Je me déplace régulièrement dans Paris avec des véhicules en libre-service — et j'ai compris pourquoi cette ville est un excellent terrain de jeu pour des startups du transport

Le scooter Coup de Bosch fabriqué par Gogoro dans les rues de Paris. Business Insider France/Valentin Etancelin

  • De Paris à San Francisco, les rues et les trottoirs de grandes métropoles du monde entier sont envahis par de nouveaux moyens de transport en libre-service.
  • Après les scooters et les vélos, les trottinettes électriques ont fait leur apparition dans la capitale française cet été.
  • Ces solutions sont de formidables services pour faire quelques kilomètres, quand vos transports en commun ne fonctionnent pas ou que vos jambes ne vous portent plus.
  • Les cas d'usages et les risques liées (dégradation, blessures,etc.) forcent les autorités à s'adapter pour organiser la cohabitation dans les rues d'une ville embouteillée.
  • En utilisant ces nouvelles formes de mobilité urbaines, j'ai compris pourquoi Paris était un endroit privilégié par les startups du transport.

C'était une première mondiale et c'était à Paris: le 6 septembre dernier, la plateforme de VTC Taxify, dite "Txfy" en France, a choisi la capitale française pour lancer son premier service de trottinettes électriques — Bolt. Si la startup arrive sur un marché déjà bien occupé de solutions de moyens de transport en libre-service, son choix n'était pas anodin.

En effet, à date, il y a au moins huit entreprises qui se disputent le marché de la mobilité parisienne aux côtés de Vélib, des taxis, des VTC et des transports en commun: Ofo, Obike, Mobike, Cityscoot, Coup, Lime, Bird et Bolt. Avant certainement Uber qui a déjà pris langue avec la Mairie de Paris pour installer ses vélos électriques Jump.

On peut légitimement s'interroger sur la pertinence des ces lancements successifs. En quelques mois, le marché des vélos est ainsi passé de quatre à deux acteurs.

Il n'y a peut être pas de la place pour tout le monde. En revanche, en utilisant régulièrement ces différents moyens de transports, j'ai compris pourquoi ces startups se battaient pour occuper les rues et trottoirs de la capitale française.

Simple, rapide, écologique

Comme la majorité des habitants de Paris et de sa banlieue proche, je me déplace principalement en transports en commun — métro, bus ou RER. Les Franciliens passent en moyenne 1h24 dans les transports par jour, selon l'Institut d'aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France, cité par Le Parisien.

Mes trajets sont essentiellement intra-muros ou en proche banlieue pour rejoindre la rédaction de Business Insider France à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Or, comme 36% des ménages parisiens selon les données de l'Insee en 2015, je n'ai pas de voiture. Je ne possède ni vélo ni de deux-roues motorisés (scooter, moto) ni trottinette.

Je suis donc quasi-dépendant des transports en commun. Ou de la marche.

Je suis également abonné au Vélib. Je l'ai souvent pris, mais les déboires connus avec le nouveau prestataire m'ont refroidi. L'arrivée de nouveaux vélos et scooters en libre-service au même moment tombait à pic. J'ai franchi le pas assez rapidement.

Après plusieurs mois d'usage régulier,  ils m'ont séduit sur plusieurs points:

  • La facilité d'accès. Sur un emplacement réservé pour les plus consciencieux, sur un trottoir pour les utilisateurs les moins respectueux des règles.
  • Une prise en main simple. Conduire un scooter électrique limité à 50 km/h n'est pas compliqué et une formation avec Cityscoot ou Coup est possible. Quant aux trottinettes, vous pouvez toujours aller tester vos réflexes dans des rues désertes ou sur un espace large. Pour les vélos, l'expérience ratée et furtive de Gobee.bike a montré que des vélos résistants ne subissaient pas de dégradation ni de vol déraisonnables.
  • Le paiement par mobile. Simple, efficace, rapide. Tout est dématérialisé et passe par le smartphone et des applications. Vous pouvez aussi retrouver les autres sur Citymapper.
  • Le déplacement écologique et l'alternative aux transports en communs, taxis et VTC. Paris bénéfice d'un des réseaux de transports publics les plus denses au monde avec 16 lignes de métro — qui transportent 4,1 millions de passagers par jour — et 316 lignes de bus. Mais une rame de train bondée n'est jamais une partie de plaisir. Pour personne. Et quand une ligne 1 fréquentée par des milliers de touristes accumule les incidents d'exploitation comme cet été, ça peut même tourner au cauchemar.

