Le président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, Hoesung Lee, au centre, lors d'une conférence de presse à Incheon, en Corée du Sud, le 8 octobre 2018. La prévention d'un seul degré de chaleur supplémentaire pourrait faire une différence de vie ou de mort au cours des prochaines décennies pour des multitudes de personnes et d'écosystèmes sur cette planète qui se réchauffe rapidement. AP/Ahn Young-joon

Certains des plus grands problèmes mondiaux, comme le changement climatique et la violence politique, dépassent largement les frontières d'un pays ou d'un autre.

Les catastrophes mondiales surgissent pour de multiples raisons, et le rapport 2018 de la Global Challenges Foundation met en lumière certains des principaux risques qui planent sur l'humanité aujourd'hui. La fondation, créée en 2012, travaille avec des chercheurs pour publier des rapports annuels sur les menaces qui pourraient dévaster au moins 10% de la population mondiale. Parmi les auteurs du rapport de cette année figurent l'astrophysicien Martin Rees et de nombreux experts de l'ONU spécialisés dans le désarmement à l'ONU.

Selon la fondation, les 50 prochaines années seront déterminantes pour la survie de l'humanité dans les 10.000 prochaines années.

"Pourquoi s'en soucier maintenant? Parce qu'il y a tant en jeu, trop peu est fait, et si nous attendons plus longtemps, les remèdes pourraient ne plus avoir d'importance", ont déclaré les auteurs du rapport.

Découvrez ci-dessous les 10 plus grands défis que l'humanité doit relever aujourd'hui.

Une explosion nucléaire pourrait déclencher un "hiver nucléaire", suivi de famines généralisées.

Les armes nucléaires peuvent tuer des milliers de personnes au moment de l'impact, et leurs effets au-delà sont encore plus nuisibles.

Kennette Benedict, conseillère principale du Bulletin of Atomic Scientists, et Nobuyasu Abe, commissaire de la Commission japonaise de l'énergie atomique, écrivent dans leur rapport que les explosions nucléaires pourraient déclencher un "hiver nucléaire", pendant lequel une quantité massive de poussière et de sulfates pourrait cacher le soleil et refroidir la Terre pendant des années.

Un modèle suggère que l'utilisation de 4000 armes nucléaires dégagerait 150 téragrammes de fumée, ce qui est suffisant pour abaisser les températures mondiales de huit degrés pendant quatre ou cinq ans. Les plus grands arsenaux nucléaires du monde, situés aux États-Unis et en Russie, comptent chacun environ 7000 têtes nucléaires.

Benedict et Abe écrivent qu'il serait très difficile de cultiver de la nourriture pendant cette période, et que le chaos suivra sur fond de famine généralisée.

Les progrès technologiques en biologie synthétique et en génie génétique rendent la militarisation d'agents pathogènes plus facile et moins coûteuse.

Un agent de santé pulvérise un désinfectant sur son collègue après avoir travaillé dans un centre de traitement Ebola à Beni, dans l'est du Congo. AP/Al-hadji Kudra Maliro

Les armes nucléaires sont compliquées et fabriquées à partir de matériaux rares, mais les armes biologiques et chimiques peuvent être fabriquées pour beaucoup moins cher.

Angela Kane, chercheuse au Vienna Center for Disarmament and Non-Proliferation, indique dans le rapport que les armes biologiques pourraient causer des catastrophes mondiales si un agent pathogène entraînait une pandémie. Les produits chimiques toxiques peuvent être moins mortels, mais ils peuvent quand même contaminer une grande superficie s'ils sont mis dans les réserves d'eau.

Angela Kane ajoute qu'il est possible qu'un consensus mondial sur l'interdiction pour les pays d'utiliser des produits chimiques toxiques est en train de s'effriter. Elle a noté que les armes biologiques et chimiques — bien qu'interdites — ont été utilisées au moins quatre fois au cours des 40 dernières années.

Le changement climatique aura des conséquences dévastatrices.

Des inondations soudaines à Oman ont coupé des routes, montrant le type de conditions météorologiques extrêmes que le changement climatique peut entraîner. Anita Di Chiara

Leena Srivastava, vice-chancelière de l'Université TERI en Inde, indique que malgré l'accord de Paris sur le climat, il y a 90% de chances que la hausse des températures mondiales dépasse 2 degrés Celsius encore pendant ce siècle.

Il y a également 33% de chances que la hausse dépasse les 3 degrés au XXIe siècle, et le monde n'est pas sur la bonne voie pour empêcher que cela ne se produise, note Srivastava.

