Mark Zuckerberg, patron de Facebook. REUTERS/Stephen Lam

  • Facebook a déclaré ce mercredi 4 avril 2018 que les données personnelles d'environ 87 millions d'utilisateurs — et non plus 50 millions comme il l'avait dit précédemment — auraient été récupérées de manière détournée par Cambridge Analytica. 
  • Depuis mi-mars, le scandale de Cambridge Analytica — nom du cabinet d'analyse de données qui a siphonné les données de millions d'utilisateurs du réseau social — a mis le géant de la tech dans la tourmente. 
  • Ce scandale a de lourdes répercussions — d'image mais aussi financières — pour l'entreprise de Mark Zuckerberg.
  • Mark Zuckerberg sera auditionné par le Congrès américain les 10 et 11 avril prochains, à propos du scandale de la fuite massive de données. 

Facebook est dans la tourmente depuis mi-mars, suite aux révélations de l'affaire Cambridge Analytica impliquant la collecte non-consentie de données de millions d'utilisateurs du réseau social. 

Ce mercredi 4 avril 2018, Facebook a revu son chiffre à la hausse, en indiquant que les données personnelles d'environ 87 millions d'utilisateurs — et non plus 50 millions comme il l'avait dit précédemment — auraient été récupérées de manière détournée par Cambridge Analytica, dans un post de blog écrit par le chef de la technologie Mike Schroepfer.

Ce dernier a par ailleurs évoqué de nouvelles mesures prises par Facebook pour restreindre les données personnelles auxquelles peuvent accéder les développeurs d'applications tierces.

Empêtré dans ce scandale de fuite massive de données, Facebook est tenu de s'expliquer et son patron Mark Zuckerberg le fera les 10 et 11 avril prochains devant le Congrès américain.

Déjà accusé de n'avoir pas sévi contre la propagation d'informations mensongères, le réseau social — qui compte 1,4 milliard d'utilisateurs actifs quotidiens — doit désormais répondre aux nombreuses questions liées à la confidentialité et à la protection des données de ses utilisateurs, tout en gérant cette crise sans précédent dans l'histoire de l'entreprise tech.

Cette affaire n'est pas sans conséquence pour le réseau social. La valorisation de Facebook a notamment perdu 86 milliards de dollars de capitalisation boursière depuis le début de l'affaire en mars.

Mais selon les analystes de Macquarie Research, il existe un risque que les utilisateurs commencent à se méfier des réseaux sociaux, ce qui serait une catastrophe pour Facebook.

Voici la chronologie des déboires qui ont mis le géant tech, qui pèse 441 milliards de dollars en bourse, dans la tourmente depuis près d'un mois. 

17 mars 2018 — Le scandale de Cambridge Analytica éclate 

Le lanceur d'alerte Christopher Wylie. REUTERS/Peter Nicholls

Dans le cadre d'une enquête exclusive et fouillée du journal britannique The Observer, Christopher Wylie, un ancien employé de Cambridge Analytica, a révélé que le cabinet britannique d'analyses de données avait recueilli celles de millions — 50 millions, disait-on à l'époque — d'utilisateurs de Facebook, sans qu'ils le sachent ou y consentent. 

Cette fuite massive de données aurait été faite, via une application externe en 2015. Les données proviennent d'un test de personnalité, auquel 270.000 personnes — qui étaient payées pour — ont répondu. Le test "thisisyourdigitallife" [ndlr: 'ceci est votre vie digitale'] aspirait au passage des données provenant des profils de leurs amis, nourrissant de fait une énorme base.

Cambridge Analytica se serait servi de ces données afin d'influencer les électeurs durant la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016 et du Brexit.

Facebook dit alors avoir suspendu les comptes de Cambridge Analytica et engagé des contrôleurs judiciaires afin de vérifier si le cabinet de conseil disposait toujours des données détournées.

18 mars 2018 — Facebook très fortement critiqué de toutes parts

Au lendemain des révélations à propos de la fuite massive de données, Facebook fait face à un torrent de critiques. Le réseau social a été appelé à une réglementation et à une surveillance accrues. 

Dans un tweet, la sénatrice américaine Amy Klobuchar du Minnesota a notamment dénoncé l'entreprise, exigeant que Mark Zuckerberg soit interrogé par la commission judiciaire du Sénat: 

"Il s'agit d'une violation majeure qui doit faire l'objet d'une enquête. Il est clair que ces plateformes ne peuvent pas se surveiller elles-mêmes", a-t-elle déclaré sur Twitter. "J'ai demandé plus de transparence et de responsabilité pour les publicités politiques en ligne. Ils disent 'faites-nous confiance'. Mark Zuckerberg doit témoigner devant la magistrature du Sénat."

