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YouTube aurait conseillé à des modérateurs de 'faire confiance à Dieu' ou de prendre des 'drogues illégales'

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YouTube aurait conseillé à des modérateurs de 'faire confiance à Dieu' ou de prendre des 'drogues illégales'
© Reuters

Une ancienne modératrice de YouTube poursuit l'entreprise en justice pour infraction à la loi californienne. Selon elle, la société n'aurait pas réussi à fournir un lieu de travail sûr pour ses modérateurs, ni à protéger leur santé mentale. Un manquement qui aurait causé à la plaignante "un grave traumatisme psychologique, notamment une dépression et des symptômes associés à l'anxiété et au SSPT (syndrome de stress post-traumatique)". Dans un recours collectif déposé lundi 21 septembre, l'ex-modératrice a affirmé que YouTube, qui appartient à Google, "n'a pas mis en œuvre les normes de sécurité au travail qu'elle a participé à élaborer" et a exigé des modérateurs "qu'ils travaillent dans des conditions dont ils savent qu'elles causent et exacerbent certains traumatismes psychologiques".

Cette ancienne modératrice, qui n'a pas été nommée dans le document, a travaillé comme contractuelle de YouTube via une agence de recrutement appelée Collabera de janvier 2018 à août 2019. Elle cherche à contraindre YouTube à mettre en œuvre des directives de sécurité plus strictes ainsi qu'à créer et à alimenter un fonds destiné à couvrir les frais médicaux nécessaires pour établir un diagnostic et les soigner, elle-même et les autres modérateurs qui pourraient avoir développé des troubles mentaux. YouTube et Collabera n'ont pas répondu aux demandes de commentaires de Business Insider US.

Des milliers de modérateurs de YouTube passent plusieurs heures chaque jour à visionner des centaines de vidéos contenant des contenus choquants tels que des viols, des tortures, des meurtres, des suicides, de la bestialité. Selon le procès verbal, cela représente entre 100 et 300 vidéos par jour avec un taux d'erreur de 5% ou moins.

YouTube n'en fait pas assez pour la santé mentale de ses employés

YouTube a depuis longtemps reconnu les risques pour la santé mentale auxquels il expose les modérateurs — et a même contribué à l'élaboration de meilleures pratiques pour les réduire.

Malgré cela, l'ex-modératrice a déclaré que YouTube : minimisait ces risques pendant la formation et sur le lieu de travail ; exigeait des modérateurs qu'ils travaillent plus longtemps en raison de quotas exigeants, d'un taux de rotation élevé et d'une entreprise "en sous-effectif chronique" ; et essayait de faire taire les modérateurs qui soulevaient des préoccupations par le biais d'accords de non-divulgation.

Dans le procès verbal, elle déclare que l'entreprise explique aux candidats à l'embauche qu'ils "pourraient être obligés de revoir le contenu graphique", mais qu'aucun exemple ne leur est fourni. Elle ajoute, qu'on leur dit qu'ils devront revoir ces contenus quotidiennement, ou que le fait de le faire "peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale".

Elle affirme que YouTube a refusé à plusieurs reprises de mettre en place des fonctionnalités demandées par les modérateurs, qui auraient pu rendre l'examen du contenu moins traumatisant. Dans un cas, dit-elle, YouTube a rejeté une proposition de changement qui n'aurait pris que quelques heures à créer — et a même réprimandé un modérateur pour avoir soulevé à nouveau la question à la suite des violences ethniques massives au Myanmar.

Des 'coachs bien-être' de Youtube incitaient les modérateurs à prendre des drogues illégales ou à 'faire confiance à Dieu'

Sa plainte a également soulevé des problèmes avec les "coachs bien-être" que YouTube a mis en place pour le soutien psychologique, qui n'auraient pas été disponibles du tout pour les modérateurs travaillant le soir. Même ceux qui y avaient accès "n'ont pas reçu de soins médicaux sur place car les 'Wellness Coaches' ne sont pas des médecins et ne peuvent pas diagnostiquer ou traiter les troubles de santé mentale", a-t-elle déclaré, les qualifiant de "sous-qualifiés et sous-formés".

Lorsqu'elle a rencontré un coach en 2018, celui-ci lui aurait recommandé de "prendre des drogues illégales" pour faire face à la situation. Dans un autre cas, son collègue a déclaré qu'un autre coach lui avait conseillé de "faire confiance à Dieu", un conseil qui n'était pas utile.

En même temps, les modérateurs craignaient que leurs conversations avec les coachs bien-être ne soient rapportées à la direction, ils ne pouvaient pas non plus exprimer leurs préoccupations à l'extérieur en raison de l'AND (accord de non-divulgation) de YouTube et des exigences que les agences contractuelles comme Collabera imposent aux modérateurs "de ne pas parler du contenu ou des conditions de travail à quiconque en dehors de leur équipe de révision, y compris les thérapeutes, les psychiatres ou les psychologues", selon sa plainte.

Parce qu'ils perdraient leur couverture santé s'ils démissionnaient, elle a déclaré que les modérateurs étaient confrontés à un dilemme : "démissionner et perdre l'accès à un revenu et à une assurance médicale ou continuer à souffrir en silence pour garder leur emploi".

Ce procès apporte un regard neuf sur la façon dont YouTube traite les modérateurs, qui a fait l'objet d'une grande attention en décembre dernier lorsque The Verge a rapporté de nombreux détails sur les conditions de travail éprouvantes endurées par les modérateurs au Texas.

Un ancien modérateur de Facebook a intenté un procès similaire à l'entreprise en 2018, que la société a réglé en mai en acceptant de payer un total de 52 millions de dollars aux modérateurs actuels et anciens qui ont développé des problèmes de santé mentale au travail. Les agences de recrutement tierces sont également de plus en plus souvent sous le feu des projecteurs. Cognizant, une grande entreprise utilisée par Facebook et d'autres plateformes technologiques, a mis fin à son contrat avec le géant des médias sociaux l'année dernière après avoir fait l'objet d'un reportage sur les conditions de travail par The Verge et le Tampa Bay Times.

Version originale : Tyler Sonnemaker / Business Insider US.

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