Le PDG et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. Stephen Lam/Reuters

  • Facebook et Cambridge Analytica ont été impliqués dans une faille de données massive. 
  • Des données personnelles de 50 millions de profil sont en ligne de mire, alerte un ancien employé de la firme. 
  • Comme les détails sont difficiles à suivre, Business Insider vous a fait un bilan de ce qui se passe.

Facebook et la firme d'analyse de données Cambridge Analytica sont sur la sellette après qu'un lanceur d'alerte a révélé que Cambridge Analytica avait recueilli les données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook, sans qu'ils le sachent ou y consentent.

Christopher Wylie, un employé, a rendu publique cette affaire ce week-end, dans le cadre d'une enquête exclusive et fouillée du journal britannique The Observer. 

Ces révélations ont depuis poussé les autorités du Royaume-Uni, de l'Union européenne et des États-Unis, à ouvrir des enquêtes sur Facebook et Cambridge Analytica — mais tous les détails peuvent être assez difficiles saisir. Voici ce qu'il se passe: 

Christopher Wylie. YouTube/The Guardian

Qu'a fait Cambridge Analytica?

Cambridge Analytica a recueilli les informations de 50 millions d'utilisateurs de Facebook, à travers une application externe en 2015, selon Wylie, qui y travaillait à l'époque. 

Les données proviennent d'un test de personnalité, auquel 270.000 personnes — qui étaient payées pour — ont répondu. Le test "thisisyourdigitallife" ['ceci est votre vie digitale', ndlt] aspirait au passage des données provenant des profils de leurs amis, nourrissant l'énorme base de données.

Quelles données ont été obtenues?

Ces données comprenaient des informations personnelles sur l'endroit où vivent les utilisateurs et les pages qu'ils aiment, ce qui aidait à concevoir des profils psychologiques qui analysaient les caractéristiques et traits de personnalité. 

Ces mêmes informations ont plus tard été déployées dans des campagnes politiques. 

Wylie a dit: "Nous exploitions Facebook pour récolter des millions de profils publics. Et nous avons conçu des modèles pour exploiter ce que nous apprenions à propos d'eux et cibler leurs démons intérieurs". 

D'où cela vient-il?

Le quiz a été créé par Aleksandr Kogan, un professeur russe de Cambridge, qui a partagé les informations dans le cadre d'un partenariat commercial avec Strategic Communication Laboratories (SCL), qui plus tard, a créé Cambridge Analytica.

L'équipe de campagne de Trump a recruté Cambridge Analytica en juin 2016 pour l'aider à cibler des publicités, en utilisant les données de vote récoltées de plusieurs millions de personnes majeures aux États-Unis.

Cambridge Analytica a également assisté les partisans du Brexit, avant le référendum sur l'Union européenne. 

Donald Trump et l'éminent partisan en faveur du Brexit et ex-leader du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), Nigel Farage. Nigel Farage/Twitter

Était-ce légal?

Cette collecte de données, telle que décrite dans The Observer, pourrait s'avérer illégale, si l'on se fie aux lois de protection des données personnelles.

La legislation britannique interdit à un tiers de revendre des données personnelles sans le consentement de l'autre parti.

Facebook a contesté le fait que les informations avaient réellement été prises sans consentement. La firme a déclaré samedi: "Les personnes ont sciemment livré leurs informations, aucun système n'a été infiltré, et aucun mot de passe ou information sensible n'a été volé ou hacké".

Kogan pourrait également avoir enfreint l'une des règles-mêmes de Facebook en utilisant ces données à des fins commerciales plutôt que strictement académiques. 

Le DG de SCL et Cambridge Analytica, Alexander Nix. Pedro Nunes/Reuters

Quel est le rôle de Facebook?

Facebook a dit avoir retiré l'appli de quiz de Cambridge Analytica de sa plateforme en 2015 et exigé de Kogan, Wylie et Cambridge Analytica de confirmer qu'ils ont supprimé toutes les données collectées.

Wylie, cependant, a affirmé que Facebook lui avait simplement demandé de retirer toutes les données en août 2016, et ce n'étaient que des petites avancées. 

Wylie a déclaré: "Ils [Facebook] ont attendu deux ans et n'ont absolument rien fait pour s'assurer que les données avaient été supprimées. Tout ce qu'ils m'ont demandé de faire, c'était de cocher la case d'un questionnaire et de le renvoyer". 