19 mars 2018 — Facebook dégringole en bourse 

REUTERS/Darren Staples

Lundi 19 mars 2018, premier jour de bourse après les révélations de Cambridge Analytica, Facebook a perdu 7% à Wall Street.

Et entre le 19 et le 28 mars 2018, le réseau social a vu sa capitalisation fondre de 93 milliards de dollars, passant de 538 milliards à 445 milliards de dollars, rapporte BFMTV

Mercredi 4 avril 2018, vers 17h50, heure française, le titre chutait de 1,83%, à 153,25 dollars, à la bourse de New York.

20 mars 2018 — Lancement du mouvement #deletefacebook

Brian Acton. REUTERS/Mike Blake

Brian Acton, le cofondateur de l'appli WhatsApp que Facebook a racheté pour 19 milliards de dollars il y a quatre ans, a tweeté qu'il pensait qu'il était temps d'arrêter d'utiliser Facebook. 

"Il est temps. #deletefacebook" (effacer Facebook en français), a dit Brian Acton dans un tweet bref, sans développer sa pensée.

Ce commentaire émit par une personne travaillant autrefois pour Facebook est une attaque personnelle contre le plus grand réseau social, empêtré dans le scandale de Cambridge Analytica. 

Dans le même temps, un actionnaire de Facebook a lancé un procès contre le réseau social pour sa gestion du scandale Cambridge Analytica. La plainte accuse le groupe de Mark Zuckerberg d'avoir trompé les investisseurs, rapporte Business Insider US.

21 mars 2018 — Mark Zuckerberg sort enfin de son silence

Mark Zuckerberg. REUTERS/Stephen Lam

Plusieurs jours après les révélations à propos de la fuite massive de données, Mark Zuckerberg sort enfin de son silence. L'absence de réactions de sa part avait été fortement critiquée. 

Le patron de Facebook a donné une rare série d'interviews sur le sujet: un entretien télévisé à CNN, ainsi que des interviews dans WiredThe New York Times et Recode.

Il a notamment dit qu'il était "désolé", qu'il était prêt à témoigner devant le Congrès américain et qu'il estimait que la technologie devait être réglementée. 

24 mars 2018 — Nouvelle affaire concernant les données des utilisateurs des téléphones Android

Un utilisateur de Facebook s'est aperçu que Facebook gardait une archive de ses appels téléphoniques et messages, rapporte le site Ars Technica.

Facebook a répondu qu'il s'agit d'une fonctionnalité activée par l'utilisateur sur l'appli Messenger pour Android, ainsi que sur l'appli Facebook Lite — et qu'elle sert à rendre le réseau social plus pratique.

Toutefois, cela laisse penser que l'appli Facebook principale pourrait avoir collectée des données elle aussi, avant que Google ne fasse quelques changements sur Android en octobre 2017.

Tim Cook, DG d'Apple, tacle Facebook et Mark Zuckerberg et concède qu'une régulation pourrait être nécessaire. 

Tim Cook s'exprimait au China Development Forum de Pékin, samedi 24 mars 2018. Reuters

En marge d'un déplacement en Chine, Tim Cook, DG d'Apple, a déclaré que cette collecte de données d'utilisateurs de Facebook ne "devrait pas exister" et qu'"une régulation bien ficelée pourrait être nécessaire". 

Voici ce qu'il a dit:

"Je pense que cette situation est tellement critique et qu'elle a tellement été médiatisée, qu'une régulation bien ficelée pourrait être nécessaire. La possibilité que quiconque puisse savoir ce que vous consultez depuis des années, qui sont vos contacts et les leurs, les choses que vous aimez, que vous détestez et chaque détail intime de votre vie — de mon point de vue, ne devrait pas exister."

Le 3 avril, Mark Zuckerberg répond aux commentaires de Tim Cook, en les jugeant "extrêmement désinvoltes". Il a notamment déclaré que, en tant que service gratuit, Facebook se soucie de ses utilisateurs, ce que des entreprises comme Apple ne pouvaient pas se prévaloir.

25 mars 2018 — Facebook continue de s'excuser dans la presse

La publicité de Facebook dit notamment: 'nous avons la responsabilité de protéger les informations. Si nous n'y arrivons pas, nous ne les méritons pas.'

26 mars 2018 — Les Etats-Unis et l'Allemagne lancent des enquêtes sur les pratiques de confidentialité de Facebook

La chancelière allemande Angela Merkel. REUTERS/Fabrizio Bensch

Des régulateurs aux Etats-Unis et en Allemagne lancent séparément des enquêtes sur les pratiques de confidentialité de Facebook.

