AP/Andrew Harnik

  • Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a été auditionné par le Sénat américain lors d'une exténuante session de cinq heures mardi.
  • La présentation de Zuckerberg était rigide et ne s'est guère éloignée des éléments de langage de l'entreprise — mais ne comportait pas d'erreurs majeures.
  • De nombreux sénateurs étaient analphabètes en matière de technologie, et le patron de 33 ans s'est retrouvé à expliquer les caractéristiques de base de Facebook.
  • Ses réponses à certaines questions plus difficiles étaient moins satisfaisantes, mais il n'a jamais été bousculé autant qu'il aurait pu l'être. 

Mark Zuckerberg n'a pas vraiment commis d'impair. Du moins cette fois-ci.

Mardi, le PDG de Facebook a témoigné devant un rare comité mixte du Sénat américain. Le sujet: les scandales grandissants de Facebook, du détournement de 87 millions de données de profil d'utilisateurs par Cambridge Analytica à l'utilisation de la plateforme par la Russie pour diffuser de la propagande et de la désinformation [pendant la campagne présidentielle américaine de 2016, ndT].

Les enjeux étaient élevés, et un faux pas important avait le potentiel d'être diffusé ad nauseam sur les chaînes d'info continue, et de décider de l'image publique de Zuckerberg — et de Facebook — pour les prochaines années. (Rappelez-vous quand, dans un entretien notoire de 2010 sur scène, le dirigeant est devenu si agité et transpirant qu'il a dû enlever son pull à capuche).

Le PDG de 33 ans n'est pas un orateur naturel, et il s'en est tenu aux points de discussion avec une présentation un peu robotisée. Il a insisté sur la nouvelle approche de Facebook sur ses vastes responsabilités, tandis que ses fréquentes références à la création de Facebook dans sa chambre de dortoir ont même attiré les blagues de certains sénateurs.

Mais il a réussi à rester sur le message tout au long de l'audience de cinq heures. Facebook est très désolé, il a fait une "grosse erreur", il fait des changements importants de façon proactive pour éviter que cela ne se reproduise, et ainsi de suite. Ses remarques font écho à ce que lui et d'autres dirigeants ont répété dans de nombreux blogs et interviews au cours de la dernière semaine — et montrent comment Facebook a réussi à anticiper largement les questions des législateurs.

Les tentatives de sénateurs républicains de renom comme Ted Cruz pour mettre en évidence la partialité de gauche perçue au sein de l'entreprise n'ont pas réussi à susciter une réaction préjudiciable de la part de Zuckerberg. Et l'analphabétisme technologique de nombreux sénateurs était douloureux à regarder, Zuckerberg devant expliquer à plusieurs reprises les concepts de base et les caractéristiques de Facebook: Zuckerberg a expliqué que Facebook ne vend pas les données des utilisateurs au moins trois fois.

Lorsqu'il s'agissait de questions plus difficiles de la part de sénateurs plus experts en technologie — qui posaient des questions sur la confiance, les violations potentielles d'un ordre de la FTC et les conversations au sein de l'entreprise — les réponses de Zuckerberg étaient moins satisfaisantes. Mais avec seulement cinq minutes par sénateur, il n'a jamais été poussé aussi loin dans ses retranchements qu'il aurait pu l'être.

Le dirigeant n'est pas encore tout à fait sorti d'affaires. Mercredi, il comparaîtra de nouveau devant le Congrès, cette fois devant un comité de la Chambre des représentants. Cette audience pourrait facilement durer aussi longtemps que celle de mardi, voire plus.

Voici ce qu'il faut retenir de l'audience de mardi au Sénat:

  • Les employés de Facebook ont été interrogés par le bureau de l'avocat spécial. Mark Zuckerberg a révélé que des employés non spécifiés de son entreprise ont été interrogés dans le cadre de l'enquête de Robert Mueller sur l'ingérence russe dans les élections présidentielles américaines de 2016. (Zuckerberg lui-même n'a pas été interviewé.)
  • Facebook a été accusé d'avoir violé une ordonnance de la FTC de 2011, ce que Zuckerberg a nié. L'ordonnance stipulait comment Facebook doit protéger les données des utilisateurs et obtenir leur consentement avant qu'elles ne soient partagées, et les sénateurs ont suggéré que le scandale de Cambridge Analytica signifie que Facebook a échoué dans ce domaine. Défense (insatisfaisante) de Zuckerberg: les utilisateurs étaient censés y consentir techniquement, même si les systèmes que Facebook avait construits étaient clairement défectueux. "Nous avons expliqué aux gens comment cela fonctionnait et ils y ont consenti", a-t-il dit.
  • Facebook a envisagé d'offrir aux utilisateurs une option d'abonnement sans publicité. "En général, nous croyons que le modèle publicitaire est le bon pour nous ", a déclaré Zuckerberg. "Nous envisageons certainement des idées comme ça....[il est] raisonnable d'y réfléchir." Cependant, il dit qu'il y aura toujours une "version" de Facebook qui est gratuite.
  • Zuckerberg a admis que la plupart des utilisateurs ne lisent pas les CGU du réseau social avant de s'inscrire. Le colossal document juridique que les nouveaux utilisateurs sont censés accepter a été évoqué à plusieurs reprises tout au long de l'audience. "J'imagine que la plupart des gens ne lisent pas tout, mais tout le monde a la possibilité de le faire et y consent", a-t-il dit.
  • Facebook n'a pas de "connaissances spécifiques" sur le fait que la Russie ou la Chine aspirent des données pour construire des profils sur les utilisateurs. Zuckerberg a déclaré que Facebook enquête toujours sur le scandale de Cambridge Analytica et qui d'autre avait recueilli des données sur les utilisateurs, mais "ne pense pas qu'à date, nous avons une connaissance spécifique des autres efforts déployés par ces États nations."
  • Zuckerberg a été interrogé sur les préjugés politiques perçus sur Facebook. Le sénateur républicain Ted Cruz a décrit ce qu'il a qualifié de "modèle omniprésent de partialité et de censure politique" — de la fermeture des pages de droite à la suppression présumée d'articles conservateurs — et a bombardé le PDG de multiples questions orientées. Mais le patron a bien géré cet échange et tenu ses positions. 
  • Zuckerberg a refusé de dire dans quel hôtel il logeait. Dans un échange maladroit, le sénateur démocrate Dick Durbin a demandé au PDG dans quel hôtel il résidait, à quoi Zuckerberg n'a pas voulu réponde. "Je pense que c'est peut-être de ce dont il s'agit ici", a dit Durbin à Zuckerberg. "Votre droit à une vie privée, les limites de votre droit à une vie privée, et combien vous êtes prêts à livrer dans l'Amérique d'aujourd'hui." 

Version originale: Rob Price/Business Insider

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