La majeure partie de la Floride et du Bangladesh seront sous l'eau si le changement dépasse 3 degrés, et les principales zones côtières comme Shanghai et Bombay seront inondées. Srivastava ajoute que de nombreux réfugiés quitteront ces régions, souffrant de conditions climatiques extrêmes et d'un faible rendement alimentaire.

Au moins trois civilisations passées se sont effondrées en raison des changements climatiques: les colons vikings, l'Empire khmer et la civilisation de la vallée de l'Indus. Toutes trois ont été affectés par un changement climatique qui était local et pas dû à l'homme, écrit Srivastava.

Le changement climatique auquel nous sommes confrontés aujourd'hui est mondial, et nous n'avons nulle part où aller.

Un effondrement de l'écosystème mondial pourrait stopper la capacité de la Terre à subvenir aux besoins d'une population humaine en croissance.

Un héron est observé dans la réserve de développement durable de Mamiraua à Uarini, dans l'État d'Amazonas, au Brésil. Reuters/Bruno Kelly

Les humains dépendent des écosystèmes pour l'air, l'eau, la nourriture et l'abri. Depuis les années 1950, cependant, la déforestation et d'autres dommages aux écosystèmes ont réduit l'habitabilité de la Terre de plus en plus rapidement.

Maria Ivanova, professeure de gouvernance mondiale à l'Université du Massachusetts à Boston, et Philip Osano, chercheur au Stockholm Environment Institute, indiquent que les écosystèmes du monde sont en grand danger.

Un groupe international de chercheurs a identifié neuf "frontières planétaires" à ne pas dépasser pour que l'écosystème mondial reste stable — comprenant le changement climatique, l'utilisation d'eau douce et l'acidification des océans.

Ivanova et Osanova écrivent que les humains ont franchi les limites de sécurité dans quatre de ces catégories: changement climatique, changement du système terrestre, cycles biogéochimiques et intégrité de la biosphère.

La modification des systèmes terrestres fait référence à la conversion de forêts, prairies et zones humides en terres agricoles, ce qui peut nuire à la biodiversité et à l'écoulement de l'eau en cas d'exploitation intensive.

La perte d'intégrité de la biosphère implique une activité humaine qui conduit à l'extinction de plantes et d'animaux.

D'ici 2050, 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année à cause de bactéries résistantes aux antibiotiques.

Un laborantin recherche des souches de bactéries E.coli dans des cellules végétales placées dans une boîte de Pétri, à La Mojonera près d'Almeria dans le sud-est de l'Espagne en 2011. Reuters/Francisco Bonilla

Les épidémies de peste ont déjà tué environ 15% de la population mondiale à deux reprises. Même si les humains ont éradiqué des maladies comme la variole et ont failli se débarrasser de la polio, on craint généralement qu'une nouvelle maladie ne provoque une épidémie majeure.

David Heymann, directeur du Chatham House's Center on Global Health Security, indique que l'urbanisation accrue a rendu plus difficile la maîtrise des infections.

Heymann note aussi que certaines souches de bactéries sont devenues résistantes aux antibiotiques courants. Si les scientifiques n'en trouvent pas de nouveaux, le nombre de personnes tuées chaque année à cause de bactéries résistantes aux antibiotiques passera de 700.000 personnes par an à 10 millions en 2050.

Un astéroïde frappant la Terre pourrait entraîner des pénuries alimentaires mondiales et la perte de millions de vies humaines.

Une impression d'artiste montre le premier astéroïde interstellaire, `Oumuamua, qui traverse le système solaire après sa découverte en octobre 2017. M. Kornmesser/European Southern Obervatory via Reuters

On pense qu'un astéroïde est à l'origine de l'une des trois plus grandes extinctions massives de l'histoire, lorsqu'il a frappé le Mexique il y a environ 65 millions d'années, provoquant la fin des dinosaures.

Tim Spahr, DG de NEO Sciences, estime qu'un astéroïde assez gros pour provoquer une catastrophe mondiale tomberait probablement sur la Terre tous les 120.000 ans.

Tout astéroïde de plus de 965 mètres de diamètre pourrait refroidir le climat de la planète, car il libérerait une quantité massive de particules dans l'atmosphère et obscurcirait le Soleil, ajoute Spahr. Des centaines de millions de personnes pourraient mourir, car le changement climatique provoquerait des famines.

Une éruption de supervolcans pourrait avoir des effets dévastateurs sur la Terre, mais les scientifiques ne peuvent prévoir de tels événements que quelques semaines ou mois à l'avance.

Les humains ont failli disparaître il y a environ 74.000 ans, lorsque le supervolcan Toba est entré en éruption en Indonésie et a envoyé des milliards de tonnes de sulfates et de poussière dans l'air.

