L'actrice Salma Hayek avec son mari, Francois-Henri Pinault, PDG de Kering et fils de François Pinault, pour la première de "Mother" à Londres, le 6 septembre 2017. REUTERS/Peter Nicholls

François Pinault et sa famille ont décidé de miser sur des pépites de la FrenchTech pour diversifier leurs investissements, créer des champions mondiaux et espérer de bons rendements à terme.

C'est le fonds dédié Red River West, créé par la holding familiale Artémis, et déjà doté de 100 millions d'euros, qui va s'en occuper.

Il vient de réaliser sa première prise de participation dans la startup Le Collectionist, site de location de propriétés de luxe avec services.

"Il y a trois ans, nous étions sollicités sur des levées de 500.000 euros. Aujourd’hui, on nous demande de participer à des tours de 5 à 20 millions d’euros (...) Le sujet pour Artémis a donc été de se demander d'où venaient les licornes et pour quelles raisons, explique Alban Greget, directeur des investissements du Groupe Artémis. Il apparaît qu'elles sont originaires des Etats-Unis, de Chine et marginalement d'Europe où la France arrive même derrière la Suède et l'Allemagne. On a détecté qu'il il y avait là un problème."

Artémis a décidé d'engager 50 millions d'euros dans Red River West. Pour compléter ce premier tour, les Pinault ont réuni autour d'eux d'autres familles d'entrepreneurs: Bouygues, Coisne et Lambert (Sonepar, Colam Entreprendre) et Vogel (Enablon), mais aussi le DG de Sony et président de Snap Michael Lynton et le Canadien Guy Lalibert, fondateur du Cirque du Soleil.

D'ici juin 2018, Red River West va faire appel à des institutionnels — banques, assurances, gestionnaires d'actifs — pour clore le fonds à hauteur de 250 millions d'euros. 

Avec ce niveau de liquidités disponibles, Red River West rivalise en Europe avec des fonds spécialisés dans la tech comme Alven ou Iris Capital. Il peut prétendre soutenir des startups aux besoins de croissance, couverts jusque-là en France par quelques acteurs comme Partech, IdInvest, Cathay et Bpifrance, capables de mettre des tickets supérieurs à 10 millions d'euros mais qui ne peuvent plus les accompagner quand elles atteignent des valorisations proches du milliard d'euros.

Le risque ? Que l’écosystème français n'en bénéficie pas. Cela a été le cas pour Criteo et BlaBlaCar, financés quasi-exclusivement par des fonds étrangers lors de leur hypercroissance.

"On a posé deux constats à ce problème de licornes: premièrement, quand vous levez 3,5 millions d'euros en France, c’est plutôt 7,5 millions au Royaume-Uni car il y a davantage de fonds disponibles pour du growth. Deuxièmement, les startups françaises ont le réflexe de commencer leur développement international par leurs voisins. Ça reste des petits marchés sans compter qu'il faut tout recommencer à chaque fois. Or, à côté de ça, les Etats-Unis offrent une échelle bien plus importante et un rayonnement international. Nous voulons accompagner nos startups là-bas pour en faire des champions mondiaux", poursuit Alban Greget.

Bolt Usain

Usain Bolt, égérie de la marque Puma détenue par la famille Pinault. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Avec un horizon de sortie à 10 ans, l'ambition est d'accompagner la croissance de dix startups — majoritairement françaises. Artémis va mettre son réseau de contacts à disposition (avocat, banque, startups) avec une équipe américaine pilotée par le Français Alfred Vericel, co-fondateur de Purch. Les produits ou services des startups choisies devront déjà avoir réalisé du chiffre d'affaires en France ou en Europe, avec l’ambition de pousser leur développement commercial aux Etats-Unis. 

Au rythme de deux à trois investissements par an, Red River West imagine faire émerger les prochains Criteo, BlaBlaCar, OVH ou Vente-Privée, ces entreprises françaises dont la valorisation dépasse le milliard d'euros.

Retrouver Artémis dans la tech et le capital-investissement peut étonner. La holding a déjà des participations très diversifiées dans des industries plus classiques — dans le luxe (Boucheron, Gucci, Christie's...), le transport (Le Ponant), les médias (Le Point), le vin, l'art, le sport (Puma, Stade Rennais) et l'immobilier. Mais si les Pinault développent leurs moyens financiers dans le private-equity, c'est aussi que ce mode de financement a la cote. Fonds d'investissement professionnels, grandes entreprises, familles, tous s'y pressent.

Car même si la négociation du prix par rapport au risque est parfois serrée, les prévisions sont bonnes. "L’espérance de rendement dépasse celle des marchés traditionnels", indique même un gestionnaire de 13 milliards d'euros d'actifs, dans le journal suisse Le Temps.

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