un moment où ces ressources sont déjà limitées.

Il se peut également que nous ayons besoin de rappels

Après cette première vaccination, qu'il s'agisse d'une ou deux doses, des rappels réguliers peuvent être nécessaires.

Certains virus, comme l'hépatite A ou la rougeole, font l'objet d'un traitement unique : une fois que vous êtes infecté (ou inoculé), vous êtes immunisé à vie. "Pour les coronavirus humains, ce n'est pas le cas", a insisté Florian Krammer, vaccinologue à l'école de médecine Icahn du Mont Sinaï, à New York, auprès de Business Insider US. "Vous pouvez être infecté à plusieurs reprises une fois que votre immunité a baissé."

Un tube avec une solution contenant des anticorps de la Covid-19.  Thomas Peter/Reuters

Les scientifiques n'ont pas pu étudier le nouveau coronavirus assez longtemps pour déterminer la durée de l'immunité, et il n'y a pas encore de preuve clinique que quelqu'un ait été réinfecté. Mais les gens peuvent attraper d'autres coronavirus humains (ceux qui causent les rhumes les plus courants) à maintes reprises.

"Après une infection par des coronavirus, la réinfection par le même virus - bien qu'elle soit généralement bénigne et ne touche qu'une fraction de la population - est possible après une période de plusieurs mois ou années", selon la clinique Mayo (une fédération hospitalo-universitaire américaine réputée au niveau mondial dans le domaine de la recherche, ndlr).

Mais le fait que des gens puissent être réinfectés quelque temps après la première injection ne doit pas être un facteur de dissuasion pour autant, a souligné Florian Krammer. "Cela arrive pour beaucoup de vaccins", a-t-il précisé. "Ce n'est pas un problème. Vous pouvez vous faire revacciner".

C'est à cela que servent les rappels. Votre vaccin contre le tétanos, par exemple, nécessite un rappel tous les dix ans. La question est de savoir si des rappels de vaccins contre les coronavirus seront nécessaires sur une échelle de mois ou d'années.

Des scientifiques travaillent sur un vaccin potentiel contre la Covid-19 à Keele, en Angleterre.  Carl Recine/Reuters

Selon Walt Orenstein, vaccinologue et ancien directeur du programme national d'immunisation des États-Unis, les experts ne sauront pas si les rappels feront partie du protocole tant que le vaccin n'aura pas été mis en place. "Lorsque nous commencerons à voir les échecs du vaccin augmenter, nous pourrons alors envisager des doses de rappel. Mais nous ne savons pas à ce stade si cela sera nécessaire", a-t-il déclaré à Business Insider US.

Cependant, s'il s'avère que le vaccin nécessite des rappels réguliers, cela diminue la probabilité que les gens se fassent vacciner. "Plus le calendrier est compliqué, plus il est difficile de faire venir les gens", a expliqué le vaccinologue.

"Les vaccins ne sauvent pas des vies, les vaccinations sauvent des vies. Les doses de vaccins qui restent dans les flacons sont inefficaces à 100%", a-t-il déclaré.

Version originale : Aylin Woodward / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

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