Un scooter Coup suit un vélo Ofo dans les rues de Paris. Ne manque plus qu'une trottinette. Facebook/Ofo

Pour autant, ces moyens de transport ne sont pas encore devenus une solution quotidienne pour moi:

  • Le prix. C'est sans commune mesure avec celui d'un VTC ou d'un taxi, surtout quand il s'agit de parcourir moins de cinq kilomètres. Mais ça reste cher pour une alternative au pass Navigo de la RATP (75,20 euros par mois en illimité sur toutes les zones). En scooter, il vous faudra débourser entre 4 et 6 euros les 30 premières minutes, sans abonnement possible, même si Cityscoot propose d'acheter des minutes. En vélo, c'est autour de 0,50 euro les 30 minutes. Ofo propose des formules d'abonnement mais c'est bien plus excessif que le Vélib. Quant aux trottinettes électriques, c'est encore plus cher: 1 euro la location puis 15 centimes par minute.
  • La disponibilité. Quand on parle de Paris, c'est bien intra-muros. En dehors, vous n'aurez pas la possibilité de rentrer chez vous avec ces nouveaux engins, même si Coup et Cityscoot ont étendu leurs services à Neuilly ou Levallois. Et on ne vous parle pas des trottinettes cachées dans les halls d'immeubles. Le nombre de véhicules disponibles ne suit pas toujours.
  • L'amplitude horaire. Elle est limitée la nuit — certains services comme Cityscoot ou les trottinettes arrêtant le service.
  • Les places de stationnement. Théoriquement, le concept signifie que vous pouvez laisser votre vélo, scooter ou trottinette, dans l'espace public, sans être attaché à une borne. Mais il n'est pas rare d'avoir des difficultés pour trouver une place respectant les règles. Paris manque encore d'immenses parcs à vélos comme on peut en trouver aux Pays-Bas ou dans les pays scandinaves.
  • La sécurité. Sur les trottoirs, pistes cyclables et rues, c'est parfois l'anarchie. La cohabitation est délicate. Nouveaux usages, utilisateurs pas habitués, augmentation des flottes, vitesse: il y aurait eu pas moins de 49 blessés et tués en trottinette et en rollers à Paris en 2017 selon Le Parisien.

>>>> Découvrez l'univers Business Insider France sur Instagram <<<< 

Un laboratoire pour collecter des données sur les usages et des clients habitués à payer pour des services plus chers

Pourquoi les startups voient-elles dans la capitale française un laboratoire idéal de ses utilisateurs? 

En 2015, l'Insee recensait 2,2 millions d'habitants à Paris et 20.934 personnes habitent au km2. Le niveau de vie médian annuel des Parisiens s'élève à 26.668 euros, nettement plus élevé que dans la France entière (19.785 euros) mais avec "une distribution des revenus bien plus disparates que sur l'ensemble du territoire français", rappelle Le Monde.

Conséquence, les startups trouvent à Paris une concentration de clients potentiels, adeptes des nouvelles technologies, et qui ne parcourent finalement que quelques kilomètres par jour. Avec un coût de la vie plus cher qu'ailleurs, les catégories socio-professionnelles supérieures et jeunes actifs sont prêtes à payer pour des nouveaux services qui peuvent améliorer leur quotidien. Ici, la flexibilité et la liberté de mouvement.

Or, face à une concurrence des acteurs historiques moins capables de dresser des barrières à l'entrée ou de réagir vite (communication, promotions), les nouveaux entrants ont eu le temps de collecter des données sur les usages et de dresser le profil de leurs utilisateurs.

Ces deux indicateurs ont une valeur inestimable pour prévoir le plan de développement d'une entreprise. 

Une municipalité accueillante, favorable aux alternatives à la voiture

Neuvième ville la plus embouteillée du monde, Paris est pris dans un étau: celui de la congestion de ses rues et de la pollution qui en découle. Elle a ainsi été l'une des premières métropoles à lancer des moyens des transports en libre-service, en signant avec des acteurs privés: JCDecaux puis Smoovengo pour le Vélib — et Bolloré pour Autolib.