Les Etats-Unis veulent savoir si Facebook a autorisé Cambridge Analytica à recevoir certaines données d'utilisateurs en violation de ses règles.

L'Allemagne veut découvrir s'il y a eu d'éventuels abus en lien avec la collecte et le traitement des données provenant de sources tierces en dehors de Facebook. 

27 mars 2018 — Mark Zuckerberg refuse de témoigner devant les députés britanniques

Mark Zuckerberg. REUTERS/Stephen Lam/File Photo

Le patron de Facebook a refusé de témoigner devant les autorités britanniques et d'expliquer le rôle de son entreprise dans l'affaire des données récoltées par Cambridge Analytica.

Il a ainsi demandé à deux autres dirigeants de la société, le directeur de la technologie, Mike Schroepfer, et le chef de produit, Chris Cox, d'aller témoigner à sa place. Ces derniers devront expliquer comment Facebook a permis à Cambridge Analytica de récolter une masse importante de données de Facebook, à l'insu de la société et de ses utilisateurs.

Les députés britanniques ont toutefois estimé que Mark Zuckerberg était la personne la plus à même d'expliquer ce qu'il s'est passé dans cette affaire. 

28 mars 2018 — Facebook révise ses paramètres de confidentialité en réponse au scandale de Cambridge Analytica 

REUTERS/Thomas Mukoya

Le réseau social a annoncé quatre changements dans sa politique en matière de données

  • Rendre les paramètres de confidentialité plus facile à retrouver et à utiliser.
  • Ajouter un menu de raccourcis permettant de rassembler plusieurs paramètres différents. 
  • Introduire un outil "Accès à vos informations" pour permettre aux utilisateurs de télécharger les données que Facebook détient d'eux. 
  • Réécrire les termes d'utilisation pour expliquer de la meilleure manière qu'il soit, comment ces données sont récoltées et utilisées. 

Cette mise à jour, qui devrait être opérationnelle "dans les semaines à venir", ne devrait pas donner la possibilité aux utilisateurs de supprimer leurs données de Facebook.

28 mars 2018 — Facebook met fin à l'utilisation de données de sociétés tierces

Accusé de laxisme dans la protection des données de ses utilisateurs, Facebook met fin à ses partenariats avec plusieurs grands courtiers de données ("data brokers"), qui aident les annonceurs à cibler des utilisateurs sur le réseau social.

Le site internet de Facebook répertorie neuf fournisseurs de données avec lesquels il a travaillé, notamment Acxiom, Experian, Oracle Data Cloud, TransUnion et WPP PLC.

30 mars 2018 — Une note écrite par un haut dirigeant de Facebook ressurgit et fait scandale

Andrew Bosworth, qui a écrit le mémo Facebook, sur la croissance à tout prix. YouTube/Horizont

Un haut dirigeant de Facebook a déclaré dans une note interne en 2016 que le réseau social avait besoin de croître à tout prix, même si le réseau pouvait occasionner des décès. 

Pour faire taire les critiques, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a répondu être "en désaccord profond" avec cette note de l'un de ses plus proches collaborateurs, ajoutant que ce dernier était un provocateur.

3 avril 2018 — Facebook supprime plus de 200 comptes et pages dirigées par l'IRA, une ferme à trolls russes

Le réseau social a annoncé la suppression de 135 comptes Facebook et Instagram, et 138 pages Facebook liées à l'Internet Reserch Agency (IRA), connue pour être une "ferme à trolls" et soupçonnée d'avoir influencé l'élection présidentielle américaine de 2016.

Ces comptes rassemblaient 1,5 millions d'utilisateurs dans le monde, selon Facebook.

Le directeur de la sécurité, Alex Stamos, a également dit que ces acteurs affiliés à la propagande russe avaient dépensé près de 170.000 dollars en publicités sur Facebook et Instagram, depuis début 2015.

4 avril 2018 — Facebook dit être d'accord avec "l'esprit" de la RGPD mais ne s'engage pas à l'étendre au reste du monde

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg. Facebook

Dans un entretien téléphonique avec l'agence Reuters, Mark Zuckerberg a dit que Facebook préparait une version de cette directive européenne qui pourrait s'appliquer globalement, étendant certaines garanties européennes de protection de la vie privée au monde entier.

Mais l'entrepreneur américain n'a pas voulu dire quels éléments ne seraient pas généralisés.

"Nous sommes encore en train de fixer les détails à ce sujet mais, dans les grandes lignes, dans l'esprit, cela devrait en reprendre la totalité", a-t-il dit. 