Cependant, des copies brutes des données obtenues par Cambridge Analytica sont toujours disponible en ligne, a révélé le New York Times

 Justin Sullivan/Getty Images

Cela change-t-il les premiers témoignages de Facebook et Cambridge Analytica?

Ces dernières révélations suggèrent également que Facebook et Cambridge Analytica ont tous deux induit en erreur les législateurs à propos de leurs actions. 

Alexander Nix, DG de Cambridge Analytica, avait précédemment nié travailler avec Kogan ou utiliser les données de Facebook. "Nous ne travaillons pas avec les données de Facebook et nous n'avons pas les données de Facebook", a dit Nix aux membres du Parlement britannique le mois dernier, cité par The Observer. 

Facebook a également démenti donner ces données à Cambridge Analytica. 

Simon Milner, le directeur des relations publiques de l'entreprise au Royaume-Uni, a dit aux parlementaires britanniques le mois dernier: "Ils [Cambridge Analytica] peuvent obtenir de nombreuses données, mais ce ne seront pas des données des utilisateurs de Facebook. Cela pourrait être des données que les utilisateurs de Facebook ont renseigné eux-mêmes, mais ce ne sont pas les données que nous avons fourni". 

Facebook a depuis, suspendu Cambridge Analytica, sa maison-mère, Strategic Communication Laboratories, et Wylie de sa plateforme. Wylie a également été suspendu de WhatsApp et Instagram, tous deux détenus par Facebook, a rapporté Carole Cadwalladr de The Observer

La Russie est-elle impliquée?

C'est possible. Le témoignage de Wylie a révélé un lien entre la Russie, Cambridge Analytica et Kogan. 

D'après Wylie, Cambridge Analytica a réalisé en 2014 un pitch pour la société russe de pétrole et gaz, Lukoil, qui a été et qui est toujours sous le coup de sanctions économiques des États-Unis

La société souhaitait comprendre la relation entre les données, le micro-ciblage comportemental, et les campagnes politiques, et a rencontré Cambridge Analytica au moins trois fois entre 2014 et 2015, d'après The New York Times

Wylie a dit à The Observer: "Cela était insensé pour moi... Pourquoi une société pétrolière voudrait cibler des informations auprès des électeurs américains?" 

Kogan, l'universitaire de Cambridge, a également été un professeur affilié à l'Université d'État de Saint-Petersbourg, et reçu des subventions du gouvernement russe alors qu'il créait et récoltait des données de Facebook via l'appli, a rapporté The Observer

Curieusement, le travail de Kogan en Russie n'a jamais été publié, et ses collègues ont dit à The Observer que "personne ne savait" cela. L'université de Cambridge a révélé qu'il était paru à titre "privé". 

L'Université de Cambridge, où travaillait Aleksandr Kogan.
Via Flickr

Qu'est-ce qui va se passer maintenant? 

Dimanche 18 mars, le Département britannique du numérique, de la culture, des médias et du sport, a accusé Facebook et Cambridge Analytica d'avoir "dupé" la commission, et appelé les deux sociétés à s'expliquer. Theresa May a également appelé Facebook et Cambridge Analytica à coopérer avec les autorités. 

Ce lundi 19 mars, l'Union européenne a également annoncé qu'elle allait mener une nouvelle enquête, afin de déterminer si les données des 50 millions d'utilisateurs ont été détournées.

La Procureure générale du Massachusetts, Maura Healey, a également annoncé l'ouverture d'une enquête, mais n'a pas révélé spécifiquement de quoi il en retournait. 

Damian Collins, qui occupe le département britannique du numérique, de la culture, des médias et du sport, a déclaré ce dimanche sur Facebook: 

"La réputation de cette société a été entachée par discrétion, à cause de leur incapacité répétée à répondre clairement aux autorités sur les questions véritablement d'intérêt public qui leur sont adressées.

"Quelqu'un doit prendre la responsabilité de tout cela. Il est temps pour Mark Zuckerberg d'arrêter de se cacher derrière sa page Facebook". 

Version originale: Alexandra Ma/Business Insider

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Facebook, Twitter, et Google ont donné des réponses cryptiques quand on les a interrogés sur une possible entente entre Donald Trump et la Russie

VIDEO: Le mystérieux trou géant apparu en Antarctique est un genre de polynie