Décidée à faire la guerre aux "autoroutes urbaines" selon ses propres mots, Anne Hildago est clairement favorable à ces modes déplacements doux et non polluants. Depuis 2015, Paris met en application son Plan Vélo, avec pour but d'arriver à 15% des trajets dans la capitale effectués à vélo d'ici à 2020.

Les trottinettes électriques en libre-service Lime sont arrivées cet été Paris suivies par Bird et Bolt. Lime

Mais des problèmes fondamentaux restent non résolus, tels que la réglementation des villes en matière de circulation et de stationnement. Ces nouveaux usages ont donc poussé la Ville et l'Etat à s'adapter.

Du côté de la municipalité parisienne, le prolongement d'une signature d'une charte de bonne conduite pourrait être la mise en place d'une redevance — même si les acteurs sont bien sûr opposés à une telle disposition.

"On voit arriver ces entreprises avec un œil bienveillant car elles collent avec nos orientations. Mais nous sommes aussi vigilants car elles bousculent l'écosystème de la mobilité. Nous ne sommes pas contraignants car il y a des droits et des devoirs réciproques. Mais la révolution de la mobilité que l'on vit nécessite des éléments de régulation pour être mieux acceptés par la population", explique Christophe Najdovski, maire-adjoint de Paris, chargé des transports et de l'espace public, interrogé début septembre par Business Insider France.

Les flottes de vélos ont ainsi été limitées, Ofo et Mobike ayant décidé de les augmenter par paliers. Dans le centre de Paris, les deux entreprises expérimentent même des marquages au sol réservés aux vélos.

"Les vélos en libre-service posent clairement la question du stationnement. Il faudra aller vers un système de permis, de licence car il y a une nécessité de régulation. C'est dans l'intérêt général. On n'a pas les moyens de le faire aujourd'hui — c'est au régulateur de s'emparer de ce sujet", ajoute Christophe Najdovski.

Justement, du côté de l'Etat, on sait déjà que dans le cadre du projet de loi d'orientation des mobilités, il y aura une disposition pour la circulation des trottinettes électriques. A l'heure actuelle, la trottinette électrique est tolérée à petite vitesse sur les trottoirs à l'allure de la marche, soit 6 km/h, maximum, et jusqu'à 25 km/h sur les pistes cyclables. Mais elles peuvent aller jusqu'à 40 km/h. 

"Dans la loi que je présenterai fin octobre, on adoptera le Code de la route pour dire que ces engins électriques qui peuvent aller très vite (...) ne doivent pas être sur les trottoirs, doivent être sur la chaussée", a déclaré la ministre des Transports Elisabeth Borne sur Europe 1, en septembre.

Un maire peut toutefois interdire l'usage des engins à roulettes sur tout ou partie du territoire de sa commune, en fonction des circonstances locales. 

Ces évolutions réglementaires ont en tout cas un réel avantage pour les startups: dialoguer avec les autorités et apprendre à faire du lobby. C'est toujours plus facile avec une ville accueillante.

Cette démarche — qui n'a rien de contraignante pour s'installer — est à l'opposé de ce qu'a pu faire Uber à ses débuts dans le VTC en arrivant en force, sans consulter régulateur et municipalités. Mais cette attitude semble terminée: même Uber a appris à parler. L'entreprise a rencontré plusieurs fois des élus en laissant entendre qu'elle pourrait disposer ses vélos électriques Jump dans un proche avenir.

Retours d'expérience, test de modèles économique,  discussions avec les autorités: pour toutes ces raisons, Paris est devenue une ville laboratoire pour des startups du transport qui leur permettent de dessiner un des futurs de la mobilité urbaine.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Renault déploie son service d'autopartage à Paris — et c'est une étape importante dans la course que se livrent les constructeurs

VIDEO: Tout le monde attend la sortie du prochain iPhone avec impatience — voici à quoi il pourrait ressembler

Nouveau ! Découvrez BI Intelligence Profitez dès maintenant de notre offre de lancement ›

Contenu Sponsorisé

E.Leclerc encourage l'innovation pour répondre aux enjeux du commerce de demain

  1. comme 64% des foyers parisiens, vous n'avez pas de voiture (et non pas comme 36%, c'est le taux de ménages équipés)

  2. Mr_Tea

    Ecologique ...

    Si ca n'a pas de moteur, pourquoi pas. Sinon non, faut arrêter de raconter des énormités, utiliser un moteur, même petit, plutot que de marcher, c'est l'opposé complet de l'écologie ...

Laisser un commentaire