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Zalando ouvre une enquête interne suite à des accusations de racisme provenant d'employés de l'entreprise

Zalando ouvre une enquête interne suite à des accusations de racisme provenant d'employés de l'entreprise
Un mannequin défilant lors du salon de la mode "Bread & Butter" de Zalando en 2016. © Getty Images / picture alliance / contributors

Zalando a publié un carré noir sur son compte Instagram, mardi 2 juin, en signe de solidarité avec les manifestations "Black Lives Matter" qui ont eu lieu aux États-Unis après la mort de George Floyd. Cette opération, appelé "Blackout Tuesday", a été amorcé par l'industrie musicale puis s'est rapidement répandu aux internautes comme aux grandes marques. L'idée ? S'abstenir de publier sur les réseaux sociaux ou de diffuser de nouveaux contenus ce jour-là en signe de solidarité et mettre à profit ce temps pour trouver de meilleurs moyens pour lutter contre le racisme. En 2019 déjà, dans le cadre de sa campagne "Free to Be", Zalando avait fait une déclaration publique sur sa culture d'entreprise : "Chez Zalando, nous sommes très inclusif, aussi, la représentation de différents milieux est la clé de notre succès et de notre innovation. Pour nous, la diversité n'est pas seulement unidimensionnelle - c'est aussi une question d'âge, d'origine, de forme corporelle, d'ethnicité et d'identité de genre".

Ainsi, comme beaucoup d'autres grandes marques, Zalando avait l'intention de faire preuve de solidarité en affichant le carré noir sur son compte Instagram, mais ses plans ont rapidement échoué. En effet, plusieurs employés, anciens et actuels, ne soutiennent pas la déclaration de la société concernant sa culture d'entreprise et affirment qu'il s'agit simplement d'un voeu pieux. Fernando Torres, ancien directeur artistique de l'enseigne, a critiqué les déclarations de l'entreprise et l'a publiquement accusée de racisme, affirmant qu'elle s'était contenté de prendre le train en marche.

Business Insider s'est entretenu avec Fernando Torres, ainsi qu'avec plusieurs employés (anciens ou actuels) des mêmes studios Zalando dans lesquelles le directeur artistique travaillait auparavant.

Elle refusait de saluer les employés qui n'étaient pas blancs

Fernando Torres était responsable du département hommes de Zalando après que la société l'a débauché chez son concurrent ASOS, en mai 2018. Il a été chargé de rendre le site web plus international et plus diversifié. Selon lui, Zalando espérait ainsi attirer une partie de la clientèle jeune d'ASOS. Mais lorsqu'il a voulu mener à bien sa mission et booker des mannequins de couleur, il affirme s'être vite heurté à un mur.

La bookeuse ne se plaignait pas seulement du trop grand nombre de mannequins noirs présents sur la boutique en ligne, elle refusait aussi catégoriquement de saluer les employés de Zalando qui n'étaient pas blancs. Un certain nombre d'anciens employés ont déclaré à Business Insider qu'elle choquait régulièrement avec des blagues et des commentaires grossiers et ouvertement racistes envers les personnes non-blanches.

La même bookeuse est toujours employée par Zalando. Elle est responsable de la sélection des modèles, selon Fernando Torres. Plusieurs employés avec lesquels Business Insider s'est entretenu ont appuyé ses déclarations.

Mais les rapports de racisme n'étaient pas exclusifs à cette personne. L'ancien directeur artistique raconte que la direction du studio et le service des achats chez Zalando faisaient également partie du problème. Des allégations qui ont également été confirmées par d'autres anciens employés du site.

Fernando Torres devait se justifier pour engager des mannequins noirs

Fernando Torres explique avoir essayé, avec d'autres collègues, de recruter des mannequins de couleur aussi discrètement que possible. Il ajoute que la réservation de modèles était clairement devenue un problème dans son travail puisqu'il était sous pression et devait se justifier à chaque fois qu'il essayait d'engager des mannequins qui n'étaient pas blancs. Il a par exemple dû justifier sa décision d'engager ces mannequins en arguant que les vêtements se vendaient manifestement mieux avec eux.

