Philippe Charlier

Philippe Charlier, médecin légiste et anthropologue. Business Insider France

Philippe Charlier est médecin légiste et anthropologue. Il partage son temps entre l'enseignement, son travail de médecine légale et des consultations en prison.

"Doctroptard" — son pseudo sur Twitter — est aussi connu pour avoir travaillé sur les restes de Richard Cœur de Lion, les fausses reliques de Jeanne d'Arc et la tête présumée d'Henri IV.

Dans le cadre de la série de Business Insider France sur le futur par ceux qui l'anticipent, nous lui avons demandé à quoi ressemblerait le corps humain dans le futur.

Business Insider France: Quels sont les changements morphologiques que l'on observe au niveau du corps humain?

Philippe Charlier: L'homme évolue comme n'importe quel être vivant. Au même titre qu'une bactérie, il interagit aussi avec son environnement. Le corps humain subit déjà des modifications physiques liées à son mode de vie. A force de porter des chaussures à bout étroit/triangulaire, notre gros orteil se dévie vers le dedans. Beaucoup de femmes, notamment, ont des pieds triangulaires. On constate aussi une atrophie de l'ongle du 5e orteil, certaines personnes naissent même sans. Évolution ou variation anatomique? Impossible à dire pour l'instant. Il faut attendre...

Sur le long terme, notre corps deviendra-t-il une sorte d'habitacle connectée? 

Nous avons de plus en plus de prothèses métalliques et électroniques dans le corps. Biologiquement, nous sommes en train de devenir un modèle unique de fonctionnement, avec des implants partout — la pompe à insuline, l'implant contraceptif hormonal par exemple. Nous sommes totalement, avec cet "homme augmenté", dans une approche transhumaniste. Nous sommes de plus en plus des corps qui transportons des ordinateurs.

Vers quoi se dirige-t-on sur le long terme?

Ceux qui sont privés de cette avancée technologique et "sociétale" vont se retrouver en mort sociale. C’est ce que j'appelle les "zombis" (par analogie avec cette figure anthropologique de l'exclu en Haïti). Beaucoup de peuples premiers n'ont pas accès à ces technologies, car il y a une inadéquation entre leur mode de pensée et de fonctionnement et ce monde techno ultra connectée. Ainsi, certaines communautés vivantes comme les jeunes Amérindiens se suicident.

La disparition de ces peuples premiers constitue un danger pour l'humanité, que ce soit en termes de diversités culturelle et génétique. Difficile de se projeter très loin, mais hélas, on va vers une uniformisation.

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