Projet Natick de Microsoft avant la mise à l'eau à Stromness sur l'île d'Orkney en Scotland le 27 mai 2018. Naval Group/Red Box Pictures/Scott Eklund

Microsoft vient d’immerger un data center au nord de l'Ecosse, dans le cadre d'un projet expérimental visant à offrir des services Internet plus rapidement aux villes côtières en utilisant des énergies renouvelables. Et c'est le fruit d’une collaboration inédite avec un fleuron de l'industrie française navale de défense: Naval Group.

Comme toujours avec Microsoft, le projet porte le nom d'une ville américaine: Natick située dans le Massachussetts. 

A l'été 2015, la phase un du projet Natick avait permis la mise à l'eau d'un premier data center près des côtes californiennes à une trentaine de mètres de profondeur. L'expérience avait duré 105 jours et s'était avérée très prometteuse puisque Microsoft avait alors décidé d'enclencher une phase deux avec un data center plus gros et plus puissant. 

Naval Group choisi parmi 18 concurrents

C'est là que Naval Group, fleuron de l'industrie française navale de défense, entre en scène. 

Projet Natick. Microsoft/Naval Group

"C'était en mars 2016", se souvient Béatrice Nicolas-Meunier, la directrice du projet Natick pour Naval Group qui a accepté de nous raconter les coulisses de l'opération.

"Nous étions en contact avec Microsoft France pour utiliser leurs solutions de cloud. C'est à ce moment-là que nous avons entendu parler du projet Natick. Le projet nous a vivement intéressé et nous avons décidé de prendre part à la compétition internationale lancée par Microsoft".

Au total, 18 concurrents étaient sur les rangs à travers le monde, mais c'est Naval Group qui a obtenu le contrat. 

"Nous étions les seuls à avoir la double valeur ajoutée de sous-marinier et d'innovateur dans les énergies marines et nous avions la capacité de traiter le projet de bout en bout, de la conception jusqu'à la fabrication, en passant par le déploiement et le suivi", explique Béatrice Nicolas-Meunier.

"Naval Group est également une très belle carte de visite, avec un rayonnement international et bien sûr, ça a joué en notre faveur", ajoute-t-elle.   

Microsoft/Naval Group

Le projet a duré 18 mois

Le projet a débuté en décembre 2016. Pendant 18 mois, près de 75 collaborateurs de Naval Group et de sa filiale Naval Energie (spécialiste de l'énergie marine) et plusieurs sous-traitants ont travaillé sur le projet via les différents sites français du groupe, en croisant les compétences et les outils industriels.

Le socle du data center a été conçu à Lorient, l'enveloppe étanche à Brest, les tests de pression ont été réalisés à Cherbourg et des ingénieurs des sites de Nantes et d'Ollioules ont travaillé sur la résistance dans la durée des équipements.

Microsoft/Naval Group

Microsoft/Naval Group

Après l'assemblage sur la base navale de Brest, l'ensemble a été transporté en Ecosse, dans l'archipel des Orcades. Un site choisi par Naval Group qui a l'habitude de l'utiliser pour tester ses turbines sous-marines. Immenses barges, grandes grues, connexions électriques et connexions de data... les opérations marines s'avèrent assez proches pour mettre à l'eau une turbine ou un data center.

Le data center sous-marin du projet Natick est conçu pour durer cinq ans, mais pour l'heure le contrat prévoit un suivi pendant un an. Naval Group est responsable des infrastructures, de l'alimentation en électricité, des automates de fonctionnements et de la connectique pour le passage des données. Microsoft quand à lui gère le fonctionnement opérationnel classique de l'alimentation des serveurs en données clients.

Pour la suite, la balle est dans le camp de Microsoft

Mise à l'eau du projet Natick de Microsoft au large des côtes de l'île d'Orkney en Ecosse, vendredi 1er juin 2018. Naval Group/Red Box Pictures/Scott Eklund

"On a travaillé main dans la main avec Microsoft avec une forte présence commune sur tous les sites concernés", relève la directrice du projet pour Naval Group.

"Ce qui fait la force de ce projet c'est le fait que nos équipes ont travaillé ensemble et parfois se challengeaient mutuellement sur des coeurs de métiers qui n'étaient pas les leurs. Nous avons beaucoup appris sur les data centers et eux, ont pu comprendre ce que c'est de mariniser une activité". 

Béatrice Nicolas-Meunier, directrice du projet Natick. Naval Group

L'intérêt des data centers sous-marins, c'est de refroidir facilement au contact de l'eau froide, alors que les data centers traditionnels ont besoin de circuits de refroidissement très poussés, qui représentent 40% de leur facture énergétique. Selon des estimations, le volume des données produites dans le monde doublant tous les quatre ans, il devient primordial pour les exploitants de data centers de pouvoir en maîtriser les coûts énergétiques.

"C'est un projet extrêmement intéressant qui permet de combiner un savoir faire mature de notre industrie avec une autre industrie complètement étrangère à notre cœr de métier pour sortir une innovation assez exceptionnelle, première du genre", se félicite Béatrice Nicolas-Meunier. 

La collaboration a été exceptionnelle entre nos deux sociétés. Maintenant c'est à Microsoft de décider si on poursuit et sous quelle forme", conclut-elle.

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