Men pull a truck weighting 17 tons during the international tournament "NORTEC STRONGMAN CUP 2018" on the outskirts of Minsk, Belarus, June 8, 2018. REUTERS/Vasily Fedosenko

Le conglomérat public China Merchants Group veut lever 15 milliards de dollars (13 milliards d'euros) afin d'investir dans des entreprises technologiques à travers le monde, et c'est tout l'écosystème de la tech en Europe qui pourrait en payer le prix.

China Merchants Group, spécialisé dans les infrastructures portuaires et le transport martime, et son homologue SPF Group, vont lancer ce véhicule d'investissement baptisé China New Era Technology Fund en s'associant avec la société d'investissement londonienne Centricus.

Les trois partenaires s'inspirent du japonais Softbank et de son fonds Vision Fund doté de 100 milliards de dollars, dédié aux nouvelles technologies, et monté avec l'Arabie Saoudite.

Il n'est pas précisé dans quels secteurs ils investiront en priorité.

Le marché des investissements technologiques est en train de se transformer sous l'impulsion des fonds de capital-investissement et des fonds souverains, qui s'associent pour acquérir certains actifs.

Dalinc Ariburnu, cofondateur de Centricus, qui a conseillé Softbank pour son fonds, estime auprès de Reuters que la taille est de plus en plus importante.

"La révolution technologique se déroule beaucoup plus vite que prévu et cela engendre une grande course aux investissements dans ce domaine. Nous en sommes à un stade où la taille des fonds disponibles et la capacité à accéder aux grands marchés changeront la donne", ajoute-t-il.

"C'est aussi la fin du monopole des américains sur les grandes opérations internationales", pense aussi Philippe Collombel, managing partner du fonds franco-américain Partech, qui compte 1,2 milliard d'euros d'actifs sous gestion, dans des entreprises comme Sigfox, Alan, Lendix, Mano Mano, Made.

Mais ce mouvement fait peser tout de même deux risques majeurs, selon Philippe Collombel, interrogé par Business Insider France:

  • le contrôle de la tech européenne. "C'est très inquiétant pour l'écosystème européen. On pourrait se féliciter de cette arrivée d'argent s'il n'y avait pas a un enjeu de préemption technologique dans des secteurs entiers, comme dans l'intelligence artificielle."
  • le problème de financement de startups. "Ils sont capables de mettre plusieurs centaines de millions d'euros en early stage: c'est 30 à 40 fois le montant des tickets habituels. Dès lors, ça va être difficile de se financer. Les first mover advantage (startups qui arrivent les premières sur un marché, ndlr) vont en tirer profit, les valorisations risque de grimper mais pour les autres acteurs, ça va être compliqué. Et ça ne va pas inciter les groupes à racheter des startups autant financées."

Softbank a multiplié les prises de participations remarquées depuis la création en 2017 de son fonds soutenu par l'Arabie Saoudite. La société a ainsi investi 500 millions de dollars en early stage dans Improbable, une startup britannique de réalité virtuelle. Le Japonais est aussi entré au capital d'Uber à hauteur de 15% pour 1,25 milliards de dollars alors qu'il détient déjà une part de son rival chinois, Didi. Mais Softbank a aussi pris part à des opérations dans WeWork ou dans une entreprise de satellites avec Airbus.

A côté de ce fonds privé, on peut citer l'activité connue de multiples fonds souverains comme celui du royaume saoudien — Public Investment Fund Of Saudi Arabia,  l'un des plus importants au monde avec 160 milliards d'actifs sous gestion en 2016.

La Norvège et le Qatar trustent aussi depuis plusieurs années les premières places pour le nombre d'investissements dans des entreprises de la tech.

Le niveau d'engagement de la banque publique d'investissement française — Bpifrance — reste modéré à côté des sommes engagées par ses homologues. CIC, qon équivalent en Chine, dispose de 800 milliards pour investir par an dans des startups. Malgré des plus petits tickets —  4 milliards d'euros investis en capital en 2017, 25 milliards d'actifs sous gestion — bpifrance peut se consoler en se disant qu'elle reste très dynamique: elle est devenue il y a deux ans le premier fonds souverain au monde en nombre d'opérations effectuées depuis 2010.

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