Un spécialiste de la Nouvelle-Calédonie estime que le voyage d'Emmanuel Macron sur l'île est 'à hauts risques' et pourrait exacerber les tensions

Emmanuel Macron, à son arrive en Nouvelle-Calédonie, le jeudi 3 mai 2018. YouTube/Les Nouvelles Calédoniennes

Emmanuel Macron a débuté ce jeudi 3 mai 2018 un voyage de trois jours en Nouvelle-Calédonie, six mois avant le référendum sur l'indépendance de la collectivité et 30 ans après les violences sur l'île d'Ouvéa qui avaient tué 19 militants indépendantistes et quatre gendarmes.

Ce déplacement très délicat — pendant lequel le chef d'Etat ne prononcera d'ailleurs pas de discours — a été minutieusement préparé en amont, a assuré l'Elysée: "les conditions sont réunies pour que ce déplacement puisse avoir lieu", ajoutant que "ces gestes ont été préparés avec les familles, le président est très respectueux du deuil, de la douleur et de la peine de certaines familles et respecte la réaction de chacune des familles."

Dans un entretien accordé au Monde, l'anthropologue Alban Bensa a déclaré que la venue du président français en Nouvelle-Calédonie lui paraît "totalement incongru" et même "à hauts risques": 

"Je ne comprends pas cette initiative. [...] Là, que va dire le président Macron, qui ne s'est jamais exprimé sur la Nouvelle-Calédonie? Qu'est-ce que sa venue peut apporter, sinon exacerber les tensions, au moment même où on devrait les faire baisser?"

Le spécialiste de la Nouvelle-Calédonie a ajouté: 

"Je suis très inquiet. Je crains qu'il ne se trompe en proposant des analyses à l'emporte-pièce, alors qu'il faut marcher sur des œufs, être particulièrement attentif et aider les Calédoniens à discuter entre eux. Ce voyage est à hauts risques. Il aurait mieux valu qu'il laisse le premier ministre continuer son travail méticuleux de déminage des tensions."

Le mois dernier, le premier ministre Edouard Philippe avait lancé un groupe de travail baptisé "G10", qui réunit les principaux dirigeants des camps indépendantistes et non-indépendantistes de la Nouvelle-Calédonie, en déclarant: "Je suis certain de la nécessité de poursuivre les discussions: le dialogue ne peut pas être rompu, ni même interrompu. Il est essentiel."

A son arrivée sur l'île, le président Emmanuel Macron a rappelé "cette histoire partagée, faite d'ombre et de lumière", tout en évoquant les "moments importants de notre histoire commune, des moments qui ont pu être parfois douloureux" et "des moments dont nous pouvons être fiers comme les 20 ans des accords de Nouméa". 

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