Stephen Sparks, professeur de sciences de la terre à l'Université de Bristol, écrit qu'il est difficile de prédire quand se produira la prochaine éruption supervolcanique parce qu'il y a peu d'exemples passés sur lesquels s'appuyer. Les données suggèrent qu'une éruption se produit tous les 17.000 ans, bien que 26.500 ans sont passés depuis la dernière occurrence.

Bien que les scientifiques ne soient pas en mesure de prévoir les éruptions volcaniques longtemps à l'avance, ils ont identifié certains endroits potentiels, dont Yellowstone aux États-Unis.

Une éruption supervolcanique tuerait de nombreuses personnes dans les environs et détruirait l'activité agricole, a écrit Sparks. Les sulfates et les cendres réduiraient la quantité d'énergie solaire atteignant la Terre, ce qui nuirait à l'environnement.

La gestion du rayonnement solaire est le seul moyen connu d'arrêter rapidement les augmentations de température, mais cette technologie n'est pas assez avancée pour être utilisée à l'échelle mondiale.

Le soleil émet une éruption solaire à mi-niveau qui s'est produite du côté gauche du soleil et qui a atteint son apogée le 24 août 2014, sur cette image prise par l'Observatoire de dynamique solaire de la NASA. NASA/SDO via Reuters

La géo-ingénierie — qu'il s'agisse de l'élimination du carbone ou de géo-ingénierie solaire — a le potentiel d'atténuer les changements climatiques en manipulant l'atmosphère.

En éliminant le dioxyde de carbone de l'atmosphère, notre planète pourrait rester proche de respecter l'accord de Paris sur le climat, écrit Janos Pasztor, directeur exécutif du Carnegie Climate Geoengineering Governance Institute. Cette méthode n'est pas nécessairement dangereuse, mais il n'existe actuellement aucune technique d'élimination du carbone qui soit prête à être déployée dans le monde entier.

La géo-ingénierie solaire peut faire baisser la température de la planète en réfléchissant la chaleur dans l'espace, bien que la technologie ne soit pas encore assez avancée pour être utilisée. C'est aussi un projet risqué; la géo-ingénierie solaire pourrait endommager la couche d'ozone, et elle pourrait menacer l'approvisionnement alimentaire en perturbant les écosystèmes. Si nous cessions soudainement d'utiliser la géo-ingénierie solaire, un grave réchauffement planétaire et même des conflits internationaux pourraient s'ensuivre.

Des machines intelligentes pourraient anéantir les humains si elles ne sont pas contrôlées.

Le robot humanoïde AILA exploite un standard téléphonique lors d'une démonstration du centre de recherche allemand pour l'intelligence artificielle au salon informatique CeBit à Hanovre en 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch

Les machines intelligentes pourraient poser un autre risque pour les humains. De nombreux scientifiques s'accordent à dire que l'intelligence artificielle pourrait arriver au même niveau que le cerveau humain dans les prochaines décennies, et que des machines plus intelligentes que nous pourraient suivre.

Dans le rapport de la Global Challenges Foundation, cinq membres de l'Institut pour l'avenir de la vie indiquent que l'intelligence artificielle peut être conçue pour détruire des vies. Et même si les machines sont programmées pour faire le bien, elles pourraient atteindre ces objectifs de manière nuisible.

"Si un système superintelligent est chargé d'un projet de société ambitieux, il pourrait faire des ravages en tant qu'effet secondaire, et considérer les tentatives humaines pour l'arrêter comme une menace à affronter", notent les membres du Future of Life Institute.

Il y a d'autres risques pour l'humanité que les scientifiques n'ont même pas encore imaginés.

AP Photo/Bebeto Matthews

Les humains n'ont pas réussi à prévoir de nouvelles catastrophes mondiales à plusieurs reprises. Peu de gens auraient pu prédire l'explosion de la première bombe nucléaire avant qu'elle ne se produise, et les changements climatiques n'étaient pas dans la ligne de mire de la plupart des gens lorsque les Nations Unies ont été formées en 1945.

Roey Tzezana, chercheur au Blavatnik Interdisciplinary Cyber Research Center en Israël, observe dans le rapport que le développement économique et scientifique produit encore plus de nouveaux risques que nous n'avons pas encore anticipés.

Les scientifiques comprennent la possibilité que certains événements se produisent, mais ils les ont jugés trop improbables. Par exemple, il est possible qu'une extinction massive se produise si notre planète se trouve dans la ligne de mire d'un rayon gamma provenant d'une étoile, mais Tzezana dit que ce risque n'est que théorique pour le moment.

Version originale: Peter Kotecki/Business Insider

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