Vous pouvez observer le 'blob' au Parc zoologique de Paris, voici ce que l'on sait sur cet étrange être unicellulaire

Le blob, un être unicellulaire qui n'a ni cerveau, ni système nerveux. Audrey Dussutour

Un nouveau locataire va faire son entrée au parc zoologique de Paris à partir de ce samedi 19 octobre 2019. Il s'agit d'un organisme unicellulaire jaunâtre, visqueux et spongieux, qui ressemble à un champignon mais qui n'en est pas un en réalité. Le zoo de Vincennes est le premier au monde à accueillir ce curieux spécimen. "Notre mission, c'est aussi de montrer les mystères de la nature", a indiqué Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et du parc zoologique lors de la conférence de presse.

Baptisé le "blob", en référence au film d'horreur où Steve McQueen combat un extraterrestre géant et gluant, le Physarum polycephalum (son nom scientifique) sera placé dans un vivarium, à l'abri de la lumière (il craint la lumière), et les visiteurs pourront regarder des vidéos où il résout des problèmes. Même s'il est dépourvu de cerveau et de système nerveux, il est "intelligent" et est doté d'une mémoire.

Cet organisme, qui n'est ni une plante, un animal ou un champignon, appartient au règne des amibozoaires, qui regroupe toutes les amibes — être vivants unicellulaires eucaryotes. Plus précisément, il fait partie de la classe des myxomycètes, autrement dit des "champignons gluants". Le "blob" est capable de se déplacer — à une vitesse de quatre centimètres par heure —, détecte la nourriture et la digère bien qu'il soit dépourvu d'oeil, de bouche et d'estomac.

Dans un article publié dans le Journal du CNRS, Audrey Dussutour, éthologiste au CNRS et spécialiste du "blob", a précisé qu'"au début de sa vie, il mesure 50 micromètres. Dans de bonnes conditions, sa taille double tous les jours. Des chercheurs se sont même amusés à obtenir un blob de 10 mètres carrés, enregistré au livre des records." 

Voici ce que l'on sait sur cet étrange organisme unicellulaire qui fait son entrée au zoo de Vincennes et surnommé le "blob".

Les scientifiques estiment que le blob a entre 500 millions et un milliard d'années. Son espérance de vie ? 'On ne peut pas savoir, même son âge est difficile à définir précisément', a répondu Audrey Dussutour à Business Insider France. On dit parfois qu'il est quasiment immortel, quand il entre en dormance (pendant plusieurs années parfois) lorsque les conditions sont défavorables (environnement privé d'eau ou pas de nourriture), il régénère au réveil. 

F.-G. GRANDIN/MNHN

En tout cas, il vit plus longtemps en laboratoire qu'en nature. Dans la vraie vie, son but est principalement de se reproduire et non de vivre longtemps. 

Il existe plus de 720 types sexuels chez le blob, contrairement à l'espèce humaine où l'on compte deux types de gamètes, femelles et mâles. 'C'est quelque chose de classique chez les champignons également', a commenté la chercheuse. 

Trois blobs qui ont fusionné sont disposés devant un pont de sel (répulsif) qui les sépare de la nourriture. Audrey Dussutour/CRCA/ CNRS

Le blob se trouve généralement dans les forêts tempérées au Japon, aux Etats-Unis ou encore en Australie. Il est un peu plus rare en France. Il est difficile à le repérer car 'il se cache tout le temps [ndlr : il n'aime pas la lumière], il faut retourner les écorces, fouiller sous les feuilles mortes', a indiqué Audrey Dussutour.

En revanche, son cousin appelé 'fuligo septica' ou 'vomi de chien' ou encore 'fleur de tan' est beaucoup plus répandu. On peut le trouver dans des jardins, et il est moins craintif de la lumière.

Dans la nature, le blob se nourrit de bactéries, de champignons, de levures et d'autres spores. Il engouffre sa nourriture 'en la prenant littéralement dans sa membrane, ce qui n'est pas le cas des champignons et des plantes qui absorbent leur nourriture', a expliqué la chercheuse dans un article du Journal du CNRS.

Un blob mange des flocons d'avoine. F.-G. GRANDIN/MNHN

Dépourvu d'oeil, il détecte la présence de la nourriture à l'aide des récepteurs situés sur sa membrane. "Selon la façon dont les molécules se diffusent dans son environnement, il doit se trouver plus ou moins près de celles-ci pour les détecter : pour les sucres, à peu près 4 centimètres ; pour les flocons d’avoine, dont il raffole, il faut presque qu'il ait le nez dessus", a-t-elle ajouté. 

Il craint la lumière, car il n'aime pas être desséché. Autrement, il n'aime pas les plats acides, le froid, ni les températures trop chaudes. Les périodes idéales pour lui sont mai-juin ou septembre-octobre.

Dan Stark/Unsplash

On pourrait penser que l'apprentissage est restreint aux organismes avec un système nerveux. Mais le blob peut apprendre et beaucoup plus qu'une plante. Il peut en plus transférer ces acquis à ses congénères. Leur méthode ? 'Il avale les choses qu'il doit apprendre', a résumé Audrey Dussutour. 

Le blob, un être unicellulaire qui n'a ni cerveau, ni système nerveux. Audrey Dussutour

"Ça nous a surpris parce qu'il n'a pas de cerveau mais il est capable d'apprendre [...] et si vous fusionnez deux blobs, celui qui a appris transmettra son savoir à l'autre", a ajouté Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et du parc zoologique à l'AFP. 

Les scientifiques vont désormais chercher à savoir si le blob est capable d'apprendre plusieurs choses en même temps et de quelles façons précises ils interagissent entre eux. 

La chose la plus étonnante chez le blob, ce sont ses capacités régénératrices quand il entre en dormance. 'Il passe alors sous forme de sclérote, une structure rigide, très sèche. Il ressemble alors un peu à du lichen. Pendant cette dormance, il se régénère. [...] Il suffit de le réveiller en versant un peu d'eau dessus', a expliqué la chercheuse au journal du CNRS. 

F.-G. GRANDIN/MNHN

Même s'il s'agit d'un organisme unicellulaire, donc très différent de nous, humains, Audrey Dussutour a estimé que les capacités régénératrices du blob pourraient inspirer "des applications en médecine". Dans le passé, on a notamment beaucoup appris en observant le cerveau chez la limace de mer. Des travaux sur "les bases moléculaires de la mémoire à court terme et à long terme" qui ont d'ailleurs valu un Prix Nobel de médecine à Eric Kandel.

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