4 avril 2018 — Facebook lâche une bombe et annonce que les données de 87 millions d'utilisateurs aurait été siphonnées par Cambridge Analytica et non plus 50 millions

Cette information a été partagée sur un blog de Facebook par le chef de la technologie, Mike Schroepfer. Selon ce dernier, une grande partie des 87 millions de personnes concernées se trouvent aux Etats-Unis.

Dans ce post de blog, Mike Schroepfer a aussi évoqué les nouvelles mesures prises par le réseau social pour restreindre les données personnelles auxquelles peuvent accéder les développeurs d'applications tierces.

L'outil de recherche, qui permettait à quiconque de rechercher le profil public d'un utilisateur, qui peut inclure son genre et sa date de naissance, en cherchant par le numéro de téléphone ou l'adresse e-mail, a notamment été désactivé.

Facebook a aussi commencé à la vérification de toutes les applications demandant l'accès à des données d'utilisateurs comme les photos, les vidéos et les publications de commentaires.

Il a affirmé qu'il n'autoriserait plus les applications à accéder aux données concernant notamment les préférences politiques et la religion.

A l'occasion d'une téléconférence avec les journalistes, Mark Zuckerberg a affirmé que le scandale de Cambridge Analytica n'avait pas eu de "conséquences significatives" sur l'utilisation du réseau social, ni sur les recettes publicitaires. 

Le patron du géant tech a enfin déclaré qu'il acceptait la responsabilité de l'affaire, tout en disant qu'il pensait toujours être la personne adéquate pour diriger Facebook:

"Quand vous créez quelque chose comme Facebook qui est sans précédent dans le monde, il y a des choses que vous ratez", ajoutant que la chose la plus importante est de tirer les leçons de ses erreurs.

5 avril 2018 — Facebook a secrètement supprimé certains messages privés de Mark Zuckerberg par crainte d'un piratage

Facebook a effacé des anciens messages envoyés il y a des années par Mark Zuckerberg et d'autres dirigeants de Facebook à d'autres employés et des gens extérieurs à l'entreprise. Selon TechCrunch, les destinataires des messages supprimés n'ont été informés à aucun moment que les messages reçus avaient été effacés.

Facebook s'est justifié en disant avoir peur qu'un scénario à la Sony se répète:

"Après le piratage des emails de Sony Pictures en 2014, nous avons procédé à une série de changements pour protéger les communications de nos cadres supérieurs. Ceci comprenait la limitation de la période de sauvegarde des messages de Mark dans Messenger. Nous l'avons fait en conformité avec nos obligations légales pour préserver les messages."

La suppression discrète et sélective de messages sembler aller à l'encontre de la campagne de Facebook visant à "rendre le monde plus ouvert et plus transparent".

5-6 avril 2018 — Sheryl Sandberg, COO de Facebook, admet que le réseau social a été trop lent pour répondre au scandale de Cambridge Analytica, qu'il a sous-investi dans la sécurité et que Facebook savait au sujet de Cambridge Analytica depuis deux ans et demi. 

Sheryl Sandberg, COO de Facebook. YouTube/NBC News

La directrice des opérations de Facebook a par ailleurs expliqué à NBC News que les données étaient un élément vital pour Facebook et que si les utilisateurs voulaient se débarrasser des publicités ciblées, il faudrait que cette option soit payante.

Ce commentaire, bien qu'il a été fait en termes hypothétiques, remettrait en question l'une des valeurs fondamentales du réseau social depuis sa création: la gratuité de son service.

Sheryl Sandberg a surtout dit que Facebook savait au sujet de Cambridge Analytica depuis deux ans et demi et que l'entreprise n'avait pas enquêté en profondeur à l'époque.

10 et 11 avril 2018 — Mark Zuckerberg auditionné au Congrès américain 

Mark Zuckerberg témoignera le mardi 10 avril 2018 lors d'une séance commune des commissions de la Justice et du Commerce et, le lendemain, il sera entendu par la commission de l'Energie et du Commerce de la Chambre des représentants.

Dans un communiqué, le président républicain de la commission, Greg Walden, et le premier démocrate siégeant à la commission, Frank Pallone, ont déclaré: 

"Cette audition sera l'occasion de faire la lumière sur des problématiques cruciales concernant la protection des données des utilisateurs et aidera les Américains à mieux comprendre ce qu'il advient de leurs informations personnelles en ligne."

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Voici comment voir quelles applis récoltent vos données sur Facebook — et comment les bloquer

VIDEO: Voici ce qui est réaliste et exagéré à propos des cartels de la drogue dans 'Narcos' et 'Sicario'