Fernando Torres a notamment déclaré qu'il n'avait jamais ressenti de pression pour justifier la présence de mannequins blancs. Il a quitté Zalando en novembre 2018 et continue à travailler dans l'industrie de la mode.

'Le mannequin noir a l'air cool, mais il ressemble a quelqu'un qui pourrait racketter dans la rue'

Apparemment, les pressions venaient non seulement de la direction du studio, mais aussi du service des achats de Zalando. Business Insider s'est entretenu avec l'ancienne responsable de la ligne premium du site, en Allemagne. Elle a déclaré avoir déjà entendu des commentaires provenant du service des achats, tels que "Le mannequin noir a l'air cool, mais on pourrait croire qu'il serait prêt à vous racketter dans la rue."

L'ancienne patronne de la ligne premium du site n'est pas allemande (ni européenne). De fait, lorsqu'elle a exprimé sa consternation à des collègues qui ne sont pas non plus allemands, ils lui ont simplement répondu : "C'est l'Allemagne. C'est comme ça qu'ils sont ici".

Zalando a rapidement envoyé un message privé à son ancien directeur artistique

Après que Fernando Torres a publiquement partagé son expérience de travail chez Zalando, la marque s'est empressée de réagir. L'entreprise lui a envoyé un message par l'intermédiaire d'Instagram, lui disant que Zalando regrettait ce qu'il avait vécu. L'entreprise voulait également savoir dans quel service il avait travaillé, afin qu'ils puissent le mettre en contact avec la bonne personne s'il voulait discuter. Peu satisfait de leur réponse, Fernando Torres l'a critiquée dans un autre poste public sur Instagram. Si les incidents racistes en eux-mêmes sont un énorme problème, Fernando Torres a souligné que c'était particulièrement inquiétant qu'ils se soient produits chez le plus grand site de e-commerce de mode d'Europe. La boutique en ligne Zalando est disponible dans 17 pays et reçoit 380 millions de visites par an.

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Hi @zalando thanks for responding however your reply assures me that Zalando as a company does not get the issue at hand. When there were only 4 POC people in a department of hundreds of employee there is a problem! When one of the directors makes it clear to you that her idea of  contemporary fashion does not include ethnic models or when she tells you that she doesn’t think streetwear is fashion it’s a problem.  When you’re the biggest fashion e-tailer in Europe it’s a MAJOR  problem. When a  friend informs you that just a few months ago they were told to make a black model look less black for a Zalando campaign you have a MAJOR MAJOR problem. This is not about the right person to contact. I contacted all the right people whilst being employed by you but never got a response

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Cette fois-ci, Zalando a publiquement commenté son post Instagram, admettant que les abus décrits par Fernando Torres étaient inacceptables, que la société prenait ces allégations au sérieux et qu'elle lancerait une enquête interne.

Interrogé par Business Insider concernant ces allégations, voici la réponse de Zalando :

"Le racisme n'a pas sa place chez Zalando. Nous sommes une entreprise européenne dans laquelle des personnes de plus de 130 nations et d'origines différentes - qu'il s'agisse du genre, de l'ethnicité ou de l'orientation sexuelle - travaillent ensemble. La diversité et l'inclusion sont fermement ancrées dans la culture d'entreprise de Zalando. Nous voulons créer un environnement dans lequel toutes les personnes se sentent appréciées, écoutées et valorisées de la même manière. Ceci est fermement ancré dans notre code éthique, qui est valable pour tous les employés. La discrimination ne sera pas tolérée chez Zalando. Notre bureau anti-discrimination et notre équipe de compliance sont à votre disposition pour des discussions et des conseils en toute confidentialité. Ces équipes enquêtent immédiatement sur les cas signalés et prennent les mesures appropriées. Pour les signalements anonymes, nous proposons également un outil de signalement sécurisé".

L'enquête interne ayant suivit les déclarations de Fernando Torres suit son cours. La société a également invité son ancien directeur artistique à les "contacter pour obtenir des précisions sur les faits".

Version originale : Philip Kaleta et Ruqayyah Moynihan pour Business Insider Allemagne. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

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