Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Zara, H&M, Adidas... Des associations dénoncent la complicité des marques dans la répression des Ouïghours


Un manifestant affiche sa solidarité avec les musulmans ouïgours de Chine lors d'un rassemblement à Hong Kong en décembre 2019. © AP

Des dizaines de grandes marques mondiales sont accusées de complicité dans la répression de masse de la minorité musulmane ouïghoure en Chine. En effet, ces marques s'approvisionnent en matières premières de coton auprès d'usines qui utilisent le travail forcé de la population. Dans une lettre, publiée ce jeudi 23 juillet, une coalition de 180 groupes de défense des droits humains a déclaré qu'environ un vêtement en coton sur cinq vendu dans le monde contient du coton ou du fil provenant du Xinjiang, où vivent majoritairement les Ouïghours. "Il est pratiquement certain que beaucoup de ces marchandises sont entachées par le travail forcé", dénonce-t-ils dans la lettre. Selon The Guardian, la Chine est le plus grand fournisseur de textiles en coton au monde, et 84% de la production de coton du pays provient du Xinjiang.

Les activistes ont nommé 38 entreprises qui, selon eux, sur la base d'enquêtes et de reportages crédibles, commercialisent des produits liés au travail forcé des musulmans ouïghours ou turcs. Parmi elles figurent Abercrombie & Fitch, Adidas, Amazon, Calvin Klein, Gap, H&M, Marks & Spencer, Nike, Patagonia, Tommy Hilfiger, Victoria's Secret et Zara. La liste complète peut être consultée ici. "Pratiquement toute l'industrie de l'habillement est entachée par le travail forcé des musulmans ouïghours et turcs", ont déclaré ces organisations. Ces dernières années, le gouvernement chinois a rassemblé au moins un million de Ouïghours, turcs et autres musulmans, et les a placés dans des camps de détention semblables à des prisons. Certains ont également été envoyés dans des usines, où ils sont contraints de travailler pour un salaire faible, voire sans rémunération.

Les groupes de défense des droits humains affirment qu'il s'agit du "plus grand internement d'une minorité ethnique et religieuse depuis la Seconde Guerre mondiale". "La seule façon pour les marques de s'assurer qu'elles ne tirent pas profit de cette exploitation est de quitter la région et de mettre fin aux relations qu'elles entretiennent avec les fournisseurs qui soutiennent ce système mis en place par le gouvernement chinois", a déclaré Jasmine O'Connor OBE, PDG d'Anti-Slavery International, l'une des signataires de la lettre.

De nombreuses marques affirment désormais suivent la question de près

L'entrée de la "base de formation à l'emploi dans l'habillement de Hotan City" au Xinjiang, photographiée en décembre 2018.  Ng Han Guan/AP

Plusieurs grandes marques, qui ont été cité dans la lettre, ont répondu aux accusations des associations. Nike a affirmé que l'entreprise "faisait preuve d'une vigilance constante auprès de ses fournisseurs en Chine pour identifier et évaluer les risques potentiels liés à l'emploi de Ouïghours ou d'autres minorités ethniques", selon la BBC.

Dans une déclaration, rapportée par The Guardian, PVH Corporation, propriétaire de Calvin Klein et Tommy Hilfiger, a nié s'approvisionner en produits fabriqués au Xinjiang. PVH a ajouté qu'il mettrait fin à tous les liens commerciaux avec les usines et les moulins, et qu'il n'utiliserait plus le coton cultivé, dans le Xinjiang, au cours de l'année prochaine.

Ikea a affirmé à The Independent qu'il cesserait de s'approvisionner en coton du Xinjiang.

H&M a expliqué au Guardian avoir conclu un partenariat indirect avec un producteur de fil opérant dans le Xinjiang, et que l'entreprise est en train de revoir son travail avec lui.

Egalement interrogé par le Guardian, Adidas a affirmé ne pas s'approvisionner au Xinjiang et avoir demandé à ses fournisseurs de ne pas le faire.

Badger Sport, l'une des entreprises citées dans la lettre des militants, avait annoncé en janvier dernier qu'elle avait coupé ses liens avec un fournisseur qui aurait utilisé de la main-d'œuvre ouïghoure. Business Insider US a contacté Badger Sport pour obtenir des commentaires sur ses liens avec le Xinjiang.

Business Insider US a également contacté Gap pour obtenir ses commentaires.

Deux manifestants portant des masques avec le drapeau du Turkestan oriental, le berceau des Ouïghours, avec un drapeau du Parti communiste chinois en forme de main sur la bouche.  REUTERS/Lucy Nicholson

En début de semaine, le New York Times a rapporté que la Chine utilisait de la main-d'œuvre ouïghoure réduite au travail forcé pour fabriquer des équipements de protection individuelle (EPI) exportés vers les États-Unis et d'autres pays.

Dimanche, l'ambassadeur de Chine au Royaume-Uni a été confronté à des images accablantes de drones semblant montrer des Ouïghours les yeux bandés, attachés et prêts à être chargés dans des trains.

L'ambassadeur Liu Xiaoming n'a pas nié la véracité de ces images, qui ont été diffusées pour la première fois l'année dernière, mais a insisté auprès de CNN, sur le fait qu'elles ne pouvaient montrer qu'un "transfert de prisonniers" régulier dans le pays.

Version originale : Julian Kossoff / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

A lire aussi — La Chine invite le footballeur Mesut Özil à venir au Xinjiang pour voir par lui-même les camps de détention des Ouïghours

Découvrir plus d'articles sur :