Femmes sénégalaises portant un t-shirt où il est écrit "Auchan dégage". Facebook/I'm african and i'm proud

Le groupe Auchan est la cible d'une contestation au Sénégal depuis plusieurs mois. La grogne s'est amplifiée fin juin avec la création d'un collectif intitulé "Auchan dégage", puis un appel au boycott depuis le 2 juillet.

Contrairement à la situation de Danone au Maroc, où l'impulsion du mouvement venait des consommateurs, là Auchan est visé par les petits commerçants qui l'accusent de détruire leur activité. 

Implanté au Sénégal depuis 2014, Auchan y exploite désormais une vingtaine de points de vente et a mis en place un plan d'investissement de 65 milliards de francs CFA (près de 100 millions d'euros).

Le 9 décembre dernier, le directeur général d'Auchan retail Sénégal, Laurent Leclerc annonçait ses ambitions dans une interview au journal Le Soleil "pour ce qui est des quatre années à venir, nous envisageons d'atteindre 50 magasins à Dakar et dans les régions".

Une expansion qui réjouit les consommateurs des classes moyennes mais terrifie les petits commerçants à l'initiative de la contestation. D'après l'Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal, citée par l'organisation Sénégal Black Rainbow, le tissu économique sénégalais est composé presque exclusivement d'entreprises informelles (97 %), avec une surreprésentation des activités de commerce (52 %), et celles-ci ont du mal à rivaliser avec les prix compétitifs de la grande distribution.

Pour l'Union nationale des commerçants et industriels 15.000 emplois de petits commerçants pourraient disparaître à cause d'Auchan.

Dans une tribune, publiée le 18 juillet, sur le site dakaractu.com, le journaliste et homme politique El Malik Seck n'est pas tendre avec le petit commerce. "Les commerçants sénégalais, pour leur écrasante majorité, sont dépassés", écrit-il. "Leurs boutiques sont sales [...]. Le commerçant n'affiche jamais les prix et les change comme il veut."

"Auchan va rester", poursuit-il, "et j'invite tous les sénégalais à finalement même boycotter les boutiques qui n'améliorent pas le confort, la qualité et le pouvoir d'achat des consommateurs. Ce combat [contre Auchan, Ndlr.] entamé par une organisation qui n'arrive même pas à régler ses crises internes est perdu d'avance. Car l'écrasante majorité des sénégalais a choisi Auchan."

Un décret 'Auchan'

Camion de livraison Auchan au Sénégal. Facebook/Demba Gueye

Face à cette situation, le gouvernement sénégalais a choisi de faire un geste envers les petits commerçants. Lors du conseil des ministres du 18 juillet, le ministre du Commerce a annoncé un futur décret pour réglementer l'implantation surfaces de vente et combler le vide juridique.

Jusque-là, un simple registre de commerce et des formalités d'ordre fiscal suffisaient pour ouvrir un centre commercial, avec ce décret l'ouverture de surfaces commerciales de plus de 300 mètres carrés sera soumise à une autorisation préalable. Un comité composé du préfet, de la chambre de commerce, de la chambre des lois et des consommateurs sera chargé d'étudier chaque cas avant de donner son feu-vert. 

Le ministre a annoncé également le lancement d'une concertation nationale avant la mise en place d'un cadre juridique — aujourd'hui inexistant — pour mieux organiser le secteur tout en respectant la concurrence entre tous les acteurs. 

"L’objectif n’est pas de tuer le petit commerçant", explique le ministre Alioune Sarr cité par le journal Senenews. "Mais nous avons besoin de moderniser le circuit de distribution et de développer notre économie."

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