Fabian Jeker lors du Tour de France 1993. Wikimedia commons/Eric HOUDAS

  • L'enseigne de bricolage Castorama est engagée dans un ambitieux plan de transformation mais a des difficultés à le mettre en œuvre.
  • Dans un mail interne, la direction annonce le gel des dépenses et des embauches.
  • Les syndicats dénoncent un rythme de transformation trop rapide et un amateurisme de la direction.

La métamorphose de Castorama s'enlise. Depuis 2016, l'enseigne de bricolage est engagée dans un vaste plan de transformation à travers le "plan One Kingfisher", du nom de sa maison-mère. 

L'ambition d'ici à 2021 est d'augmenter de 500 millions de livres le bénéfice annuel du groupe via la mutualisation des achats des quatre enseignes du groupe Castorama et Brico Dépôt, mais aussi Screwfix et B&Q (deux marques britanniques) et en proposant plus de produits de marques de distributeurs. Le plan prévoit également une accélération de la transition digitale et une amélioration de l'efficacité opérationnelle.  

Mais tout ne semble pas se passer comme prévu. Fin juin, de nouvelles consignes ont été envoyées aux directeurs de magasins. Dans un mail, révélé par le magazine Challenges, que nous avons pu consulter, il est fait état de "difficultés de chiffre d'affaires, de marge et de résultat". Le direction met en avant "le démarrage très difficile de la saison" qui "n'a pas encore permis de redresser la barre". Conséquence "afin de préserver notre résultat sur les 3 prochains mois nous allons devoir prendre des mesures d'économies visant à adapter nos frais à notre niveau d'activité", lit-on dans le mail.

Gel des dépenses et des embauches

Copie du mail annonçant le gel des dépenses et des embauches à Castorama.

Trois mesures sont listées: le report des dépenses non encore engagées et non indispensables, le report des recrutements non encore engagés et le non remplacement des absences.

"A force de courir tous les lièvres à la fois, on n'en attrape aucun", dénonce Jean Paul Gauthier, délégué syndical central de Force Ouvrière à Castorama, qui met en cause "un plan de transformation trop hâtif".

"L'entreprise n'était pas dimensionnée pour absorber si vite autant de transformations. La direction a voulu tout changer en même temps, or c'est compliqué pour les salariés d'apprendre à maîtriser toutes les nouvelles procédures d'un coup et là nous sommes victimes d'une conjonction de dysfonctionnements. La migration vers le nouveau système informatique d'approvisionnement unique occasionne de nombreux bugs. Certains collaborateurs en reviennent même à faire des tableaux Excel en parallèle, ce qui représente une grosse perte de temps. Par ailleurs, comme les commandes sont désormais centralisées, il est moins facile de gérer les stocks et on a beaucoup de ruptures." 

Un changement de positionnement

L'offre de produits est également problématique. "La direction a voulu opter pour une stratégie 'Decathlon' en développant une marque de distributeur et en diminuant la place des grandes marques. Pourquoi pas? Mais quand on ne vend plus de piles Duracell et que les clients en veulent, on perd du chiffre d'affaires. On en perd d'autant plus que l'atout principal des MDD c'est leur prix attractif, donc il faut en vendre beaucoup plus", note Jean-Paul Gathier. 

"Les clients ont tendance à assimiler prix bas et mauvaise qualité", constate Jean-Michel Fruit, délégué syndical central de la CFTC Castorama.

"La transition s'est faite trop rapidement, les clients n'ont pas eu le temps de s'adapter à notre offre. Ils veulent du choix, or avec une gamme réduite, nos ventes sont plus compliquées. Certains de nos nouveaux fournisseurs sont également sous-dimensionnés ce qui fait que nous sommes souvent en rupture sur des produits très demandés."

Ça coince également du côté des ressources humaines. Le plan de sauvegarde de l'emploi annoncé l'hiver dernier, prévoyant la suppression de 321 postes et le transfert de 125 autres, va s'étaler jusqu'à mi-juin 2020. Or certains salariés concernés, notamment des comptables, ont pris les devants et quitté le groupe. "Ils ont été remplacés par des intérimaires, pas formés, qui peinent à faire le travail, ce qui entraîne des retards dans le paiement des fournisseurs", explique Jean-Paul Gathier. 

Mais le malaise est bien plus large. Une enquête menée par le CHSCT auprès de 3262 salariés et publiée le 9 juillet dernier, révèle que 23,8% des collaborateurs envisagent de quitter l'entreprise d'ici un an et seuls 44% ont confiance "en la réussite du projet pour améliorer la compétitivité de l'entreprise". 

Salariés conseillant des clients au Castorama de l'Union. Facebook/Castorama L'Union

"Nous vivons un changement de culture dans l'entreprise", reprend Jean-Paul Gathier. "Les salariés ont du mal à adhérer aux nouvelles valeurs insufflées par la direction. Les équipes sont épuisées, elles ne voient pas le bout du tunnel. Le turnover du personnel est en hausse et on a des difficultés de recrutement pour certains postes, même les personnes dont le poste est supprimé dans le cadre du PSE ne sont pas candidates." 

Des équipes fatiguées

Résultats: 46% des personnes interrogées par le CHSCT se sentent démotivées dans leur travail.

"De nombreux salariés, cadres ou chefs de service ont démissionné", confirme Jean-Michel Fruit. Beaucoup ont l'impression de ne plus rien maîtriser, vu que tout est désormais centralisé par le siège". 

Face à tout cela, les syndicats soulignent un "amateurisme de la direction". Sollicitée par Business Insider, celle-ci indique ne pas faire de commentaires et renvoie au 16 août prochain, date de publication des résultats trimestriels de Kingfisher.

Néanmoins,"le retail doit se réinventer, ceux qui ne le font pas mourront", assurait Véronique Laury, directrice générale du groupe, dans un entretien début juin au magazine Challenges.

Cet article a été mis à jour le 13 juillet. Une précédente version laissait entendre que 76,2% des salariés avaient l'intention de quitter l'entreprise dans l'année, or les chiffres ont été inversés, en réalité 23,8% l'envisagent. Business Insider regrette cette erreur.

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